PREMIERE PARTIE
Ce n'est pas ici une simple biographie de Pascal. C'est le récit de sa vie intellectuelle et morale ; Thistoire de la formation de ce grand esprit et de cette grande âme ; du développement de ses idées, de ses croyances; des luttes qu'il a soutenues pour ce qu'il croyait être la vérité : c'est, en un mot, la peinture de l'homme, pour éclairer la doctrine du penseur.
Biaise Pascal naquit à Clermont, le 19 juin 1623, trois ans après la naissance de Gilberte, sa sœur aînée. Son père, Etienne Pascal, était président de la Cour des aides dans cette \'ille. C'était un homme d'une haute vertu
et d'un grand savoir, également versé dans les lettres et dans les sciences. Devenu veuf en 1626, il se consacra tout entier à l'éducation de son fils, comme nous l'apprend M"* Périer (Gilberte Pascal).
« Ma mère étant morte dès Tannée 1626, que mon frère n'avait que trois ans, mon père se voyant seul s'appliqua plus fortement au soin de sa famille; et comme il n'avait point d'autre fils que celui-là, cette qualité de fils unique et les grandes marques d'esprit qu'il reconnut dans cet enfant lui donnèrent une si grande affection pour lui, qu'il ne put se résoudre à commettre son éducation à un autre, et se résolut dès lors à l'instruire lui-même, comme il a fait; mon frère n'ayant jamais entré dans un collège, et n'ayant jamais* eu d'autre maître que mon père'. »
Les progrès de l'enfant durant les quatre années qui suivirent furent si extraordinaires que le père résolut d'abandonner tout autre soin pour se donner uniquement à son fils, et de s'établir à Paris, où il pensait trouver plus de ressources pour l'éducation de Biaise Pascal. Il vendit donc en 1630 sa charge de président et la plus grande partie de ses biens, qu'il mit en rentes sur l'Hôtel de ville de Paris; et, Tannée suivante, il quitta Clermont avec sa famille.
« En Tannée 1631, dit M°* Périer, mon père se retira à Paris, nous y mena tous, et y établit sa demeure. Mon frère, qui n'avait que huit ans, reçut un grand avantage de cette retraite, dans le dessein que mon père avait
t. Faugèbb, Lettres, opuscules et mémoires , Vie de Pascal, par M"« Perler, p. 1, Vaton, Paris, 18i5.
de l'élever ; car il est sans doute qu'il n'aurait pas pu prendre le même soin dans la province où l'exercice de sa charge et les compagnies continuelles qui abordaient chez lui l'auraient beaucoup détourné : mais il était à Paris dans une entière liberté; il s'y appliqua tout entier, et il eut tout le succès que purent avoir les soins d'un père aussi intelligent et aussi affectionné qu'on le puisse être*. »
Le père de Biaise Pascal avait pour les mathématiques une prédilection marquée. Mais, voyant chez son fils une aptitude précoce pour les sciences, il voulut qu'il commenç&t par les lettres et qu'il fit avec lui ses humanités. Loin de hâter son développement, il s'appliquait plutôt à le modérer.
« Sa principale maxime dans cette éducation était de tenir toujours cet enfant au-dessus de son ouvrage ; et ce fut par cette raison qu'il ne voulut point commencer à lui apprendre le latin qu'il n'eût douze ans, afin qu'il le fit avec plus de facilité. Pendant cet intervalle il ne le laissait pas inutile, car il l'entretenait de toutes les choses dont il le voyait capable. Il lui faisait voir en général ce que c'était que les langues; il lui montrait conmient on les avait réduites en grammaire , sous de certaines règles... Cette idée générale lui débrouillait l'esprit, et lui faisait voir la raison des règles de la grammaire; de sorte que, quand il vint à l'apprendre, il savait pourquoi il le faisait^. »
Pour les sciences, le père se contentait de donner à