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De l'esprit géométrique, p

« Non enim eruditione multiplici laborisque diligentia censendum est [ingenium Paschalii) : sit doctoruni vulgaris illa laus non cjus sane qui ad invcniendas potius quam ad discendas scientias natus erat. »

Pascal ne fut d'ailleurs point de ceux dont la vie est un labeur continu et acharné , qui méritent le nom de savants parce que leur génie puise sans cesse dans le travail une force nouvelle. Il y a dans sa vie deux périodes principales d'activité scientifique. La première, correspondant aux recherches sur le vide, comprend les années 1646, 1647 et 1648. Pendant la seconde (1653- 1654), il achève les traités « de l'équilibre des liqueurs, de la pesanteur de la masse de Tair, du triangle arithmétique, de numericis ordinibus », annonce à la « Celeberrima Academia Pariensis » la publication de nombreux autres ouvrages et correspond activement avec Fermât : cette période est terminée par l'accident du pont de Neuilly et ce qu'on a appelé, la seconde conversion de Pascal. Il faut de plus ajouter deux périodes de moindre étendue : Tune est celle des débuts, pendant laquelle Pascal imagine la machine arithmétique ; l'autre comprend les derniers mois de 1658 : Pascal éprouve alors ce que Montucla appelle spirituellement une « foiblesse », « car les mathématiques sont pour ceux qui les ont une fois goûtées une maîtresse chérie, que de puissans motifs peuvent faire négliger, mais avec laquelle on est toujours prêt à se rengager* »; c'est à cette faiblesse que nous devons les

1. Montucla, Histoire générale des Mathématiques, Agasse, Paris, an VII, l. II, p. G3.

solutions des problèmes sur la roulette ; elle donne un éclatant démenti à Voltaire qui disait à Condorcet : « Mon ami, ne vous lassez point de répéter que depuis Taccident du pont de Neuilly, le cer^'eau de Pascal était dérangé. »

Ainsi la somme totale des instants consacrés par Pascal à la science atteint à peine 7 années. Si on met en regard des résultats féconds de ces années, les préoccupations philosophiques et religieuses qui ne Tabandonnèrent jamais, même au plus fort de ses recherches physiques et géométriques, les douloureuses tortures physiques qui s'ajoutaient à ses tortures morales, on reste confondu d'admiration devant la prodigieuse facilité de celui qu'on pourrait appeler sans lui faire injure un amateur de génie.

Comme Roberval et Fermât, Pascal a peu écrit, peut-être parce que ses contemporains regardaient la science, et plus particulièrement la géométrie, seulement comme d'agréables délassements de l'esprit; mais surtout parce que la santé lui a manqué et qu' « il exerçait sur sa pensée ime rigueur de critique qui le rendait trop malaisé à contenter, et par laquelle l'exécution d'un grand ouvrage devenait un travail au-dessus des forces humaines^ » . Ses œuvres scientifiques tiennent dans un petit in-12de 500 pages. En revanche, elles sont d'une forme achevée et méritent, au point de vue particulier du langage scientifique , un éloge bien souvent adressé d'une façon générale aux « Provinciales » ,celui d'a-

1. UaiYei, Extrait d'une étude sur les Pensées de Pascal, publié en t^te de rédition des Pensées de Pascal, Delagrave, 1883, p. vu.

voir fixé la langue française. A peine y trouve-t-on quelques tournures et quelques termes aujourd'hui démodés.

Mais la précision et Ténergie de l'expression qui va droit au but ne sont que des qualités de style. Ce qui frappe tout autant dans les opuscules de Pascal, c'est l'admirable ordonnance du plan , la manière rigoureuse dont les différentes parties s'enchaînent entre elles et procèdent des définitions et des préliminaires posés. Comme on est loin du désordre et de la confusion où semblent se complaire même les premiers hommes de science du moyen âge et dont bien des savants du dix-septième siècle n'avaient pas encore su s'affranchir, ce père Noël entre autres dont Pascal raille si agréablement le style et la physique !

La clarté, voilà la qualité maîtresse de Pascal. C'est par elle qu'il est un génie vraiment français. Après 250 ans écoulés , si on rééditait les traités « de l'équilibre des liqueurs » et « du triangle arithmétique », en leur faisant subir quelques rares corrections, ils feraient l'impression d'admirables ouvrages didactiques écrits par un maître éminent et soucieux d'offrir des œuvres irréprochables à ses élèves.

C'est là , il nous semble , le plus bel éloge qu'on puisse faire des opuscules de Pascal : du premier coup, celui-ci a trouvé, pour présenter ses découverte», une forme d'une perfection toujours absolue pour son temps et qui excite Tétonnement, même quand l'état de notre science permet aujourd'hui de présenter certains résultats sous une forme plus simplet

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