‹ PascalChapitre 55 sur 181 · Lettre du 10 août 16G0, éd. Lahure, III, p · texte numérisé non relu

Lettre du 10 août 16G0, éd. Lahure, III, p

d'écrire ce qu'il avait dans Tesprit sur ce sujet-là, mais d'en dire quelque chose de Vive voix. Il le fit donc en présence et à la prière de plusieurs personnes très considérables de ses amis... Et ce qu'elles virent de ce projet et de ce dessein dans un discours de deux ou trois heures fait ainsi sur le champ... leur fit juger ce qu'il pourrait être un jour, s'il était jamais exécuté et conduit à sa perfection par une personne dont elles connaissaient la force et la capacité. »

Non seulement Pascal exposa le plan de son ouvrage, mais il en lut des morceaux importants devant cet auditoire choisi. Un fragment des Pensées (IX, 5) porte cette indication autographe : A Port-Royal; grandeur et misère. Deux autres fragments (XII et 1 bis) portent ces étiquettes : A Port-Royal, commencement; — A Port- Royal, pour demain, prosopopée.

Cependant la persécution contre les Jansénistes, un moment suspendue par la modération et la prudence de Mazarin, reprend avec plus de force. Le 4 février 1661, le formulaire qui a été préparé en 1656, est définitivement imposé par un mandement des vicaires généraux du diocèse de Paris à la signature de toute personne tenant à l'Église et aux religieuses ellesmêmes sous la menace des peines ecclésiastiques et civiles.

La mort de Mazarin (8 mars) précipite les événements. Le 13 avril, le roi signe un arrêt ordonnant de faire exécuter la résolution de la dernière assemblée; et, le 23 avril, les religieuses de Port-Royal reçoivent défense de garder leurs pensionnaires et leurs postulantes, et d'en

recevoir dorénavant jusqu'à nouvel ordre. Restait pour les religieuses elles-mêmes et pour les religieux la signature du formulaire.

MM. de Port-Royal avaient obtenu, dit-on, du Cardinal de Retz, archevêque de Paris, qui passait pour leur être favorable, cette adroite restriction dans le 2" mandement de ses grands vicaires : « N'ayant rien de si précieux que la foi, nous embrassons sincèrement et de cœur tout ce que Sa Sainteté et le pape Innocent X en ont décidé et rejetons toutes les erreurs qu'ils ont jugées y être contraires. » Ce libellé permettait à la rigueur de signer sur la question de droit, c'est-à-dire sur la condamnation des propositions déclarées hérétiques, en réservant la question de fait : savoir si les propositions se trouvaient dans VAugustinus. Autrement dit, on pouvait par ce subterfuge condamner les propositions sans condamner Jansénius.

Après de longues hésitations on finit par signera Port- Royal, le 8 juin 1661. Mais lorsqu'il s'agit de faire signer les religieuses, la sœur Euphémie (Jacqueline Pascal) , qui craignait jusqu'à l'ombre même du mal, fut une de celles qui témoignèrent le plus d'opposition. Elle écrivit même à M. Arnauld une grande lettre où elle lui exposait, de la manière la plus forte, combien elle redoutait de faire quelque démarche qui parût démentir la sincérité chrétienne. Et, dans une lettre du 23 juin à la sœur Angélique, elle ne craignit pas de le désavouer. « Des fidèles, s'écrie-t-elle, des gens qui connaissent et qui soutiennent la vérité , l'Église catholique, user de déguisement et biaiser ! Je ne crois pas que cela

se soit jamais mi dans les siècles passés ^ » « Je sais bien que ce n'est pas à des filles à défendre la vérité, quoique l'on peut dire, pai une triste rencontre, que, puisque les évêques ont des courages de filles, les filles doivent avoir des courages d'évêques; mais si ce n'est pas à nous à défendre la vérité, c'est à nous à mourir pour la vérité 2. »

MM. de Port-Royal finirent par la décider à force d'instances. « Elle signa, nous dit M™* Périer, mais ce fut avec une extrême répugnance, étant combattue de deux côtés : savoir, par l'inclination qu'elle avait de se soumettre, et par la crainte qu'elle ne dût pas le faire en cette occasion. Sa santé fut tellement ébranlée par la violence que toute cette affaire lui causa, qu'elle tomba dangereusement malade et mourut bientôt après; étant (ainsi qu'elle l'avait prédit dans sa lettre à M. Amauld) la première victime de la signature ; car elle eut une douleur extrême de voir l'Église agitée par de nouvelles contestations auxquelles on voulait que les religieuses de Port-Royal prissent part ; et comme elle en ressentait vivement les maux , son corps ne put supporter l'accablement de son esprit. Elle mourut le 4 octobre 1661 ^. »

Le frère résistait, comme la sœur.

Le 31 octobre, il composa un écrit sur la signature, où il protestait contre l'équivoque. Suivant lui, le formulaire condanmait le sens de Jansénius; le sens de Jansénius étant la grâce efficace, on ne pouvait signer

Page 1