iWrf., Lettre du 1« déc. 1655, p
lui fournirent des matériaux qu'il allait mettre en œuvre avec une suprême habileté.
« Il était allé à Port-Royal des Champs pour y passer quelque temps en retraitie, comme il faisait de temps en temps. C'était alors qu'on travaillait en Sorbonne à la condamnation de H. Arnauld, qui était aussi à Port- Royal. Tous ces messieurs le pressaient pour écrire pour se défendre, et lui disaient : Est-ce que vous vous laisserez condamner comme un enfant sans rien dire? Il fît donc un écrit, lequel il lut en présence de tous ces messieurs, qui n'y donnèrent aucun applaudissement. M. Arnauld, qui n'était point jaloux de louanges, leur dit : Je vois bien que vous trouvez cet écrit mauvais, et je crois que vous avez raison (il n'en publie pas moins le 1 8 janvier sa Lettre à la Faculté] . Puis il dit à M. Pascal : Mais vous, qui êtes jeune, vous devriez faire quelque chose. M. Pascal fit la première lettre (23 janvier), la leur lut; M. Arnauld s'écria: Cela est excellent, cela sera goûté; il faut le faire imprimer. On le fit, et cela eut le succès qu'on a vu : on continua. . .
« M. Pascal, qui avait une maison de louage dans Paris, alla se mettre dans une auberge, pour continuer cet ouvrage, à l'enseigne du Roi David, dans la rue des Poiriers, où il était inconnu sous un autre nom (il avait pris le nom de M. de Mons, qui appartenait à une des branches de sa famille). C'était tout vis-à-vis du collège de Clermont, qu'on nomme à présent le collège Louis-le-Grand. M. Perier, son beau-frère, étant allé à Paris dans ce temps-là, alla se loger dans cette auberge, comme un homme de province, sans faire connaître qu'il était son
beau-frère^. » Suivant une relation du P. Guerrier, « M. Pascal avait un laquais nommé Picard, très fidèle, qui savait que son maître composait les Lettres provinciales. C'était lui qui pour l'ordinaire en portait les manuscrits à M. Fortin, princii)al du collège d'Harcourt, qui avait soin de les faire imprimer. On assure qu'elles ont été imprimées dans le collège même ^ ».
Le 5 février, paraît la 2* Provinciale; le 12 février, la 3*; le 25 février, la 4'; le 20 mars, la 5". Et la persécution contre Port-Royal en devient plus vive : l'expulsion d'Arnauld est décrétée le 18 février, la dispersion des solitaires le 20 mars.
La guérison extraordinaire d une petite nièce de Pascal vient exalter la foi des religieuses de Port-Royal, demeurées fidèles à leurs directeurs, et confirme Pascal dans sa résolution de les défendre.
Voici, d'après un écrit du temps, le récit du Miracle de la Sainte Épine. « M. de la Poterie, ecclésiastique de condition et de piété, avait depuis quelque temps, parmi les autres reliques de sa chapelle, une sainte épine de la couronne de Notre-Seigneur, laquelle ayant été envoyée aux religieuses carmélites, qui avaient eu une sainte curiosité de la voir, il l'envoya aussi à Port-Royal le vendredi 24. mars dernier. Les religieuses la reçurent avec beaucoup de dévotion : elles la mirent au dedans de leur chœur, sur une table parée en forme d'autel, et, après avoir chanté l'antienne de la sainte couronne, elles allèrent toutes la baiser. Une petite pensionnaire , nommée