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ments juridiques on cite ordinairement ces trois fragments du Digeste. Il y a des auteurs qui ont tant de confiance dans le sens historique de la commission de Tribonien, qu'ils controntent ces fragments d’une façon toute dogmatique, sans se demander quel sens ils pouvaient présenter pour leurs auteurs respectifs, comme si l’on pouvait parler d’une théorie invariable de la règle durant toute la période dans laquelle vivaient ses auteurs. Cette théorie du « partus » est liée à la conception de fructus ; or, comme cette dernière n’a pas revêtu sa forme définitive dès l'origine, il est clair que les notions juridiques qui se rapportent à la règle ne se sont formées que par degrés. Il serait done peu probable que la conception de Brutus eût pu ressembler à celle d'Ulpien. Mais répétons-le, à strictement parler, lorsque nous parlons de la formation progressive de la construction de notre règle, nous n’exprimons qu'insuffisamment la relation réelle entre ces deux éléments : 1° les facteurs du processus d'élaboration de la doctrine et 2° l'explosion de l'énergie créatrice individuelle qui cherche à s'exprimer dans une formule juridique. Nous pouvons reconstruire le processus de la naissance d'une conception ;-cela ne nous explique pas encore comment elle s’est formée dans une conscience individuelle. Se borner à la restitution des facteurs extérieurs déterminants d’une doctrine, cela signifie dépersonnaliser et décolorer les formules mêmes qui la revêtent et l’expriment. Il nous semble même que le peu de succès de tentatives pour résoudre le problème a été provoqué justement par l'attention exelusive qu'on prôtait à la tâche de la reconstruction des processus évolutifs, ce qui consiste, tout au plus, à suivre les changements de contenu des termes qui expriment les notions relatives à la conception du rapport juridique — dans notre cas, c'est l'analyse
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irès importante sûrement des termes : fructus, frugalilas, homo frugi, frui, uti, reditus, quaestus, etc. Cela est nécessaire, mais cela ne nous fait pas approcher du but, puisque pour restituer le développement d’un phénomène, il faut savoir ce que c'est que ce phénomène. Autrement ce travail se réduit à une analyse préparatoire des sources au point de vue linguistique ou autre — travail utile d’ailleurs et dont profitera celui qui se mettra à étudier le problème lui-même.
Nous disons donc que quand on pose la question de la reconstitution du point de départ dont une conception a évolué, on doit savoir au préalable ce qu'est cette conception, ou bien quelle en était l'intuition immédiate chez ses auteurs, autant que cela se laisse voir dans les sources. Ce n’est que
lorsqu'on connaît une conception qu’il devient possible d’entrevoir le milieu où l’on retrouve les traces des facteurs déterminants qui l’ont préparée, et encore peut-il arriver que ces derniers ne sont pas liés immédiatement avec les éléments concrets du rapport étudié. La définition d'une conception a, de la sorte, une importance préjudicielle pour le choix des matériaux qui doivent être étudiés pour la reconstitution de ses origines. La notion même de l’origine prend une signification nouvelle.
Aussi, quand nous parlons des fragments de Brutus et d'Ulpien, Ulpien n'est plus un simple point distant d’un autre point, Brutus, de l’espace de trois cent cinquante années — ce n’est plus un prisme inerte qui sert à réfracter une substance inconnue, c'est une personnalité vivante qui transfomme sa matière et la maîtrise, c’est l’agent réel du devenir historique.
Ce que nous venons d'exposer détermine le plan et la méthode de notre étude.
Comme la règle « partus » reste invariable, il est difficile de parler de son histoire. Donc, nous ferons plutôt l'histoire de Ja théorie de la règle. Or, la théorie juridique apparaît souvent plus tard que la règle même. Il sera donc plus commode de commencer notre étude à l'époque, où la théorie apparaît développée, Notre point de départ sera l’analyse du fr. 68 cité d'Ulpien. L'analyse est précédée par un petit excursus qui a pour but d'établir la notion des fruits dans le sens technique chez Ulpien : la règle en relève. Cette étude faite, nous verrons que le fr. 27 pr. D. 5. 3 reste en dehors des cadres du problème, vu la théorie juridique contenue dans les solutions positives des textes. Le fr. 68 étant un texte composé, nous l'étudierons du point de vue de la valeur historique, de ses éléments constitutifs. Nous y trouverons toute une série ‘té dispositions positives. Cependant aucune d'elles, prise séparément, ne contient assez de données pour qu'on conjecture quoique ce soit sur ses rapports avec le fructus. Nous nous servirons de l’analyse de la composition du fragment, autrement dit, nous essayerons d'atteindre le principe abstrait de la construction juridique (entrevu ou bien pressenti par le jurisconsulte). Ce principe, tout en se trouvant en dehors de chaque sentence séparée, n’en est pas moins présent dans l'ensemble. C'est une méthode évidemment risquée, quant aux fragments appartenant au Digeste, puisque rien ne nous garantit que le compilateur n'a pas, par accident, mutilé la pensée du jurisconsulte, en ne citant pas le texte jusqu’au bout. Cependant, dans notre cas, elle est licite parce que la citation permet de suivre l’idée de l'auteur jusqu’à son achè-
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vement. Outre l'analyse de forme, nous avons eu recours à la méthode usitée de la confrontation des textes relatifs aux questions théoriquement identiques, c’est-à-dire la confrontation quant au fond, nos sources nous permettant de le faire, Les résultats de la première phase de l'étude de composition du texte et ceux de comparaison usitée coïncident. La conception d'Ulpien paraît être de la sorte établie. Tel est le contenu du Ch. IT (8$ 7 et 8).
