XXIV, 69. V. aussi Faugère, p
Tenfant de ces indigents ayant été atteint de la petite vérole, comme il craignait la contagion pour les enfants de M™* Périer, il quitta sa maison, la laissa à ceux qu'il avait recueillis par charité et alla loger chez sa sœur.
« L'éloignement du monde, qu'il pratiquait avec tant de soin, n'empêchait point qu'il ne vît souvent des gens de grand esprit et de grande condition , qui ayant des pensées de retraite demandaient ses avis et les suivaient exactement ; et d'autres qui étaient travaillés de doute sur les matières de la foi... Les conversations auxquelles il se trouvait souvent engagé , ne laissaient pas de lui donner quelque crainte qu'il ne s'y trouvât du péril ; mais comme il ne pouvait pas aussi en conscience refuser le secours que des personnes lui demandaient , il avait trouvé un remède à cela. 11 prenait dans les occasions une ceinture de fer pleine de pointes, il la mettait à nu sur sa chair-; et lorsqu'il lui venait quelque pensée de vanité, ou qu'il prenait quelque plaisir au lieu où il était, ou quelque chose semblable, il se donnait des coups de coude pour redoubler la \'iolencc des piqûres et se faisait ainsi souvenir lui-même de son devoir... »
Pendant sa maladie, sa patience était si admirable qu'il édifiait et surprenait toutes les personnes qui se trouvaient autour de lui. « Il disait à ceux qui témoignaient avoir de la peine à voir l'état où il était que, pour lui il n'en avait pas et qu'il appréhendait même de guérir; et quand on lui en demandait la raison, il disait : C'est que je connais les dangers de la santé et les avantages de la maladie... Ne me plaignez point ; la maladie est Tctat naturel des chrétiens, parce
qu'on est par là, comme on devrait toujours être, dans la souffrance des maux, dans la privation de tous les biens et de tous les plaisirs des sens, exempt de toutes les passions qui travaillent pendant tout le cours de la vie , sans ambition , sans avarice , dans Tattente continuelle de la mort. N'est-ce pas ainsi que les chrétiens devraient passer la vie^? »
M. Beurrier, curé de Saint-Étienne-du-Mont, qui le voyait souvent durant sa maladie, disait de lui : « Il est soumis, il est humble comme un enfant. »
Le 17 août de la même année, « environ minuit il lui prit une convulsion si violente, que, quand elle fut passée, nous crûmes qu'il était mort ». Revenu à lui, il demanda le curé de Saint-Étienne-du-Mont; et comme il était absent, il se confessa à H. de Sainte-Marthe, de Port-Royal, le curé ne devant revenir que le lendemain.
« Nous avions cet extrême déplaisir avec tous les autres de le voir mourir sans le saint sacrement , après l'avoir demandé si souvent avec tant d'instance. Mais Dieu qui voulait récompenser un désir si fervent et si juste, suspendit comme par un miracle cette convulsion, et lui rendit son jugement entier, comme dans sa parfaite santé ; en sorte que M. le curé entrant dans sa chambre avec le saint sacrement, lui cria : Voici celui que vous avez tant désiré. Ces paroles achevèrent de le réveiller; et comme M. le curé approcha pour lui donner la communion, il fit un effort et il se leva seul à moitié, pour le
recevoir avec plus de respect; et M. le euré l'ayant interrogé, suivant la coutume, sur les principaux mystères de la foi, il répondit distinctement : Oui, Monsieur, je crois tout cela de tout mon cœur. Ensuite il reçut le saint viatique avec des sentiments si tendres qu'il en versait des larmes.
« Il répondit à tout, remercia M. le curé ; et lorsqu'il le bénit avec le saint ciboire, il dit : Que Dieu ne m'abandonne jamais ! Ce qui fut comme ses dernières paroles ; car, après avoir fait son action de grâces , un moment après ses convulsions le reprirent, qui ne le quittèrent plus et qui ne lui laissèrent pas un instant de liberté d'esprit : elles durèrent jusqu'à sa mort, qui fut vingtquatre heures après, le 19 d'août 1662, à une heure du matin, âgé de 39 ans et deux mois*. »
Pascal eut donc , à ses derniers moments , la pleine conviction qu'il mourait , comme il avait toujours vécu, dans la foi catholique.