‹ PascalChapitre 144 sur 181 · LA CASUISTIQUE · texte numérisé non relu

LA CASUISTIQUE

Si Pascal est dupe d'une illusion dans les Lettres provinciales lorsqu'il croit défendre la vraie doctrine de l'Église et combat en réalité pour les adversaires du libre arbitre, il soutient la cause de la morale en flétrissant les excès de certains casuistes.

Ce qu'il condamne est justement condamné. On a pu relever, parmi les citations fournies à Pascal , quelques passages cités inexactement , ou faussement interprétés : par exemple, dans la quatrième lettre, où îl assimile au péché d'ignorance, qui n'est pas un péché, le péché d'habitude, qui est un péché aggravé; dans la treizième, où il présente comme une apologie de l'assassinat Texcuse du meurtre par lequel on venge un outrage. Mais, d'une manière générale, les passages qu'il cite sont rapportés fidèlement et condamnés avec raison. Aussi les jésuites ayant essayé de défendre les casuistes attaqués par Pascal, la Sorbonne censure en 1658 dix propositions extraites de V Apologie des casuistes sur les occasions prochaines, la simonie, Thomicide, l'usure, la calomnie, etc. Elle déclare cet ouvrage dangereux comme étant composé de telle sorte qu'il induit aisé-

ment ceux qui le lisent à chercher trop de prétextes de s'excuser, dans les péchés qu'ils commettent par une ignorance criminelle ; à demeurer, et non sans péché , dans plusieurs occasions prochaines de mal faire; à prendre part aux fautes d'autrui ; ... à retenir par fraude ou par injustice le bien du prochain, etc.

Mais ce n est pas à dire que l'appréciation de Pascal ne présente aucune exagération. D'abord, il dépasse la juste mesure, en englobant dans une proscription commime l'ordre entier des jésuites; etBourdalouealedroit de son côté, lorsqu'il fait entendre cette protestation : « On confond le général avec le particulier ; ce qu'un a mal dit, on le fait dire à tous; et ce que plusieurs ont bien dit , on ne le fait dire à personne ^ . »

De plus, Pascal laisse croire que la casuistique est l'œuvre propre de la société de Jésus; et c'est là un autre tort. « On attribuait adroitement à toute la société, observe Voltaire, des opinions extravagantes de plusieurs jésuites espagnols et flamands; on les aurait déterrées aussi bien chez des casuistes dominicains ou franciscains, mais c'était aux seuls jésuites qu'on en voulait 2. » Cette manière de voir est plus conforme aux faits que celle des Provinciales ^.

Enfin, Pascal accuse les jésuites d accommoder leur direction spirituelle aux intérêts temporels de leur ordre , de la faire tantôt sévère et tantôt relâchée selon les besoins de leur politique. « Sachez donc, dit-il,

Page 1