Id.f ihid.y Vie de Jacqueline, p
commoderait pas mon frère (parce qu'il savait qu'il était malade) en venant céans le lendemain à neuf heures du matin. Quand M. de Montigny me proposa cela, je fus assez empêchée de répondre, à cause que je savais qu'il a peine à se contraindre et à parler particulièrement le matin ; néanmoins, je ne crus pas à propos de le refuser, si bien que nous arrêtâmes qu'il viendrait à dix heures et demie le lendemain...
« M. de Roberval, que mon frère avait averti, s'y trouva; et là, après quelques civilités , il fut parlé de l'instrument {la machine à calculer) qui fut fort admiré tandis que M. de Roberval le montrait. Ensuite on se mit sur le vide, et M. Descartes avec un grand sérieux, comme on lui contait une expérience et qu'on lui demanda ce qu'il croyait qui fût entré dans la seringue, dit que c'était de sa matière subtile ; sur quoi mon frère lui répondit ce qu'il put , et M. de Roberval, croyant que mon frère avait peine à parler, entreprit avec un peu de chaleur M. Descartes ( avec civilité pourtant ) , qui lui répondit avec un peu d'aigreur qu'il parlerait à mon frère tant que l'on voudrait, parce qu'il parlait avec raison , mais non pas à lui, qui parlait avec préoccupation; et là-dessus, voyant à sa montre qu'il était midi, il se leva, parce qu'il était prié de diner au faubourg Saint-Germain, et M. de Roberval aussi, si bien que M. Descartes l'emmena dans un carrosse où ils étaient tous deux seuls; et là ils se chantèrent goguette, mais un peu plus fort que peu, à ce que nous dit M. de Roberval, qui revînt ici l'après-dînée...
« J'avais oublié à te dire que M. Descartes, fâché d'avoir
été si peu céans, promît de le venir revoir le lendemain à huit heures... M. Descartes venait ici en partie pour consulter le mal de mon frère ^... Ils parlèrent de bien d'autres choses, car il y fut jusques à onze heures; mais je ne saurais qu'en dire, car pour hier je n'y étais pas, et je ne le pus savoir... Mon frère écrivit au P. Mersennc l'autre jour pour savoir de lui quelles raisons M. Descartes apportait contre la colonne d^air... Ce n'était pas M. Descartes (car, au contraire, il la croit fort, mais par une raison que mon père n'approuve pas) , mais M. de Roberval qui était contre 2. »
Dès le h- octobre 16&7, huit jours après son entretien avec Descartes, Pascal publie comme siennes les Nouvelles Expériences touchant le vide, où il prend acte de ce qui est de son invention. « Je me résolus donc, ditil, de faire des expériences si convaincantes, qu'elles fussent à l'épreuve de toutes les objections qu'on pourrait y faire; j'en fis au commencement de cette année un grand nombre, dont il y en a qui ont quelque rapport avec celle d'Italie, et d'autres qui en sont entièrement éloignées, et n'ont rien de commun avec elle 3. »
Vers la fin d'octobre*, Pascal, tout malade qu'il est, soutient sur ce sujet une longue polémique avec le P. Noël, jésuite, qui lui faisait des objections indignes d'un vrai savant. Il oppose au P. Noël la vraie méthode scientifique qui n'admet, en dehors des axiomes, que des