‹ PascalChapitre 173 sur 181 · Pensées, XXIV, 61 ter · texte numérisé non relu

Pensées, XXIV, 61 ter

On dira sans doute que cette conception de la certitude morale n'était pas neuve du temps de Pascal ; et Ton aura raison. Elle a son principe dans FËvangile * ; elle s'est répandue de là dans les écrits des Pères et des théologiens : saint Augustin, Bossuet, saint Thomas luimême l'ont reprise et développée. Mais Pascal en a poussé si loin l'analyse, il Fa formulée avec une telle puissance, il Ta teinte si fortement de la richesse de son âme, que l'on peut dire sans exagération qu'il l'a faîte sienne.

Constater que l'apologétique de Pascal se fonde sur l'initiative de la volonté, c'en est assez pour se convaincre qu'elle est incompatible avec Terreur du jansénisme qui déclare l'efiPort de l'homme inutile à son salut ; pour s'expliquer que la censure de l'Église qui a frappé les Lettres provinciales ne se soit pas étendue aux Pensées. Il y aurait lieu toutefois d'établir une distinction entre la doctrine de Pascal et le tour habituel de son esprit : sa doctrine est la négation de l'hérésie des jansénistes; le tour de son esprit se ressent parfois de leiu» influence.

La doctrine de l'apologie est de tout point contraire à celle de Jansénius. Jansénius prétend qu'il n'y a plus dans l'homme depuis sa chute que bassesse et corruption, que notre volonté désarmée pour le bien ne peut plus se porter qu'au mal. Pascal reconnaît dans la nature de l'homme, en même temps que la bassesse,

1. Ev, s. Joan,f III, 21 : Qui aatem facil Teritatem, venit ad locem; — ibid., XIV, 21 : qui autem diligil rae,... et ego diligam eum, et manifestabo ei me ipsum.

une invincible grandeur, sans laquelle il ne pourrait sentir sa bassesse; et Fapoiogie repose sur la contradiction de cette grandeur qu'il a gardée de son état primitif avec cette bassesse qui a altéré sa grandeur sans la détruire. Selon Jansénius, les justes eux-mêmes ne peuvent rien pour leur salut, si Dieu ne les a marqués pour être élus. Pascal croit que les pécheurs mêmes peuvent obtenir sa grâce. « Cette religion nous oblige de les regarder toujours, tant qu'ils seront en cette vie, comme capables de la gi*&ce qui peut les éclairer, et de croire qu'ils peuvent être en peu de temps plus remplis de foi que nous ne le sommes, et que nous pouvons au contraire tomber dans l'aveuglement où ils sont^ » Jansénius nie que Jésus-Christ soit mort pour tous les hommes. Pascal rejette cette doctrine comme poussant au désespoir : « Quand on dit que Jésus- Christ n'est pas mort pour tous, vous abusez d'un vice des hommes qui s'appliquent incontinent cette exception, ce qui est favoriser le désespoir, au lieu de les en détourner pour favoriser Tespérancc 2. »

Jansénius soutient que la miséricorde de Dieu se donne aux: uns et se refuse aux autres ; Pascal ne permet pas à rhomme de limiter la miséricorde divine. (( Je voudrais savoir d'où cet animal, qui se reconnaît si faible, a le droit de mesurer la miséricorde de Dieu, et

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