‹ PascalChapitre 7 sur 181 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

Pascal amoureux : a l'amour alors ne passait point pour une faiblesse : c'était la marque des grands esprits et de grands cœurs. Rien donc de plus naturel que Pascal n'ait pas su ou n'ait pas voulu se défendre d'uhe impression noble et tendre* » .

On a même inventé de nos jours un Pascal protestant.

Lorsqu'on soumet au contrôle des textes ces différentes opinions, on est conduit à croire que le vrai Pascal ne ressemble guère aux images qu'on s'en est faites ; que, si l'on a restitué le texte de ses Pensées j l'unité de son caractère et celle de son œuvre sont encore à découvrir. Et c'est cette réduction à l'harmonie que nous voudrions tenter.

En ce qui concerne la peinture de l'homme, nous suivrons en quelque sorte sa vie année par année, sur les documents fournis par sa correspondance, par ses écrits, par les témoignages de ceux qui ont été constamment mêlés à son existence. On verra se dessiner ainsi son caractère véritable, très conséquent avec lui-même dans les phases successives de sa vie. On reconnaîtra que, dans cette carrière si remplie et si courte, torturée sans relâche par la souffrance physique, il y eut de tout temps une résignation vraiment chrétienne; que cette âme, qu'on nous représente comme cherchant dans des pratiques superstitieuses un refuge contre l'envahissement du doute, ne connut pas un seul jour l'incrédulité; que

ISTRODUCTION. XI

ce qu'on est convenu d'appeler sa première conversion, fut simplement un accroissement de ferveur dû aux leçons et à l'exemple des solitaires de Port-Royal ; que, si les quelques moments qu'il passa dans la société mondaine affaiblirent cette action, jamais ils n'entamèrent sa foi, de l'aveu même de sa sœur, la religieuse austère à qui la vie du monde la plus innocente semblait un scandale ; que ce qu'on a nommé sa seconde conversion ne fut que son retour définitif à l'influence de sa sœur Jacqueline et de ses pieux directeurs ; que l'accident du pont de Neuilly, qui mit sa vie en danger au mois de novembre 1654 et oii Ton a voulu voir la cause de son abandon plus compléta Dieu, fut postérieur à ce renoncement volontaire; qu'il n'y a pas trace dans les témoignages contemporains des prétendus accès de folie attribués à cet accident ; que les admirables ouvrages qui l'ont rendu immortel furent composés depuis et attestent la plénitude de son intelligence; enfin que, d'après toutes les relations du temps, jamais sa raison ne se montra plus ferme, sa piété plus douce, sa soumission à Dieu plus confiante que dans les dernières années de sa vie, en proie à de cruelles douleurs dont son Ame demeura maîtresse, comme son génie.

En ce qui touche la philosophie de Pascal, nous constaterons que cette même suite que présente sa vie tout entière, nous la retrouvons dans l'ensemble de ses idées, dominant les difficultés avec lesquelles il a pu être aux prises : dans la doctrine du penseur qui , s'il place la vérité religieuse au-dessus des vérités humaines

ISTHODUCTIOX.

et gourmande sévèrcmont la raison lorsqu'elle s'érip^ en souverain juge de ce qu'il fimt croire, n'a jamais cessé d'y voir le principe d'un développement scientiliquo indétini et d'en faire !c sup])ort nécessaire de la foi; dans la doctrine du polémiste, qui croit servir l'Église et lui demeure lidùle d'intenlion, suit qu'il défonde les jansénistes abusés i)ar l'apparence d'orthodoxie dont ils couvraient leur erreur doctrinale, soit qu'il attaque les jésuites qu'on lut a représentés comme dépréciant la grâce et corrom|xmt la morale; dans la doctrine de l'apologiste qui, s'il déjieint avec une vébémencc et uue Apreté parfois excessives l'inlirmité de notre intelligence et de notre volonté, met toujours en regard de cotte infirmité ce qui nous reste de grandeur, et tire de ce contraste violent la preuve irrécusable que la vie de ce monde a son but non en elle, mais au-dessus d'eltu.

S'il se trouble au speirtaclc des faiblesses Immainos , s'il s'irrilc contre ce moi qu'il voudrait anéantir, chez les autres et clicz lui, comme le vi-rilable obstacle à la perfection cbrétienue, rien n'ébranle sa confiance dans le résultat d'un elïort sincère : partout il montre aux autres et entrevoit pour lui-même la victoire finale promise à la bonne volonté de celui qui aime et qui se jette liuuiblement dans les bras du Sauveur.

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