‹ PascalChapitre 76 sur 181 · Pensées, I, I. — 2. Ibid., XXV · texte numérisé non relu

Pensées, I, I. — 2. Ibid., XXV

présente des vices qui s'y insinuent insensiblement, dans leurs routes insensibles, du côté du petit infini ; il s'en présente , des vices, en foule du côté du grand infini, de sorte qu'on se perd dans les vices, et on ne voit plus les vertus ^ »

En traçant ce tableau tragique de la frêle créature humaine, errant incertaine sur ce milieu vaste et mobile, Pascal ne peut se défendre du trouble qu'il veut jeter dans l'âme des indifférents et des incrédules. « En regardant tout l'univers muet, et l'homme sans lumière, abandonné & lui-même, et comme égaré dans ce recoin de l'univers, sans savoir qui l'y a mis, ce qu'il y est venu faire, ce qu'il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j'entre en effroi comme un homme qu'on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable, et qui s'éveillerait sans connaître où il est, et sans moyen d'en sortir 2. »

Ces lignes sont empreintes d'une sorte de désespoir qui donne le frisson ; et l'on serait en droit de les considérer comme l'expression définitive de la pensée de Pascal, si nous n'avions à leur opposer l'ensemble puissant des arguments contraires qui ont été cités plus haut. Jamais en effet un si rude assaut n'a été livré à la raison de l'homme. Pascal, qui l'élevait si haut tout à l'heure, ne croit pas maintenant pouvoir trop l'abaisser. « Dira-t-il... qu'il possède la vérité, lui qui, pour peu qu'on le pousse, ne peut en montrer aucun titre 5? » « Humiliez-vous, raison impuissante M »

1. Ibid., XXV, 62. — 2. Ibid., XI, 8. — 3. Ibid., VIII, 1. — 4. Ibid., VllI, 1.

Gomment Pascal a-t-il trouvé le moyen de concilier des idées aussi hétérogènes, des affirmations si diamétralement opposées sur la capacité de la raison humaine? C'est lui-même qui Ta dit : « Il faut... chercher (un sens) qui accorde toutes les contrariétés ^. » « Contradiction est une mauvaise marque de vérité 2. »

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