‹ PascalChapitre 164 sur 181 · ETIENNE PÉRIER · texte numérisé non relu

ETIENNE PÉRIER

a II savait que les passions et les attachements vicieux qui corrompent le cœur et la volonté sont les plus grands obstacles et les principaux empêchements que nous ayons à la foi. »

définitive que de la raison. C'est la raison qui meut la volonté; en sorte que, par une conséquence naturelle, « il suffît de bien juger pour bien faire * ».

Chez Pascal, au contraire, c'est le cœur qui détermine la volonté à donner ou à refuser son assentiment; car c*est dans le cœur que se forment les passions qui nous enténèbrent.

Sans doute, « les prophéties, les miracles mêmes et les preuves de notre religion, ne sont pas de telle nature qu'on puisse dire qu'ils sont absolument convaincants. Mais ils le sont aussi de telle sorte qu'on ne peut dire que ce soit être sans raison que de les croire... il y a de l'évidence et de l'obscurité, pour éclairer les uns et obscurcir les autres. Mais l'évidence est telle, qu'elle surpasse, ou égale pour le moins, l'évidence du contraire ; de sorte que ce n'est pas la raison qui puisse déterminer à ne la pas suivre ; et ainsi ce ne peut être que la concupiscence ou la malice du cœur ^ ».

« Tout ce qui est au monde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie : libido sentiendi, libido sctendiy libido dondnandi ^. » <( Ces trois fleuves de feu » : voilà ce qui nous éloigne de Dieu, ce qui nous entraîne loin de la foi.

Et si tel est notre état, ce n'est plus dans de longues et subtiles argumentations qu'il faut chercher le remède à notre incrédulité*.

« Vous voulez aller à la foi, et vous n'en savez pas le chemin ; vous voulez guérir de l'infidélité, et vous en

1. Disc, de la Méthode, 3« p. —2. Pensées, XXIV, 18. — 3. Ihid., XXIV, 33. — 4. Ibid., XI, 1.

demandez les remèdes : apprenez-les de ceux qui ont été liés comme vous... Ce sont gens qui savent le chemin que vous voudriez suivre, et guéris d'un mal dont vous voulez guérir. Suivez la manière par où ils ont commencé *. »

Anéantissez-vous d'abord devant cet Être universel que vous avez irrité tant de fois ^ : Humiliez votre indocile raison. Et, pour ne point vous faire illusion sur l'intégrité de ce sacrifice, allez courageusement jusqu'au bout : Prenez de l'eau bénite et faites dire des messes etc. Naturellement cela « vous abêtira » ; mais vous n'avez qu'à y gagner ^. « Le propre de la justice est d'abattre l'orgueil *. » « Dieu n'a-t-il pas abesty la sapience de ce monde? Norme stuUam fecit Deus sapientiam hujus mundi^. »

Rompez vos coupables attaches; « renoncez aux plaisirs », qui rendent votre àme de plus en plus insensible au charme virginal de la vérité. « Il est juste qu'un Dieu si pur ne se découvre qu'à ceux qui ont le cœur purifié ^. »

Ployez la machine. « Nous sommes automate autant

Pensées, X, 1. — Cf. Imitation de Jésus-Christ^ 1. 1, ch. xxt : « Un homme incertain et qui balançait entre la crainte et l'espérance, un joar, accablé de tristesse, s'étant prosterné dans une église devant un autel, pensait ceci en lui-même et disait : a Hélas ! si J'étais assuré de persévérer. » Et aussitôt il entendait intérieurement' la réponse de Dieu qui lui disait : « Si tu le « savais, que voudrais-tu faire? Fais présentement ce que tu voudrais avoir « fait alors, et tu en seras assuré. »

Page 1