‹ PascalChapitre 156 sur 181 · FiLLEAU DE LA CHAISE · texte numérisé non relu

FiLLEAU DE LA CHAISE

« Il leur fit chercher tout ce qui pouvait donner quelque lumière et examiner premièrement ce qu'en aTaient dit ceux qu'on nomme philosophes. Mais il n'eut guère de peine à montrer qu'il fallait être peu difficile pour s'en contenter; qu'ils n'avaient fait autre chose que se contredire les uns les autres et se contredire eux-mêmes. »

Étiemne Périer.

« M. Pascal ayant mis l'homme dans cette disposition de chercher à s'instruire sur un doute aussi important, il l'adresse premièrement aux philosophes; et c'est là qu'après lui a? oir déreloppé tout ce que les plus grands philosophes de toutes les sectes ont dit sur le sujet de l'homme, il lui fait obsenrer tant de défauts, tant de faiblesses, tant de contradictions et tant de faussetés dans tout ce qu'ils en ont ayancé, qu'il n'est pas difficile à cet homme de juger que ce n'est pas là où il doit s'en tenir. »

la vérité de ces principes, hors la foi et la révélation, si non en ce que nous les sentons natureUement en nous »... Et « voilà la guerre ouverte entre les hommes, où il faut que chacun prenne parti, et se range nécessairement, ou au dogmatisme, ou au pyrrhonisme; car qui pensera demeurer neutre sera pyrrhonien par excellence... Que fera donc Thonmie en cet état? Douterat-il de tout? Doutera-t-il s'il veille?... Doutera-t-il s'il doute*? Doutera-t-il s'il est?... La nature soutient la raison impuissante, et l'empêche d'extravaguer à ce point^ » ; « nous avons une idée de la vérité invincible à tout le pyrrhonisme ' » .

Faudra-t-il donc opiner pour les dogmatistes? Pas davantage; car ils se divisent entre eux, déroutés par le conflit de nos deux natures.

« Cette guerre intérieure de la raison contre les passions a fait que ceux qui ont voulu avoir la paix se sont partagés en deux sectes. Les uns ^ ont voulu renoncer aux passions, et devenir dieux; les autres ^ ont voulu renoncer à la raison, et devenir bètes brutes. Mais ils ne Font pu, ni les uns, ni les autres, et la raison demeure toujours, qui accuse la bassesse et Tinjustice des passions;... et les passions sont toujours vivantes dans ceux qui veulent y renoncer ^. » « Les uns considérant la nature comme incorrompue, les autres comme irréparable, ils n'ont pu fuir, ou Forgueil, ou la

1. C'est l'argument de Descaries : Si je doute, je pense, si je pense, je suis.

2. Pensées, VIII, 1. — 3. Ibid., VIII, 9. — 4. Les stoïciens. — 5. Les épicuriens. — 6. Pensées ^ VIII, 8.

paresse, qui sont les deux sources de tous les vices; puisqu'il (rhomme) ne peut sinon, ou s'y abandonner par lâcheté, ou en sortir par l'orgueil. Car, s'ils connaissaient l'excellence de l'homme, ils en ignoraient la corruption; de sorte qu'ils évitaient bien la paresse, mais ils se perdaient dans la superbe. Et s'ils reconnaissent l'infirmité de la nature, ils en ignorent la dignité : de sorte

qu'ils pouvaient bien é>'iter la vanité, mais c'était en

se précipitant dans le désespoir. De là viennent les diverses sectes des stoïques et des épicuriens, des dogmatistes et des académiciens ^ etc. »

Pascal prend pour exemple Épictète etMontaigne. «En lisant cet auteur et le comparant avec Épictète, j'ai trouvé qu'ils étaient assurément les deux plus illustres défenseurs des deux plus célèbres sectes du monde... L'un, connaissant les devoirs de Thonmie et ignorant son impuissance , se perd dans la présomption ; ... et F au tre, connaissant l'impuissance et non le devoir, il s'abat dans la lâcheté... D'où il semble que... l'on formerait en les alliant une morale parfaite. Mais au lieu de cette paix, il ne resterait de leur assemblage qu'une guerre et une destruction générale ; car l'un établissant la certitude et l'autre le doute, l'un la grandeur de l'homme et l'autre sa faiblesse, ils ruinent la vérité aussi bien que la fausseté l'un de l'autre ^. »

' 1. Pensées, XU, 11.

2. Entretien avec M, Saci, p. cxxxi et suir. — « Tu me cries de loin, 6 pliilosophie, que j'ai à marcher dans ce monde en an chemin glissant el plein de périls. Tu me présentes la main pour me soutenir et pour me conduire. Et comment puis-je me fier à toi, pauvre philosophie? Que vois-

« Levez vos yeux vers Dieu, disent les uns : vous pouvez vous rendre semblables à lui; la sagesse vous y égalera ; . . . haussez la tète, hommes libres, dit Épictète. Et les autres lui disent : Baissez vos yeux vers la terre, chétif ver que vous êtes, et regardez les bêtes dont vous êtes le compagnon *. »

(( Les stoïques disent : Rentrez au dedans de vousmêmes; c'est là où vous trouverez votre repos : et cda n'est pas vrai. Les autres disent : Sortez en dehors ; recherchez le bonheur en vous divertissant : et cela n'est pas vrai 2, »

C'est donc « en vain, 6 hommes, que vous cherchez dans vous-mêmes le remède à vos misères. Toutes vos lumières ne peuvent arriver qu'à connaître que ce n'est point dans vous-mêmes que vous trouverez ni la vérité ni le bien. Les philosophes vous l'ont promis, et ils n'ont pu le faire. Us ne savent ni quel est votre véritable bien, ni quel est votre véritable état. Comment auraient-ils donné des remèdes à vos maux, qu'ils n'ont pas seulement connus ^? »

Pascal examine ensuite les diverses religions *.

je dans tes écoles que des contenlions inutiles qui ne seront jamais terminées. » (Bossuet, Sermon sur la loi de Dieu, l^* p.) 1. Pensées, XI, 4 bis. — 2. ]bid., I, 9 bis, — 3. Ibid,, XII, 2.

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