‹ PascalChapitre 75 sur 181 · Sspr. géom., UI, p · texte numérisé non relu

Sspr. géom., UI, p

donne. «Qu'est-ce qu'un homme dansTinfîni?»... «Tout ce monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature. Nulle idée n'en approche. Nous avons beau enfler nos conceptions au delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses... Je veux lui faire voir là dedans un abime nouveau. Je lui veux peindre non seulement l'univers visible, mais l'inmiensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome... Qu'il se perde dans ces merveilles, aussi étonnantes, dans leur petitesse, que les autres dans leur étendue ; car qui n'admirera que notre corps, qui tantôt n'était pag perceptible dans Tunivers, imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit à présent un colosse, un monde, ou plutôt un tout, à Tégard du néant où l'on ne peut arriver? Qui se considère de la sorte s'effraiera de soi-même, et, se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, entre ces deux abîmes de Finfini et du néant, il tremblera à la vue de ces merveilles... Car enfin, qu'est-ce que rhomme dans la nature? Un néant à Tégai'd de Finfini, un tout à Fégard du néant, un milieu entre rien et tout.

« Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable ; également incapable de voir le néant d'où il est tiré, et Finfini où il est englouti. Que fera-t-il donc, sinon d'apercevoir l'apparence du milieu des choses, dans un désespoir étemel de connaître ni leur principe,

ni leur fin?... Ce que nous avons d'être, nous dérobe la connaissance des premiers principes, qui naissent du néant , et le peu que nous avons d'être nous cache la connaissance de l'infini. Notre intelligence tient dans l'ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l'étendue de la nature. Borné en tout genre, cet état qui tient le milieu entre deux extrêmes se trouve en toutes nos impuissances...

« Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, poussés d'un bout vers l'autre. Quelque terme où nous puissions nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte ; et si nous le suivons, il échappe à nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite éternelle... Ne cherchons donc point d'assurance et de fermeté. Notre raison est toujours déçue par l'inconstance des apparences : rien ne peut fixer le fini entre les deux infinis qui l'enferment et le fuient... Dans la vue de ces infinis, tous les finis sont égaux »... « Ce milieu qui nous est échu en partage étant toujours distant des extrêmes, qu'importe que l'homme ait un peu plus d'intelligence des choses * ? »

Nous nous heurtons à cette double infinité jusque dans Tordre moral. « La nature semble avoir fait la même chose pour ses deux infinis, naturels et moraux. Car nous aurons toujours du dessus et du dessous, de plus habiles et de moins habiles, de plus élevés et de plus misérables 2. » « Quand on veut poursuivre les vertus jusqu'aux extrêmes de part et d'autre, il se

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