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ik PASCAL.

mon inclination et le travail de mes premières études m'ont fait acquérir dans les mathématiques. » « Ce fut en ce temps-là, dit sa sœur, et à Tàge de dix-huit ans, qu'il inventa cette machine d'arithmétique par laquelle on fait non seulement toutes sortes de supputations sans plume et sans jetons, mais on les fait même sans savoir aucune règle d'arithmétique, et avec une sûreté infaillible*. »

Cette contention d'esprit ne diminuait pas sa tendresse et sa sollicitude pour les siens. Le 31 janvier 1643, il écrit à M"^* Périer :

« Étant retourné k Rouen, j'ai trouvé une lettre de M. Perier qui mande que tu es malade. 11 ne mande point si ton mal est dangereux, ni si tu te portes mieux; et il s'est passé un ordinaire depuis, sans avoir reçu de lettre, tellement que nous sommes en une peine dont je te prie de nous tirer au plus tôt. »

Les intervalles que lui laissaient ses études et le mauvais état de sa santé furent employés à l'achèvement de la machine arithmétique : « Ce travail le fatigua beaucoup, non pas pour la pensée ou pour le mouvement qu'il trouva sans peine, mais pour faire comprendre aux ouvriers toutes ces choses. De sorte qu'il fut deux ans à le mettre dans cette perfection où il est à présent 2.

« Mais cette fatigue et la délicatesse où se trouvait sa

2. On Jit dans les Pensées de Pascal (XXIV, 67) : « La machine arithmétique fait des eflets qui approchent plus de la pensée que tout ce que font les animaux. » — Voir, sur cette machine, M. Binbt, Rapport à l'Académie des sciences, 12 février 1849.

santé depuis quelques années le jetèrent dans des incommodités qui ne l'ont plus quitté ; de sorte qu'il nous disait quelquefois que depuis Tàge de dix-huit ans il n'avait pas passé un jour sans douleur*. »

La souffrance la plus aiguë ne peut arrêter sa pensée. Il a l'esprit occupé d'une expérience de Torricelli sur le vide dont il voudrait vérifier l'exactitude.

« Cette expérience ayant été mandée de Kome au R. P. Mersenne, minime à Paris, il la divulgua en France en Tannée 1644, non sans l'admiration de tous les savants et curieux, par la communication desquels étant devenue fameuse de toutes parts, je l'appris de M. Petit, intendant des fortifications, et très versé en toutes les belles-lettres, qui l'avait apprise du R. P. Mersenne même. Nous la fîmes donc ensemble à Rouen, le dit sieur Petit et moi, de la même sorte qu'elle avait été faite en Italie, et nous trouvâmes de point en point ce qui avait été mandé de ce pays-là, sans y avoir, pour lors, rien remarque de nouveau 2. » Il venait d'achever enfin la machine arithmétique, que voulut voir le grand Condé (février 1644) 3, et qu'il présenta et dédia l'année suivante au chancelier Séguier^, alors que son père venait de recevoir les lettres patentes qui le nommaient conseiller d'État (27 déc. 1645).

2. Éd. Lfthure, III, p. 15; Faugèrb, ouvr. cit., Vie de Pascal, p. 10.

3. Bourdelot, qui était alors médecin de Condé et qui devint plus tard médecin de la reine Christine, écrit à Pascal le 26 février 1644 : « Je parlai hier à Son Altesse qui m'a témoigné impatience de tous voir avec votre Roue Pascal. »

4. Dans sa dédicace, Pascal remercie le Chancelier d'avoir « daigné donner des éloges au coup d'essai d'un homme de vingt ans u.

Nous arrivons à ce qu'on a appelé la. première conversion de Pascal. Ce mot de conversion peut se prendre en différents sens. Il peut désigner le retour à la vertu d'ime personne vivant dans le désordre ou le retour à la foi d'un incrédule , ou simplement la résolution que prend une âme chrétienne de se donner plus complètement à Dieu. M°® Périer ne nous laisse aucun doute sur le sens qui s'applique à Pascal. Nous savons par eUe et par sa fiUe Marguerite que Pascal n'avait jamais cédé aux séductions du plaisir et que sa foi était demeurée inébranlable.

