‹ PascalChapitre 74 sur 181 · Leibnitii opéra omnia, t. II, d · texte numérisé non relu

Leibnitii opéra omnia, t. II, d

par la pensée... Comme la grandeur peut être conçue s'augmenter jusqu'à Tinfini sans détruire la raison du corps, il fauf juger de même de la petitesse. Donc un corps ne peut être donné si petit, qu'il ne puisse y en avoir d'autres qu'il ne surpassera de moitié, et cela ira jusqu'à l'infini : de sorte que tout corps, si petit qu'il soit, en aura une infinité au-dessous de lui... Je ne sais pas si quelqu'un peut entendre cette infinité dans un corps fini; mais pour moi j'avoue que cela me passée »

Pascal va plus loin. Enveloppant en quelque sorte dans cette difficulté insoluble la raison tout entière, il en tire des conséquences d'une bien autre portée. « Ceux qui verront clairement ces vérités, ajoute-t-il, pourront admirer la grandeur et la puissance de la nature dans cette double infinité qui nous environne de toutes parts,. et apprendre par cette considération merveilleuse à se connaître eux-mêmes, en se regardant placés entre une infinité et un néant d'étendue, entre une infinité et un néant de nombre, entre une infinité et un néant de mouvement, entre une infinité et un néant de temps. Sur quoi on peut apprendre à s'estimer à son juste prix, et former des réflexions qui valent mieux que tout le reste de la géométrie même 2. »

Cette antinomie devient pour Pascal l'abîme qui confond l'orgueilleuse raison. A force de le sonder, il semble lui-même pris de vertige ; on dirait que tout chancelle autour de lui et que toute certitude l'aban-

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