‹ Pascal et les pascalins: d'après des documents contemporainsChapitre 13 sur 83 · M. DENIS · texte numérisé non relu

M. DENIS

Disciple de M. Hersan, il enseigne à Monsieur le Dauphin l'histoire des expériences. M^^^^ de Sablé l'a fait préférer à M. Rohaut. Monsieur le Dauphin est rauy quand il le voit.

M. Denis explique toutes les maladies par la circulation du sang^. Dans la fleure on a le frisson, on tremble, on a soif, on rêve, on a chaud, on sue quelques fois. Or, supposé que dans

^ Floquet, dans Bossuel précepteur (p. 112 et suivantes), signale les travaux de Rohault, de Roemer, de Blondcl, de du Veruey, Il a ignoré le détail indiqué ici, et il ne paraît pas avoir counu les conférences de Denis.

"^ Le (i mépris janséniste de la science s (Michaut, Pensées, p. X) et le dédain de la spéculation astronomique transparaissent claireniient dans cette pensée de Nicole.

^ Il s'agit certainement du médecin J.-B. Denys, dont Moreri donne la notice et signale les conférences tenues à Paris en i6j2 (il fournit la date de chacune), sous le patronage du Dauphin, Est-ce le Denys cité dans Pori-Royaî (IV, 597) comme ayant recueilli 1^ dits de Nicole ?

* Au folio 143, v^, on lit, sous le titre : Circulation du sang : « Elle a esté descouverte par frar (sic) Paolo Soave, Vénitien, religieux de r Ordre des Servites, publiée par Guillaume Herveus, Anglois, médecin de feu Charles i^^, Roy de la Grande-Bretaf^ne, et illustrée par M. Des Cartes.

Elle est prouvée par la construction du cœur, par celle de ses valvules et leur diverse disposition, par la ligature des artères qui les fait grossir du costé du cœur, j

la veine cave, ïi y ayt une partie de sang difficile à eschauffer, -quand elle passe dans les ventricules droits du cœur, tout -cela arrive, car ce sang ne pouvant pas couler aux extrémités, il faut nécessairement qu'on ayt froid, puis, ce sang montant au cerveau, agite les nerfs, ce qui fait trembler, et comme le bois verd, quand il vient à brusl^r, brusle mieux que l'autre, il en est de mesme de ce tt' humeur, d'où vient la chaleur, la soif et la sueur. La paraîisie vient quand le sang ne peut passer ; quand il renionte au cerveau, voyla Tapoplexie (fol. 103). ^

Les jugements sur les auteurs, que nous relevons un peu pêle-mêle, ont beau ne se référer à Pascal qu'à travers ses amis, qui jugent ou sont jugés, ils n*en émanent pas moins <i*up cénacle où les Pascalias paraissent avoir eu souvent voix prépondérante, et par là sont loin d'être étrangers à notre sujet. Voici les principaux selon Tordre, sinon le hasard du manuscrit où, sans doute, les diverses appréciations ont ^té consignées du fur et à mesure, un peu comme dans le Menagiana \

JUGEMENT DES AUTEURS DU XVXl^^ SIECLE QUI ONT ESCRIT EN FRANÇOIS

M. Amiot a traduit Plutarque sur le grec très bien, quoyque <!' autres veillent (pour veuillent) qu'il l'ayt faite sur une traduction italienne. M Vaugelas tient que c'est uu trésor de la langue irançoise, son stile commence à beaucoup vieillir. C/estoit le livre de Montagne ; il vaut une bibhotecque.

M. Coeffeteau, Evesque de Marseille, a escrit beaucoup de -choses ; son grand ©uurage est Tliistoire romaine. Il escrit si bien que messieurs de T académie se forment sur luy pour faire leur

1 Voir, à propos de certaine chronologie à découvrir soit dans les 4xmversations de Ménage, soit dans celles que résuma notre anonyme, <^ que j*ai noté dans mou Hisioire critique de la PfêdicaHon de Bourdaîoue, t. III, p. 455 et 469.

dictionnaire. M. de Marolles, abbc de Vitlebois (lire Villdoin) dit qu'il estoit paresseux et qu'U a fait des fautes dans ce qu^il a traduit de THistoire d'Auguste. On la peut lire plus seurement dans les originaux ou dans la traduction qu'en a fait M. de Marolle, M. le cardinal d'Ossat avoit toujours l'Institution de Calvin ^ pour Tantiquité et pour re,stat ; mais ce n'est pas là où on les doit apprendre : il ne touche les choses que superficiellement. Les choses sont plus éclairées de nostre temps.

M- de Malherbe a esté fort célèbre de son temps pour ses vers, mais moins pour sa prose : on trouve quelques-uns de ses vers un peu contraints.

