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IV. — ARTISTES

De la science aux beaux-arts le passage nous est facilite par Bâcler d'Albe qui réunit en lui les dons de 1 artiste et du savant.

n^ a o! e, * d ^ lbe (Louis-Albert-Ghislain, baron de),

* l" L? Ct ° hTe 176i à Sain t-PoI, mort le 12 septembre 1824. H

Peintre de talent et ingénieur géographe de premier ordre, Bâcler d'Albe n'a pas eu une fortune proportionnée a son mérite et aux grands services qu'il a rendus. Son père, modeste officier comptable (quartier-maître trésorier) du régiment de Toul. avant pris sa retraite peu après la naissance deLouis- Albert-Ohislain, et obtenu l'emploi civil de directeur des postes à Amiens, l'enfant fut élevé au collèo- e de cette ville. Intelligent et laborieux il fit d'excellentes études dont .1 devait trouver bientôt le bénéfice. Un goût très vif le portait vers la peinture. En 1781 il voulut se rendre à la source de toute forte éducation artistique et partit pour l'Italie.

La Savoie l'arrêta par le merveilleux aspect des Alpes; il y resta sept ans, à Sallenches, au pied du Mont-Blanc, ne cessant de dessiner les sites des montagnes. L'autre don, celui de l'observation et du cal-

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cul exact, qu'il avait reçu de la nature avec l'aptitude purement artistique, lui fil pénétrer les lois naturelles de l'orographie ; il sut saisir la physionomie pittoresque des Alpes et emhrasser l'ensemble de leur structure et de leur enchaînement; le peintre devint aussi un géographe, et plus encore un topographe. Il fut cependant connu d'abord par ses tableaux.

La Révolution française éclata; Bâcler en adopta les principes, et quand survinrent l'invasion et la conquête de la Savoie par l'armée française, bien que marié et père de famille, il s'engagea dans un bataillon de ebasseurs, puis passa dans l'artillerie où il ne tarda pas à être nommé capitaine. En cette qualité il servit en Savoie, puis au siège de Lyon et à celui de Toulon. Pendant cette période de sa vie, il ne cessa pas de peindre et de faire de la topographie, tout en manœuvrant ses canons. Sa famille le suivait dans cette vie d'aventures. Un jour, en Savoie, il est surpris avec nue poignée d'hommes, par un ressemblement de paysans insurgés; Bâcler installe sa femme, ses enfants et ses cartons sur l'avant-train d'un canon, met le sabre en main, et se fait place au travers de la foule stupéfaite de son audace.

Le capitaine Bâcler d'Albe, déjà réputé dans l'artillerie par ses connaissances spéciales, était à Nice, quand le général Bonaparte, commandant de l'armée d'Italie (1 79(i), achevait d'y constituer son état-major. Il s'attacha Bâcler en qualité de Directeur du bureau topographique; pendant toute la campagne, Bâcler suivit le général en chef, préparant avec lui les mouvements militaires sur les cartes dont il faisait un croquis rapide.

Napoléon l'emmena avec lui dans toutes ses cam-

pagnes, en Allemagne, en Espagne, en Russie, comme cnet du cabinet topographique au quartier général

Let auxiliaire utile préparait avec l'Empereur et le Major général tout le travail des marches d'après la connaissance du terrain, rôle peu brillant, mais essentiel qui associe, dans une mesure appréciable l'ingénieur géographe à l'exécution des vastes combinaisons ecloses dans le cerveau du chef de l'armée.

On ne peut s'expliquer que par la modestie du savant officier, la lenteur de son avancement, car, malgré son active et continue collaboration, il n'était qm gênerai de brigade et baron de l'Empire au retour de a campagne de Russie. Sa santé altérée par la fatigue le contraignit à quitter le service actif en 1813.

Chargé de la direction du Dépôt général de la guerre, Bâcler perdit cette position à la chute de 1 Empire. Depuis lors il se confina dans une petite maison à Sèvres, et consacra les dernières années de sa vie au culte des arts. Il fut un des propagateurs de la lithographie, alors à ses débuts.

Deux de ses tableaux ont eu du succès au Salon : la Bataille d'Arcole et la Bataille d'Amterlitz. Bâcler d Albe avait assisté à ces deux actions, il y avait collaboré comme topographe, ce qui valut à ses peintures un caractère de vérité qui s'ajoutait au mérite artistique.

