Éd. Lahure, HI, p
Toutefois, ces occupations scientifiques sont loin de Tabsorber entièrement. Il conçoit alors le dessein de défendre la vraie doctrine, par les armes seules de la raison, et s'en ouvre à M. Le Rebours; mais celui-ci voit dans ce projet la marque d'une confiance orgueilleuse dans la force du raisonnement humain, et Ten dissuade.
« Entre autres discours je lui dis avec ma franchise et ma naïveté ordinaires que nous avions vu leurs livres et ceux de leurs adversaires ; que c'était assez pour lui faire entendre que nous étions de leurs sentiments. Il m'en témoigna quelque joie. Je lui dis ensuite que je pensais que l'on pouvait, suivant les principes mêmes du sens commun, démontrer beaucoup de choses que leurs adversaires disent lui être contraires, et que le raisonnement bien conduit portait à les croire, quoiqu'il les faille croire sans l'aide du raisonnement... Mais comme tu sais que toutes les actions peuvent avoir deux sources, et que ce discours pouvait procéder d'un principe de vanité et de confiance dans le raisonnement, ce soupçon, qui fut augmenté par la connaissance qu'il avait de mon étude de la géométrie, suffit pour lui faire trouver ce discours étrange... J'essayai néanmoins de lui faire connaître mon motif; mais ma justification accrut son doute et il prit mes excuses pour une obstination^. »
Pascal approuvait alors pleinement la vocation religieuse de sa sœur Jacqueline, encouragée par M. Singlin. « Il dit à mon frère qu'il n'avait jamais vu en personne de si grandes marques de vocation. Ce témoignage
1. Lett. de Pascal à M** Perier{ei non à Jacqueline, comme le portent certaines éditions), Ed. Lahure, II, p. 103.
consola beaucoup mon frère, et l'obligea de redoubler ses soins pour le succès d'un dessein qu'on avait tout sujet de croire qui venait de Dieu. Toutes ces choses se passaient dans les premiers mois de Tannée 16(^8, mon frère et ma sœur étant à Paris, et mon père à Rouen ^. »
La sœur aînée de Pascal, M"* Périer, était dans les mêmes idées; et, dans une lettre de la même année, Pascal et Jacqueline la félicitent d'avoir, comme eux, pour objet la gloire de Dieu et de joindre à Talliance que la nature à faite en eux celle qu'y ajoute la grâce : « Notre bonheur a été si grand d'être unis de la dernière sorte, que nous nous devons unir pour le reconnaître et pour nous en réjouir. Car il faut avouer que c'est proprement depids ce temps (que M. de Saint- Cyran veut qu'on appelle commencement de la vie) que nous devons nous considérer comme véritablement parens, et qu'il a plu à Dieu de nous joindre aussi bien dans son nouveau monde par l'esprit, comme il avait fait dans le terrestre par la chair 2. »
Dans cette même lettre apparaît déjà l'idée qui dominera son apologie de la religion chrétienne, ce reste de grandeur qui, survivant à la chute de Fhomme, l'invite à se relever et à se tourner vers le libérateur promis. « Il faut que nous nous servions du lieu même où nous sommes tombés pour nous relever de notre chute. C'est pourquoi nous devons bien ménager l'avantage que la bonté de Dieu nous donne de nous laisser toujours devant les yeux une image des biens que nous avons