‹ PascalChapitre 95 sur 181 · Voir p. 171 da présent ouvrage · texte numérisé non relu

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2. Lettre de Pascal à M, de Ribeyre du 12 Juillet 1651, p. 79. Voir p. 36 du présent ouvrage.

blier que Descartes mourut le 11 février 1650 à Stockholm*. Il est par suite probable que Pascal dédaigna d'attaquer un mort pour se justifier, surtout vis-à-vis de Carcavi dont l'opinion devait être faite. Peut-être la phrase citée de sa lettre à M. de Ribeyre est-elle une allusion aux prétentions de Descartes, sans le nommer par respect pour sa mémoire.

Telles sont les pièces du procès. On voit qu'il n'est pas facile à juger, les parties paraissant d'égale bonne foi.

La question est singulièrement éclairée par deux précieuses lettres : Tune^ de Jacqueline Pascal à sa sœur. M"*" Périer, du 25 septembre 1647, l'autre^ de Descartes à Mersenne, du 6 avril 1648. Elles prouvent qu'en septembre 1647, Pascal et Descartes se virent au moins deux fois, plus souvent peut-être, qu'ils s'entretinrent surtout de la grosse question du vide, et que si Descartes admettait l'influence de la pression atmosphérique, il croyait toujours encore, comme le P. Noél, à une matière subtile répandue dans la chambre barométrique. Or, la lettre de Pascal à Périer, relative à l'expérience du Puy de Dôme, est du 15 novembre 1647; dès septembre, Pascal était certainement hanté par le désir de ruiner définitivement la théorie de ses adversaires par une expérience décisive. Était-il déjà entièrement fixé sur la nature de celle-ci et a-t-il seulement reçu quelques conseils utiles de Descartes dont celui-ci se serait plus tard exagéré Timportance?

1. Voir p. 34 du présent ouvrage. — '2. Voir p. 21 et suivantes du présent ouvrage. — 3. Baillet, Me de Descartes.

Ou bien Pascal a-t-il conçu réellement son expérience d après une idée de Descartes qui aurait été

pour lui un trait de lumière? Il est impossible de répondre.

Il est certain que cjuelque froid se produisit en 1648

dans leurs relations : sans quoi Descartes aurait-il eu besoin de demander à Carcavi des renseignements sur l'expérience duPuy de Dôme? Mais il ne parait pas qu'il y ait jamais eu entre eux animosité réelle, puisque Périer recevait de Stockholm, en 1650, les résultats d'expériences barométriques faites par Descartes.

Quoi qu'il en soit, la question nous parait devoir être réellement résolue à l'avantage de Pascal. En somme, Descartes a pu concevoir quelque dépit de n'avoir pas reçu communication directe des résultats d'une expérience à laquelle il s'était intéressé auparavant. N'en profite-t-il pas dès lors pour se faire la part un peu trop belle? D'ailleurs, il ne parait pas avoir attaché une grande importance à sa réclamation et il ne faudrait pas être plus cartésien que lui. On attribuera toujours à Galilée le véritable mérite de la découverte expérimentale de la pesanteur de l'air et non à Aristote qui s'est contenté de la soupçonner sans preuves. Même dans le cas où Descartes aurait réellement eu la première idée de l'expérience du Puy de Dôme, toute la gloire doit en revenir à Pascal qui l'a étudiée, préparée, réussie (nous ne parlons pas de Périer qui fut seulement un agent d'exécution ayant reçu des instructions précises). Quelque outré qu'on puisse juger le plaidoyer de Bossut pour Pascal, l'auteur nous seml)lc

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avoir tranché définitivement le différend : « S'il s'agissait de peser, entre deux hommes très inégaux, les prétentions réciproques à une même découverte importante, la probabilité, dans le silence des preuves rigoureuses, ferait pencher la balance pour le plus habile d'ailleurs. Mais contre un homme tel que Pascal, qui a réellement fait exécuter l'expérience du Puy de Dôme, Descartes ne doit pas se contenter de dire froidement un an après : J'en ai donné ridée; il doit le prouver, et le simple témoignage qu'il rend lui-même dans sa propre cause, ne peut être d'aucun poids*. »

§ 5. — LE TRAITÉ DE l'ÉQUILIBRE DES LIQUEURS.