,n Jea ^r° n l Phil 'PPe-Auguste), né à Boulogne le 10 mai 1809, mort le 8 avril 187.7 à Comborn (Corrèze).

Fils d'un modeste chef d'ateliers régimentaires au camp de Boulogne, Auguste Jeanron se forma presque seul; il avait un goût prononcé pour la peinture le sens de l'observation et une grande application au

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travail; ses aptitudes étaient diverses; la littérature l'attira, et la politique l'intéressa, sans l'absorber pourtant.

Après des études assez fortes dans sa ville natale, il vint chercher fortune à Paris en 1828; une circonstance le mit en rapport avec le peintre Sigalon de qui il reçut quelques conseils plutôt que des leçons suivies; en même temps il entrait en relation avec les notabilités du parti républicain, ce qui l'amena à prendre part, dans les rangs du peuple, aux journées de juillet 1830.

De nature indépendante, il ne s'attacha pas à une école, et fonda la Société libre de peinture et de sculpture dont il devint président. Son talent ne lui donnait pas une autorité considérable; mais comme écrivain et conférencier, il se fit une notoriété de critique qui ne nuisit pas au succès de sa peinture.

On lui reproche l'insuffisance du dessin, mais on lui reconnaît le don du vrai, de la vie et de la couleur.

Après la Révolution de février 1848, Ledru-Rollin l'appela à la direction des musées nationaux. Actif et plein d'initiative, Jeanronusa de son crédit auprès des membres du gouvernement pour d'utiles créations : d'abord une Exposition libre de peinture et de sculpture de 5. 000 morceaux, dans les locaux disponibles des Tuileries, réparation des galeries du Louvre, notamment la Galerie d'Apollon et le Salon des Sept- Cheminées, fondation du Musée du Luxembourg, œuvre qui suffirait à recommander sa mémoire, l'ouverture du Musée Egyptien, création d'une imprimerie en taille-douce à l'usage du Musée du Louvre, le classement des tableaux du Louvre par ordre chronologique et par écoles.

Telle fut l'œuvre de Jeanson pendant la courte durée de son administration (1848-1850).

t I î eIe ^ ë ,? e SeS fonctions en 1830, comme ami de Ledru-Rollin et des républicains, Jeanson parut renoncer à la politique et se consacra tout entier à son art.

Sa première récompense avait été une deuxième médaille en 1833 ; en 1855, après l'Exposition universel e il reçut la croix de la Légion d'honneur. La ville de Marseille lui offrit la direction de son école des Beaux-Arts; c'est à cette période de sa vie qu'appartiennent les tableaux suivants : les Vieux Salins dHyeres, le Phare de Marseille, Vues de Notre-Dame de la Garde et du château dlf, etc. . . L'impulsion qu'il donna aux études artistiques de l'école de Marseille fut récompensée par le grade d'officier de la Légion d honneur et par le titre de correspondant de l'Institut.

Jeanron est mort en 1877 dans la Corrèze qu'il avait déjà visitée en 1836 et où il avait alors peint son tableau : les Forgerons de la Corrèze. Il a laissé le souvenir d un galant homme, d'un peintre de talent d'un administrateur à idées neuves et pratiques. Si ce ne tut pas un grand maître,ce fut un artiste et un homme utile.

Monsigny (Pierre-Alexandre de), né à Pauquembergue le 17 novembre 1729, mort à Paris, le 14 Sanvier 1817. J

• Descendant d'une famille noble, originaire de la bardaigne, qui était venue s'établir dans les Pavs- Bas, vers l'an 1500, et y avait joui longtemps d'une fortune considérable, mais qui était presque ruinée

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au xviii siècle, Alexandre de Monsigny fit ses études chez les Jésuites de Saint-Omer; son père avait obtenu un emploi dans cette ville. Tout en travaillant consciencieusement les humanités et les mathématiques, le jeune écolier, qui se sentait un goût prononcé pour la musique, commença à étudier le violon avec le carillonneur de Saint-Bertin, un de ces types originaux que des lacunes de caractère relèguent dans les situations les plus humbles, bien que sur certains points, la nature les ait traités libéralement. Ce carillonneur était un artiste. Monsigny lui dut. avec un talent de virtuose, une première culture musicale fort profitable.

