Faugèi^e, ouTr. cit., Vie de Jacqueline, p
BIOGRAPHIE PSYCHOLOGIQUE. ki
Le 7 mars, elle écrivit à son frère pour lui faire agréer sa résolution d'entrer au couvent. « Encore que je sois libre,... je ne laisse pas d'avoir besoin de votre consen- ' tement et de votre aveu que je demande de toute l'affection de mon cœur, non pas pour pouvoir accomplir la chose, puisqu'ils n'y sont pas nécessaires, mais pour pouvoir l'accomplir avec joie, avec repos d'esprit, avec tranquillité... Ne vous opposez pas à cette lumière di>âne ; n'empêchez pas ceux qui font bien et faites bien vous-même ou, si vous n'avez pas la force de me suivre, au moins ne me retenez pas. Ne vous rendez pas ingrat envers Dieu de la grâce qu'il a faite à une personne que vous aimez : plus elle doit vous être chère, plus les faveurs qu'elle reçoit vous doivent être sensibles... J'attends ce témoignage d'amitié de toi principalement, et te prie pour mes fiançailles qui se feront, Dieu aidant, le jour de la Sainte-Trinité. » Elle ajoutait : « Ce n'est que par forme que je t'ai prié de te trouver à la cérémonie ; car je ne crois pas que tu aies la pensée d'y manquer*. » Son frère ne céda pas de bonne grâce. « 11 vint le lendemain fort outré avec un grand mal de tête que cela lui causait, et néanmoins fort adouci, car au lieu de deux ans qu'il me demandait la dernière fois, il ne voulait plus me faire attendre que jusqu'à la Toussaint ; mais me voyant ferme à ne pas attendre et assez complaisante néanmoins pour condescendre à lui donner quelque peu de temps pour se pouvoir résoudre, il s'adoucit entièrement et eut pitié de la peine que cela
i.Id., ibid,, p. 335-343.
me faisait de différer encore une chose que je souhaite depuis si longtemps. Il ne se rendit pourtant pas à l'heure; mais M. d'Andilly à ma prière eut la bonté de renvoyer quérir samedi, et l'entreprit avec tant de chaleur et tant d'adresse qu'il le fit consentir à tout ce que nous voulions * . »
La science intervient pour divertir Pascal du profond chagrin que lui causait le départ de sa sœur préférée.
Au mois de mars, il envoie à la reine Christine la machine arithmétique, avec une lettre éloquente et hardie où il met sa dignité de savante au-dessus de sa dignité de reine. « Le pouvoir des rois sur les sujets n'est, ce me semble, qu'une image du pouvoir des esprits sur les esprits qui leur sont inférieurs, sur lesquels ils exercent le droit de persuader, ce qui est parmi eux ce que le droit de commander est dans le gouvernement politique. Ce second empire me parait même d'un ordre d'autant plus élevé, que les esprits sont d'un ordre plus élevé que les corps, et d'autant plus équitable, qu'il ne peut être départi et conservé que par le mérite, au lieu que l'autre peut l'être par la naissance ou parla fortune. Il faut donc avouer que chacun de ces empires est grand en soi; mais. Madame, que Votre Majesté me permette de le dire, elle n'y est pas blessée, Tun sans l'autre me paraît défectueux. Quelque puissant que soit un monarque, il manque quelque chose à sa gloire , s'il n'a la prééminence de l'esprit 2. »