Siècle de Louis XIV, ch. xxxvii
3. Voir aussi an jugement analogue dans Balzac, Le Prince, ch. viii.
que leur objet n'est pas de corrompre les mœurs : ce n'est pas leur dessein. Mais ils n^ont pas aussi pour unique but de les réformer : ce serait une mauvaise politique. Voici quelle est leur pensée. Ils ont assez bonne opinion d'eux-mêmes pour croire qu'il est utile et comme nécessaire au bien de la religion que leur crédit s'élève partout, et qu'ils gouvernent toutes les consciences. Et parce que les maximes évangéliques et sévères sont propres pour gouverner quelques sortes de personnes, ils s'en servent dans ces occasions où elles leur sont favorables. Mais comme ces même maximes ne s'accordent pas au dessein de la plupart des gens , ils les laissent à Tégard de ceux-là, afin d'avoir de quoi satisfaire tout le monde. C'est pour cette raison qu'ayant à faire à des personnes de toutes sortes de conditions et de nations différentes, il est nécessaire qu'ils aient des casuistes assortis à toute cette diversité^. » Or ici, comme sur les deux points précédents, la prévention de Pascal contre les adversaires de ses maîtres le rend injuste. Que l'ordre des jésuites ait dû paraître, plus que tout autre, suspect de faire de la casuistifjue moins un modèle de direction chrétienne qu'un instrument de domination; il demeure vrai qu'il ne l'a point créée, comme le dit Pascal, pour ses besoins lors même que quelques-uns de ses membres l'auraient fait servir à cet usage.
11 faut chercher ailleurs la véritable cause des décisions étranges qui nous scandalisent chez certains casuistes.