Provinciale, I, p. 3y
chain^ . Il demande à un docteur l'explication de ce terme . « Je le suppliai de me dire ce que c'était qu'avoir le pouvoir prochain de faire quelque chose. Cela est aisé, me dit-il ; c'est avoir tout ce qui est nécessaire pour le faire, de telle sorte qu'il ne manque rien pour agir. — Et ainsi, lui dis-je, avoir \e pouvoir prochain àe passer une rivière, c'est avoir un bateau, des bateliers, des rames, et le reste, en sorte que rien ne manque. — Fort bien, me dît-il ^. » Alors, dit Pascal, il n'y a point de désaccord entre les jansénistes et les molinistes, car les jansénistes ne contestent pas que les justes aient le pouvoir prochain d'accomplir les commandements de Dieu.
Ainsi, c'est toujours la même équivoque. Pour les jansénistes, le pouvoir prochain est un don complet, où l'on reçoit du même coup le bateau, les rames et/e reste, c'est-à-dire le pouvoir et la volonté d'en faire usage, sans quoi ce n'est qu'un pouvoir éloigné. Pour les molinistes, le pouvoir prochain est d'avoir le bateau, les rames et la force de s'en servir ; mais ces dons deviennent inutiles si l'on ne veut pas prendre la peine de ramer. Pascal cependant assure que ce terme n'a été inventé
1. Sainte-Beave {Port-Royal, Ul, 7) cite uo entretien de Cliaries Perrault ayec son frère, docteur en Sorbonne, qui n'attache pas plus ^'importance au débat, a Mon frère nous fit entendre que toutes les questions de la grâce qui faisaient tant de bruit roulaient sur un pouvoir prochain ou sur un pouvoir éloigné que la grâce donnait pour faire de bonnes actions. Les uns disaient qu'ainsi M. Arnauld avait eu tort, parce que saint Pierre avait eu en lui la grâce qui donne le pouvoir éloigné de bien faire; mais les autres soutenaient que M. Arnauld n'avait point mal parlé, puisque à parler raisonnablement le pouvoir qui ne produit jamais son effet n'est pas un vrai pouvoir. Nous vîmes par là que la question méritait peu le bruit qu'elle faisait. »