‹ PascalChapitre 169 sur 181 · Sermon sur le délai de la conversion, 1" p · texte numérisé non relu

Sermon sur le délai de la conversion, 1" p

3. VI, ch. x,t. Il, Des esprits forts, p. 187, Lefèvre, Paris, 1818,

pas le manque de croyance qui mérite d'être puni, mais la malice et l'obstination^. »

Par contre, d'autres auteurs protestent contre le raisonnement de Pascal; et Voltaire est de ceux-là. A son sens, (c il est évidemment faux de dire : ne point parier que Dieu est, c'est parier qu'il n'est pas; car celui qui doute et demande à s'éclaircir, ne parie assurément ni pour ni contre ».

« D'ailleurs, ajoute-t-il, cet article paratt un peu indécent et puéril; cette idée de jeu, de perte et de gain, ne convient point à la gravité du sujet; de plus, l'intérêt que j'ai à croire une chose n'est pas une preuve de l'existence de cette chose *. »

Mais ces objections tombent à faux. Pascal a raison de dire que, dans la pratique, ne pas parier c'est parier contre, puisque celui qui s'abstient agit de la même manière que celui qui nie. 11 ne donne pas non plus comme une preuve de la religion l'intérêt que nous avons à y croire : il a prouvé ailleurs la vérité de la religion. Il ne propose ici qu'une règle de conduite. Est-ce là d'ailleurs un calcul mercenaire qui ne sied pas à la majesté de la religion? Le calcul n'aurait rien que de naturel et de légitime, puisqu'il s'agit de notre salut éternel, que nous avons le devoir d'assurer. Mais Pascal a montré plus haut qu'il voit autre chose dans les pratiques religieuses qu'un simple calcul d'intérêt ; car il a commencé par établir que ces pratiques

1. Remarques sur un petit livre traduit de Vanglais : Lettre sur V enthousiasme.

sont le moyen d'arriver à la foi, d obtenir que Dieu la donne : & ses yeux, c'est dans ces actes volontaires de soumission et d'humilité et dans Thabitude de les accomplir, que nous trouvons la force de vaincre les passions qui sont l'obstacle et d'ouvrir notre âme à la grftce. D'autre part, ceux qui raisonnent comme Pascal ne semblent pas préciser suffisamment la question. Une distinction qui tranche définitivement le débat, c'est que, si la probabilité de la vie future devient infiniment petite, il n'y a plus de motif de parier. Car Pascal a beau dire, « le ciel souffre violence » : il exige le renoncement; et il ne semble pas raisonnable d'abandonner un bien certain pour un bien absolument incertain, si grand qu'il soit. C'est ce que Laplace a bien vu dans le passage cité plus haut ^ L'argument du pari ne s'impose que s'il existe une haute probabilité en faveur de l'existence d'une destinée immortelle : Pour le rendre décisif, il faut y adjoindre des preuves.

Que Ton se fonde sur des preuves, ou que l'on se fie au risque métaphysique, la voie qui mène au salut est toujours la même : c'est la purification de la vie par la volonté. « Ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, qui n'ont de déplaisir que d'être privés de sa vue, qui n'ont de plaisir que pour le posséder et d'ennemis que ceux qui les en détournent, qui s'affligent de se voir enwonnés et dominés de tels ennemis ; qu'ils se consolent, je leur annonce une heureuse nouvelle : il y a un libérateur pour eux 2. »

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