Connaissant la conception d’Ulpien, nous pourrons étudier ie milieu et les éléments de ce milieu qui ont dû pousser ie
jurisconsulte à remplacer la théorie qu’on trouve déjà chez
Julien, par une autre. En étudiant les rapports entre le
servus et la familia nous trouvons, en effet, les traits qui pourraient faire comprendre la conception d’Ulpien. Le jurisconsulte individualise le partus dans les rapports juridiques. Le partus y est toujours un phénomène individuel. Telle est la pensée qui gît au fond du fragment, ce qui nous permet d'exprimer le texte dans le langage moderne. Le Chapitre III ($$ 9 et 10) est consacré à l’étude des origines de la conception. Mais ce qui saute aux yeux, c’est que les mêmes traits du milieu étudié existaient au temps de Julien, et tout de même, sa conception était autre que celle d'Ulpien. Ce qui <onfirme que le milieu ne peut pas expliquer à lui seul telle règle ou telle théorie,
Comme le fragment d’Ulpien, pris isolément, ne permet pas de passer à d’autres conclusions, nous nous adressons au texte de Papinien dans les fragments de Vatican. La conception de Papinien coïncide, sous ce rapport, avec celle d’Ulpien. En la prenant comme point de départ, nous abordons le second texte de Papinien, fr. 58 $ 4 D. Ad Sclt. Trebel 36,1
et, en tenant compte des résultats auxquels aboutit l'analyse des fragments de Papinien et d’Ulpien, nous envisageons la question juridique la plus abstraite, celle de la notion des fruits de l’universitas dont les partus sont exclus. Ici se fait jour la différence entre les conceptions moderne et ancienne (c'est-à-dire de la période classique) de la construction juridique du fructus et du lien de l’entendement antique avec la iègle étudiée, Le Ch. IV, $ IT est consacré à cette étude. Les sources nous permettent de passer à l'aperçu dans l'ordre chronologique des textes concernant le problème et d'établir qui est l’auteur de la règle conçue de la sorte. Ce que nous faisons dans le $ 12.
Le Ch. V est consacré à l'étude du problème que touche déjà la conception non juridique mais la conception plutôt philosophique de partus dans le problème de la furtivité de l’ancilla (parallèlement de pecus) et de situation juridique de son partus (resp. fétus). Nous avons ici devant nous deux plans mentaux différents, mais qui se juxtaposent étroitement : 1° la correlation de la furtivité de la mère et du fruit indépendamment du rapport « in fructu esse » et 2° l’apparition d’un facteur nouveau — de ce rapport justement — avec et dès le moment de l'éditio, qui joue un rôle décisif dans la construction de l'acquisition de l’un ou de l’autre, par le possesseur de bonne foi. Et cela à cause de l'opinion uon juridique sur l'éditio partus (anima bhumana). Dans cette combinaison des deux plans mentaux, se manifeste le caractère de l'opinion (non juridique) d’Ulpien sur le part, exprimée (V. suprà) dans les catégories de droit.
Dans le $ 14 nous précisons le caractère de la conception en l’envisageant en connexion avec le milieu et dans l'aperçu historique de la théorie du titre de l'acquisition.
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Ainsi, la matière des chapitres IT, III, IV et V est disposée d’après le principe de l'éloignement de l'étude des règles juridiques concrètes, par lesquelles l'étude commence, en passant par une théorie — une abstraction juridique, vers une conception générale. Donc la matière est disposée selon les modes de son rapprochement à la conception du monde du jurisconsulte.
Le chapitre VI ($$ 15 et 16) est consacré à l'étude de {a fliation de l’idée philosophique d’Ulpien, telle qu’elle apparaîit dans l’ensemble des textes. Nous passons alors à l'étude de l'espèce qui a une certaine parenté avec le problème examiné dans le chapitre IV, c'est la question de l’EX ANCILLA FUGITIVA NATUS, Nous y trouvons un trait intéressant pour le problème de périodisation dans la science historique. Ce qui nous amène à la deuxième partie de l’ouvrage.
Ici il nous semble utile de suivre le sort de notre problème dans le droit préclassique, et le droit de Justinien et de donner son aperçu général à la période classique. Comme sources du dernier chapitre nous sommes obligés d'utiliser principalement, les sources juridiques et littéraires. Nous regrettons que les sources épigraphiques ne sont représentées que par quelques inscriptions et l'étude du monument épigraphique retrouvé sur la via Portuensis. Jusqu'à présent il n'existe pas encore d'étude consacrée aux inscriptions d'Italie sur la vie rurale et l’agriculture, ce qui est lié avec l’objet de notre investigation. Nous l’avons commencée, mais elle est loin d'être achevée. Néanmoins quelques inscriptions que nous possédons déjà, nous permettent, semble-t-il, de préciser certains caractères importants pour réintégrer le problème dans le milieu.