Lettre au maréchal de Bell^ond
s'interpréter en deux sens contraires. Pour les jansénistes, saint Pierre n'a pas reçu de Dieu la grâce dont il avait besoin pour ne pas faillir ; c'est là grâce qui lui a manqué. Pour les jésuites, saint Pierre n'ayant pas correspondu à la grâce, elle s'est détournée de lui; c'est lui qui a manqué à la grâce : il Fa repoussée, conmie dit Corneille :
Après certains moments que perdent nos langueurs, Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs ; Le nôtre s*endurcit, la repousse, l'égaré ^
Au gré des jansénistes, le péché vient d'une insuffisance de la grâce : le don de Dieu a été refusé à l'homme. Selon les jésuites, le péché est une résistance à la grâce : l'homme a rejeté le don de Dieu. « Cette parole, dit à Pascal un moliniste, serait cathoUque dans une autre bouche : ce n'est que dans M. Amauld que la Sorbonne Ta condamnée. » Là-dessus Pascal se récrie : « Admirez les machines du molinisme, qui font dans l'Église de si prodigieux renversements, que ce qui est catholique dans les Pères devient hérétique dans M. Arnauld^. »
Le moliniste a dit vrai et Pascal slndigne â tort. La divergence entre les partisans de Jansénius et les molinistes ne lui a pourtant pas échappé : « Leur diflTérend, touchant la grâce suffisante, est en ce que les jésuites prétendent qu'il y a une grâce donnée généralement à tous les hommes, soumise de telle sorte au libre arbitre, qu'il la rend efficace ou inefficace à son choix, sans