« Il avait été jusqu'alors préservé, par une protection de. Dieu particulière, de tous les vices de la jeunesse : et ce qui est encore plus étrange à un esprit dé cette trempe et de ce caractère, il ne s'était jamais porté au libertinage* pour ce qui regarde la religion... Ainsi cet esprit si grand, si vaste et si rempli de curiosités, qui cherchait avec tant de soin la cause et la raison de tout, était en même temps soumis à toutes les choses de la religion comme un enfant 2. »

« Au mois de janvier 1646, mon père s'étant démis une cuisse en tombant sur la glace, il ne put prendre confiance en cet accident qu'à MM. de la Bouteillcrie et Deslandes, gentilshommes du pays, qui eurent la bonté de demeurer chez lui trois mois de suite pour travailler à sa guérison. Toute la maison

1. On appelait Libertins slu xvii* siècle ceux que nous appelons aujourd'hui libres penseurs,

profita du séjour de ces messieurs. Leurs discours édifiants et leur bonne vie firent désirer à mon père, à mon frère et à ma sœur de voir les livres qui leur avaient servi pour parvenir à cet état. Ce fut alors qu'ils prirent connaissance des ouvrages de M. Jansénius, de H. de Saint-Cyran, de M. Arnauld et des autres écrits dont ils furent édifiés ^ . »

La fille de H"''' Périer ajoute quelques détails qui vont dans le même sens : « Durant ces trois mois, ces messieurs, qui avaient autant de zèle et de charité pour le bien spirituel du prochain que pour le temporel, remarquaient dans mon grand-père et dans toute sa famille beaucoup d'esprit, et regardant comme un très grand dommage que tant de beaux talents fussent seulement employés à des sciences humaines dont ils connaissaient tous bien le néant et le vide^, ils s'attachèrent beaucoup à M. Pascal, mon oncle, pour le faire entrer dans des lectures de livres de piété solide, et pour les lui faire goûter. Us y réussirent très bien; car, comme il avait un esprit très solide et très bon, et qu'il ne l'avait jamais accoutumé, quoique très jeune, à toutes les folies de la jeunesse, il connut avec ces messieurs le bien ; il le sentit, il Taima et il l'embrassa. Et quand ils l'eurent gagné à Dieu, ils

1. Id,, ibid., Vie de Jacqueline, ip» 62.— M. de Saint-Cyran était mort en 1643. Arnaald Tenait de publier, en 1645, La tradition de VÉglise sur la Pénitence et la Communion.

2. V. dise, de Jansénias sur la Réformation de l'homme intérieur, traduit par M. d'Andilly : a C'est cette curiosité toujours inquiète, qui a été appelée de ce nom à cause du vain désir qu'elle a de savoir, et que l'on a palliée du nom de science. »

eurent toule la famille; car lorsque mon grand-père commença à être en état de s'appliquer à quelque chose après un si grand mal, son fils commençant à goûter Dieu, le lui fit goûter aussi, et à ma tante, sa sœur, qui y entra si vivement qu'elle résolut dès lors de quitter le monde et de se faire religieuse*... Mon père et ma mère, peu de temps après, allèrent à Rouen voir mon grand-père ; et trouvant toute la famille à Dieu et dans des sentiments d'une vraie et solide piété, ils s'y donnèrent aussi ^. »

Cette conversion de Pascal, ou plutôt de la famille Pascal, ne fut donc en réalité que leur passage d'une piété que les solitaires de Port-Royal jugeaient imparfaite à une piété plus rigoureuse, telle qu'ils l'observaient eux-mêmes et la prescrivaient aux autres.

De cette influence puissante vont naître, pour le jeune savant, des combats intérieurs. Dorénavant son âme sera le théâtre d'une lutte incessante entre ce qu'on lui donne conmie les exigences de la foi, et son amour passionné de la science ; et la mystique Janséniste finira , par avoir le dessus.

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