Pensées, VI, 43. — 3. Ibid,, IX, 2. -- 4. Ibid., IV
court. On n'en voudrait pas s'il était ofitert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheur, qu'on recherche,... mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit *. » « Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l'occupation au dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continueUes ; et ils ont un autre instinct secret, qui reste de la grandeur de notre premièi:»e nature, qui leur fait connaître que le bonheur n'est en effet que dans le repos, et non dans le tumulte; et de ces deux instincts contraires, il se forme en eux un projet confus, qui se cache à leur vue dans le fond de leur &me, qui les porte à tendre au repos par Tagitation 2. »
La duplicité de la nature humaine est donc visible ; elle « est si visible, qu'il y en a qui ont pensé que nous avions deux âmes : un sujet simple leur paraissait incapable de telles et si soudaines variétés ^ ».
« Nous souhaitons la vérité, et ne trouvons en nous qu'incertitude; nous recherchons le bonheur, et ne trouvons que misère et mort. Nous sommes incapables de ne pas souhaiter la vérité et le bonheur, et sommes incapables ni de certitude, ni de bonheur *. » « Quelle chimère est-ce donc que l'homme? Quelle nouveauté..., quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige!
1 . Pensées, IV, 2. — 2. Ibid., IV, 2. — 3. /Wrf., XII, 8. —4. /Wd., Vin, 10.
Juge de toutes choses, imbécile ver de terre * ! » « S'il se vante, je rabaisse; s'il s'abaisse, je le vante, et le contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible ^ . »
« Que deviendrons-nous, en face d'une énigme aussi violente qui n'est autre chose que nous-mêmes? Faudrat-il « se laisser conduire aux plaisirs, sans réflexion et sans inquiétude ^ » ? Non ; « ce repos dans cette ignorance est une chose monstrueuse , dont il faut faire sentir l'extravagance et la stupidité à ceux qui y passent leur vie *. »
« Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sais ce que c'est que mon corps, que mes sens, que mon âme et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et siîr elle-même, et ne se connaît non plus que le reste... Je ne vois que des infirmités de toutes parts, qui m'enferment comme un atome, et comme une ombre qui ne dure qu'un instant sans retour. Tout ce que je connais est que je dois bientôt mourir; mais ce que j'ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter. Comme je ne sais d'où je viens, aussi je ne sais où je vais... Voilà mon état plein de misère, de faiblesse, d'obscurité ^. » Or de tout cela je ne puis « conclure que je dois passer tous les jours de ma vie sans songer à chercher ce qui doit m'arriver ».
« Un homme dans un cachot, ne sachant si son arrêt
1. Pensées,\lll, t. — 2. /6ic/.,VlIl, 14. — 3./6<rf., IX, 2. — 4. /ôm/., IX, 2. — 5. Ibid., IX, 1.
est donné, n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre cette heure suffisant, s'il sait qu'il est donné, pour le faire révoquer, il est contre nature qu'il emploie cette heurelà, non à s'informer si l'arrêt est donné, mais à jouer au piquet *. » « Nous sommes embarqués » ; et partant le problème de notre destinée se pose de lui-même : nous sommes acculés à la nécessité d'en chercher le dernier mot.
Mais où trouver ce dernier mot? d'où peut venir la lumière libératrice ?
Pascal passe d'abord en revue les diverses sectes philosophiques^, et il les partage en deux classes : dogmatistes et pyrrhoniens. De quel côté se ranger? « L'unique fort des dogmatistes » est qu'en parlant de bonne foi et sincèrement, on ne peut douter des principes naturels. Au contraire, « les principales forces des pyrrhoniens sont : que nous n'avons aucune certitude de