Lettres de Descartes, t. II, lettre 9i
tient pleins d'eau en bouchant Touverture supérieure , Descartes déclare que « l'eau ne demeure pas dans les vaisseaux par la crainte du vide, mais à cause de la pesanteur de l'air' ».
Quant à Pascal, pas un mot de lui ne laisse supposer, dans ses traités ou sa correspondance, que l'expérience du Puy de Dôme lui ait été suggérée par un autre. Bien plus, il la revendique constamment pour lui avec énergie. On en trouve la meilleure preuve dans une correspondance qu'il échangea en 1651 avec un ami de son père, M. de Ribeyre, premier président de la Cour des aides de Clermont" : Dans un « prologue » des thèses de philosophie soutenues sous la présidence de celui-ci dans le collège des Jésuites de Montferrand, le 25 juin 1651 , un père jésuite avait porté contre Pascal, mais sans le nommer, une accusation formelle de plagiat, en lui reprochant de s'être attribué la fameuse expérience de Torricelli,
Les Jésuites, il faut l'avouer, tracassaient bien maladroitement celui qui devait leur faire bientôt une guerre terrible. Depuis sa querelle avec le P. Noël, Pascal devait être dispose à ne rien leur pardonner. Il écrivit aussitôt à M. de Ribeyre et envoya à Périer copie de sa
1 . L'abbé Emery {Pensées de Descartes sur la religion et la morale] cite une autre lettre de Descaries, datée du 16 décembre 1647, daos laquelle il affirme aroir prié Pascal « d'expérimenter si le vif-argent montait aussi baut lorsqu'on est au-dessus d'une montagne que lorsqu'on est toot au bas », et projette de faire des observations pour voir a si le changement des temps et des lieux n'y fait rien •. Cette lettre, ajoutée aux précédentes, n'infirme en rien notre conclusion.
2. Lettres de Pascal des 12 juillet et 8 août, lettre de M, Ribeyre du 26 juillet 1651. Voir p. 36 et suivante du présent ouvrage.
lettre, pour la faire imprimer àClermont même. Celle-ci est un précieux historique des travaux de Pascal. 11 n'a aucune peine à réfuter la calomnie, n'ayant jamais tenté de s'approprier une expérience qu'il avait, dès 164.7, décrite comme faite en Italie, dans ses « Nouvelles expériences touchant le vide ». Toutefois, remarquons en passant son embarras quand il s'agit d'expliquer pourquoi il n'a point nommé Torricelli dans ce traité : Il est bien invraisemblable que le P. Mersenne ait précisément négligé à Rome, en 1636, désinformer dunom de Tauteur de l'expérience ou qu'il ne l'ait point ensuite communiqué à M. Petit. On s'explique aisément le vrai motif de Pascal en remarquant qu'en 1647 , il devait être encore sous l'impression de la querelle, terminée l'année précédente seulement, entre l'ami de son père Roberval et le physicien italien , querelle dans laquelle il avait sans doute déjà pris le parti de Roberval*; peut-être faut-il admettre aussi une jalousie, hélas bien naturelle chez un homme aussi passionné que Pascal, envers celui qui l'avait précédé dans une voie féconde. Mais, en ce qui concerne l'expérience du Puy de Dôme, la lettre de Pascal est empreinte d'un tel accent de sincérité indignée qu'on se sent naturellement porté à le croire sur parole -. »
Pascal, d'ailleurs, ne nomme nulle part Descartes dont son ami Carcavi lui avait cependant communiqué sans aucun dout« la revendication. Il ne faut pas ou-