Par ses travaux sur le vide , Pascal fut naturellement amené à étudier les lois de l'équilibre des liquides et des gaz. Il se proposa d'abord de publier un ouvrage très étendu sur la statique des fluides. Le temps lui manqua sans doute; et d'ailleurs, comme il « aimoit fort la brièveté*», il se contenta d'écrire, en 1653, deux opuscules : le « Traité de l'équibre des liqueui's » et le « Traité de la pesanteur de la masse de l'air ». Ils ne furent édités qu!en 1663, un an après la mort de l'auteur, par Périer. Celui-ci les fit précéder de deux fragments et y ajouta le « Récit de la grande expérience

1. Discours sur la vie et les ouvrages de Pascal, ajouté au tome second de l'Essai sur l'Histoire générale des MathématiqueStLoms^ Paris, 1802, p. 328.

2. Avis de l'éditeur dhns l'édition de 1063 des Traités de Véquilibre des liqueurs et de la pesanteur de la masse de l'air.

(le l'équilibre des liqueurs » , celui des obser\'atioiis barométriques de Périer, Descartes et Chanut, et une note sur les « Nouvelles expériences faites en Angleterre » par Boyle* à l'aide delà machine pneumatique, note qui explique ces expériences au moyen des principes posés dans les deux traités.

Avant Pascal, le flamand Stévin ^ avait déjà établi, expérimentalement ou théoriquement, la plupart des lois de Fhydrostatique. On lui doit une ingénieuse démonstration théorique du principe d'Archimède, encore utilisée aujourd'hui. Il savait mesurer les pressions des liquides sur le fond des vases et connaissait l'explication du paradoxe hydrostatique bien connu.

C'est par des considérations sur ces pressions que débute le « Traité de l'équilibre des liqueurs » ; mais Pascal, et c'est là que réside son originalité, pose dès le chapitre ii le fameux principe désigné sous son nom et en déduit toute sa théorie. Aussi, pour les successeurs de Pascal, ce principe a-t-il pendant longtemps servi de base à toute l'hydrostatique. Pascal l'énonce ainsi : « Si un vaisseau plein d'eau, clos de toutes parts, a deux ouvertures, l'une centuple de Tautre : en mettant à chacune un piston qui lui soit juste, un homme poussant le petit piston égalera la force de cent hommes, qui pousseront celui qui est cent fois plus large, et en surmontera quatre-vingt-dix-neuf. Et quelque proportion qu'aient ces ouvertures, si les forces qu'on mettra sur les pistons sont comme les ouvertures, elles seront en

équilibre ^ » Il le prouve d'abord par la transmission des pressions, puis par une démonstration mécanique qui s'applique seulement au cas où les deux pistons se déplacent parallèlement. Du reste, tel que Pascal rénonce, le principe n'est parfaitement exact que si le fluide est supposé sans poids ou si les faces des pistons sont dans le même plan horizontal.

Pascal a conçu la presse hydraulique comme application directe de son principe. Il en a parfaitement entre>'ii Fusage et la puissance : « Un vaisseau plein d'eau est un nouveau principe de mécanique, et une machine nouvelle pour multiplier les forces à tel degré qu'on voudra, puisqu'un homme, par ce moyen, pourra enlever tel fardeau qu'on lui proposera. Et Ion doit admirer qu'il se rencontre en cette machine nouvelle cet ordre constant qui se trouve en toutes les anciennes ; savoir, le levier, le tour, la vis sans fin, etc., qui est, que le chemin est augmenté en même proportion que la force 2. » Pascal ne dit nulle part et on ignore s'il a cherché à réaliser pratiquement sa machine. Elle est restée à l'état de conception théorique, par suite des fuites entre les corps de pompe et les pistons, jusqu'à ce que le mécanicien anglais Bramah ^ ait imaginé l'artifice du cuir embouti.

En partant du principe fondamental, et s'appuyant sans cesse sur des expériences toujours ingénieuses, mais dont quelques-unes sont peu connues aujourd'hui, Pascal expose, dans la suite de son traité, l'équilibre

1. Traité de V équilibre des liqueurs, p. 85. — 2. Ibid., j». 85. — 3. 17i9-181i.

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des liquides dans des vases communiquants, celui des solides invariables ou compressibles plongés dans un liquide, etc. Un des plus curieux chapitres est le dernier : « Des animaux qui sont dans l'eau », destiné à expliquer pourquoi ceux-ci ne sentent pas le poids du liquide.

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