La mort de son père survenant au moment où il terminait son éducation de collège, le laissait soutien de sa mère, de ses sœurs et de ses frères. Il vint à Paris, et - grâce à l'appui de ses maîtres, il obtint un emploi dans les bureaux de la comptabilité du clergé.

Laborieux et honnête, il ne négligea pas les devoirs de son emploi, quoiqu'il se sentit de plus en plus entraîné vers les arts. A ses momcnls de loisir, il prenait des leçons de composition musicale chez un artiste de l'orchestre de l'Opéra, Gianotti.

A cette époque, il n'y avait guère de musique de théâtre que la musique d'opéra, l'our rendre les sentiments doux, gais, modérés, les nuances délicates, il fallait créer le genre qui est devenu l'ancien opéra-comique. Monsigny visa à donner ce genre à la France

Sa première tentative, les Aveux indiscrets, fut exécutée sur le théâtre de la Foire Saint-Laurent (1758). Elle réussit. Encouragé, il lit jouer successivement,

et à peu d'intervalle, le Maître en droit et le Cadi dupe Ce n étaient guère que des vaudevilles à ariettes.' Monsigny les donnait sous le voile de l'anonyme car la gravité de son emploi ne comportait pas la fréquentation publique des théâtres de la Foire Un écrivain de talent qui, lui aussi, cherchait sa voie Sedaine, charmé de la facilité et de la grâce dé la musique du Cadi dupé, s'écria : Voilà mon homme ' et il vint trouver Monsigny et lui proposa une collaboration qui a fait la fortune de l'un et de l'autre On lui doit les véritables premiers opéras-comiques français : Rose et Colas, le Déserteur (1769) qui a fait longtemps les délices de nos aïeux, le Roi et le Fermier, Félix (1777). D'autres librettistes sollicitèrent la collaboration de Monsigny ; Favart lui donna le livret de la Belle Arsène (1775).

Le succès devenu assuré détermina Monsi-ny à donner démission de son emploi dans les finances du cierge, et à signer désormais ses œuvres. Il aborda e grand opéra avec son ami Sedaiue qui lui fournit le livret à Aline reine de Golconde (1766). Cependant le sens pratique de la vie ne lui faisait pas défaut' Avec le produit de ses droits d'auteur, le musicien acheta une charge de maître d'hôtel du duc d'Orléans qui lui garantissait le nécessaire ; le prince y ajouta 1 office d administrateur de ses domaines et d'inspecteur général des canaux. r

C'était prendre un parti prudent, car en 1777 la fatigue étant venue, Monsigny cessa de composer, et vécut de ses emplois et de ses économies dans un intérieur de famille qu'il s'était créé. Il était heu reux; aimé d'un entourage bien choisi, estimé dans une société distinguée jouissant d'une réputation bien

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acquise. Grétry disait delui : « Monsigny, le plus chantant des musiciens, Monsigny qui chante d'instinct. » Le caractère dominant de la musique de Monsigny est le naturel, la vérité, sans banalité, une délicatesse familière qui va souvent jusqu'au pathétique.

Mais la Révolution survint ; elle troubla cette douce existence. Ce fut d'abord la perte de ses emplois ; puis sa fortune personnelle éprouva de grands dommages : le vieux musicien vécut dans l'obscurité, et franchit les moments les plus critiques où tant d'autres illustrations succombèrent. En 1798, les artistes du théâtre Favart lui décernèrent une pension de 2.400 francs en reconnaissance des belles recettes qu'ils devaient aux œuvres deMonsiguy toujours bien accueillies du public. En 1800 le gouvernement consulaire lui conlia l'emploi d'inspecteur de l'enseignement au Conservatoire de musique, devenu vacant par la mort de Piccini.

En 1813, à la mort de Grétry, il fui élu membre de l'Institut (4° classe), chevalier de la Légion d'honneur en 1813. Parvenu à l'âge de quatre-vingthuit ans, le doyen des compositeurs français cessa de vivre le 14 janvier 1817, dans sa petite maison du faubourg Saint -Martin.

Monsigny ne fut pas un grand musicien ; la science qui, de nos jours, remplace trop souvent l'inspiration, lui manque ; mais il a ce que ne donne pas l'école, le don de charmer. Si notre ancien opéra-comique a, pendant près d'un siècle, été pour la France artistique un domaine exclusif où nul ne rivalisa avec nos compositeurs, il faut reconnaître que le succès, que la naissance môme de ce genre tout à fait national, c'est à Monsigny que nous les devons.

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