I. — HOMMES DE GUERRE
Pendant plusieurs siècles, l'Artois a été frontière, il était hérissé de places fortes; à chaque page de nos annales militaires se lisent les noms d'Arras, de Béthune, d'Aire, de Saint-Omer disputés avec acharnement. Les habitants y étaient, familiarisés avec la guerre. Sans être belliqueux, ils ont un ferme courage et savent défendre la patrie, ils l'ont bien prouvé en 1870-71 : l'armée improvisée de Faidherbe, qui tint si vaillamment tôte aux Allemands, comptait dans ses rangs de forts contingents du pays, et on lui doit une des rares victoires qui ont, par éclaircies, fait luire un peu de soleil dans nos âmes attristées.
Grâces lui en soient rendues.
Après avoir loué le patriotisme collectif des habitants du Pas-de-Calais, nous ne trouverons guère à mentionner parmi eux qu'un homme de guerre marquant, le général Schramm.
Schramm (Jean-Paul-Adam), né le 1 er décembre 1789 à Arras, mort le 24 février 1884.
Le général de division comte Schramm était au moment de sa mort le plus ancien des officiers généraux des armées européennes. Ce ne serait cependant pas un titre suffisant pour figurer dans la Galerie française, s'il n'avait mérité un avancement d'une rapidité exceptionnelle par des faits d'armes remarquables.
Fils d'un sergent-major, qui devint lui-même général, Jean-Paul-Adam Schramm naquit à Arras tandis que son père y était en garnison. Grâce à celui-
ci, qui, alors colonel, le demanda pour son régiment, le jeune Schramm débuta dès l'âge de 13 ans comme sous-lieutenant d'infanterie légère; il justifia cette précocité par la valeur qu'il déploya à la bataille d'Austerlitz et qui lui valut le grade de lieutenant.
Le général Schramm envoyé dans le corps d'armée qui assiégeait Dautzick, emmena son fils comme aide de camp; là le jeune homme gagna, par un coup d'audace dans l'île de Nogat, les épaule ttes de capitaine (1807). Blessé à Heilsberg il rentre en France; à peine guéri, il passe à l'armée d'Espagne, dans la garde impériale, avec Napoléon; puis la garde étant acheminée vers l'Autriche, il prend part aux batailles d'Essling et de Wagram où il se signale de nouveau et obtient le grade de chef de bataillon. La paix signée avec l'Autriche, le commandant Schramm retourne en Espagne, et, pendant trois ans, il y sert dans la province du Nord, contre les guérillas qui harcèlent nos communications : guerre pénible et obscure, d'où il fut rappelé pour faire partie, avec les bonnes troupes tirées d'Espagne, de la Grande Armée envoyée en Russie. Malgré des exploits -en Espagne où il avait pris 2.000 guérilleros avec cent de ses soldats, et malgré les rudes combats et les fatigues de la campagne de Russie, le commandant Schramm n'avait pas changé de grade; après de si brillants débuts, c'était un moment d'arrêt.
Mais quand il fallut reconstituer avec les débris de la Grande Armée et avec les nouvelles levées, les régiments de la jeune armée qui devait combattre la coalition en Saxe, le commandant fut promu colonel de l'un des corps de nouvelle formation. Il dut donner à ses soldats la cohésion, la discipline, l'instruc-
HOMMES DE GUERBE
tion d'une vieille troupe, et leur fit enlever à la baïonnette le camp retranché des Prussiens à Lutzen; le titre de baron fut sa récompense ; dès la reprise des hostilités, faisant partie du corps qui opérait au Sud de Dresde, il enlève aux ennemis plusieurs batteries de canons, et paie ses exploits de plusieurs blessures. Il gisait sur le champ de bataille et paraissait près d'expirer; Napoléon s'approche, donne des ordres pour qu'il reçoive tous les soins nécessaires, et ajoute qu'un si vaillant officier ne mourra qu'avec les étoiles de général (août 1813).
Le nouvel officier général se remit de ses blessures dans Dresde où la retraite de l'armée le laissait sous les ordres du maréchal Gouvion Saint-Cyr. La garnison de Dresde se défendit pendant plus de deux mois contre les attaques des coalisés; à peine guéri, Schramm prit part aux sorties; mais, en novembre. Gouvion Saint-Cyr dut capituler et évacuer la capitale de la Saxe. La capitulation fut violée par l'ennemi, et la garnison devint prisonnière de guerre. Le général Schramm fut envoyé en Hongrie, d'où il ne put rentrer en France qu'en juillet 1814.
Pendant les Cent Jours, les deux généraux Schramm, le père et le fils, reprirent du service; on avait lieu de redouter une reprise de la guerre civile en Vendée; pendant que le père était employé avec le grade de lieutenant général dans l'armée du Nord, le fils recevait le commandement du département de Maine-et-Loire.
La Restauration le mit en disponibilité, bien qu'il ne fût âgé que de 26 ans; le jeune général se fixa aux environs de la Flèche où il passa dans la retraite les années de 1815 à 1830.
Le gouvernement de Juillet rappela à l'activité la plupart des officiers généraux réformés par les Bour^ bons. Après un court passage au commandement du Bas-Rhin, pays d'origine de sa famille, le général fut appelé, au 1 er janvier 1832, à Paris, pour y commander une brigade de la garnison. La vigueur qu'il déploya dans les tristes journées du 5 et du 6 juin 1836, lui valut le grade de lieutenant général avec lequel il prit part au siège d'Anvers. Puis il eut à réprimer les troubles de Lyon.
Dans l'intervalle, le département du Bas-Rhin l'avait élu député (pour l'arrondissement de Wissembourg). Le gouvernement qu'il soutenait de ses votes à la Chambre en fit un conseiller d'Etat, un inspecteur général de l'Infanterie, puis un pair de France en 1839.
En 1840, il obtint un commandement en Algérie; il y prit part aux expéditions de Milianah et du col de Médéah où il fut blessé, et il exerça pendant quelque temps les fonctions de gouverneur général pendant l'absence du maréchal Valée.
De retour en France, le général baron Schramm fut élevé à la dignité de comte, et reprit son siège à la Chambre de Pairs; son rôle y fut effacé; il vota systématiquement pour le ministère.
Le gouvernement du Prince-Président en fit un ministre de la guerre., 22 octobre 1850; le général garda le portefeuille moins de trois mois, il se retira pour ne pas signer la révocation du général Changarnier qui venait de se prononcer hautement pour la sauvegarde du gouvernement parlementaire menacé par des rumeurs de coup d'Etat.
Ici prend fin la vie militaire du général Schramm qui, à partir de 1870, vécut dans une retraite pro-
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fonde jusqu'au mois de février 1881. Cette longue existence a donc duré quatre-vingt quinze ans, sur lesquels on compte soixante-onze grade d'officier général.