Michel de Montagne est éloquent. Un Espagnol dit de luy ; Si vous avés lu Montagne, vous avés lu Plutarque et Seneque, mais si vous avés lu Seneque et Plutarque, vous n'avés pas lu Montagne. Les beaux esprits l'admirent aujourd'huy : ses expressions sont fortes, mais elles sont gauloises : son langage n'est pas pur ; son stile est coupé et précis : il représente les choses vivement dans toute leur évidence : c' es toit le livre de M. Pas chai. Il le blasme cependant beaucoup : aussi a-t-il des endroits dangereux

^ J'ai cité dans V Histoire critique d& la Prédication de Bourdahue (t. III, p. 458) le passage qui nous apprend Testime qi3e Torateiir avait pour ce style. Je le complète ici par le contexte :

H CAI-VIIÏ

H a originairement écrit en françois ; il y a 7 volumes en françois et 3 en latin ; on le rim prime en Hollande.

C'estoit la meilleure plume de son temps : son Commentaire sur Job est ce qu'on a de luy de meilleur. Ce sont des homélies qu'on a recueillies de luy, on les vend à part.

Il a ensuitte traduit son Institution en latin, dont la première édition a pour deuise : Non veni mittere pacem, sed beUwm : Caractère d'une bonne mission : quelques autres traittés ont esté traduits par d'autres en latin.

Ce qu*on écriuoit contre luy ne s«ruoit qu'à luy donner du lustre^ tant ses aduersaires escriuoient mal, son éloquence a respandu son hérésie.

Le P, Bourdaloue estime sa préface ou sa Lettre de son institution au Koy d'Angleterre, la pièce la plus acheuée que nous ayons ea éloquence* w

et peu justes et ce n*est pas un auteur à mettre entre les mains de tout le monde.

Charron est assez beau, mais trop libre : les habiles le mettent après Montagne. Ces auteurs commencent fort à vieillir.

M. de Voiture est de nos jours T auteur qui a passe pour le plus poly. Il a escrit des lettres et des vers, et a mieux réussi dans les lettres. Ses lettres amoureuses, dit-on ^, ont beaucoup d'esprit et peu de passion, -et c'est pour cela que le chevalier de Méré les condamne. Il n'y a pas grande perte ; il y a de fort belles lettres, mais il y en a qui sont remplies de bagatelles.

Balsac a fait beaucoup de bruit dans son temps, mais à présent il n'en fait plus tant ; on est revenu de ce grand stile figuré qu'il affecte : le stile coupé plaist infiniment plus 2. Ses ouvrages sont en deux tomes in-folio : on lui est obligé d'avoir perfectionné la langue, formé le stile et les périodes ^.

M. Arnaud d'Andilly a beaucoup escrit et peut estre trop ; il n'est pas tousjours exact dans ses traductions^ et dans sa Vie des ^ Pères ; on luy attribue la traduction de Jean Climacus, mais elle est de M. le Maistre ; celle des Confessions de saint Augustin n'est pas exempte de fautes *.

1 Ce dit-on indiquerait que T auteur des jugements, Bridieu peutêtre, veut faire entendre qu'il n*a pas lu ces lettres profanes.

2 Sur Balzac on trouvera plus loin (p. 57) un jugement également rigoureux, sous la signature de Bourgeois. Je rai.cité dans la Revue Bossuet, 1. c, p. 1 12. On y lit : « On se moque à présent de Balsac. On dît d'un homme : il parle Balsac. »

^ C'est presque le mot connu : Balzac a fait faire sa rhétorique à la langue française. Voir mon Balzac inédit, dans les Etudes du 5 janvier 1907.

^ Il est bon d'ajouter, comme complément de ces notes sur les auteurs, des restrictions assez mordantes, de Dirois sans doute, signataire de quelques articles qui suivent ceux-ci, anonymes, et qui, outre d'Andilly et Le Maistre ici nommés, touchent et Boikau et Louis XIV.

SATYRES DE BOISLEAU

Dom Messier, Chartreux, n'estime pas la satyre de l'homme de M. Boisleau ; il dit que tout porte à faux. Il y a un jeune homme de Montauban qui le réfute.

M, Antoïne Arnaud, docteur de Sorbonne, est l'esprit le plus fort et le plus edairé du siècle : il est grand théologien, grand philosophe, grand mathématicien ^ comme ses ouvrages sur toutes les sciences le monstre nt. On ne peut. pas escrire avec plus de force, quoyqu'il n'ait pas toute la délicatesse ; aussi ne ]a cherche-t*il pas. Il ne parle pas la moitié si bien qu'il esc rit.

Isaac le Maistre, ou M. de Sacy, prestre, frère de M. le Maîstre aduocat, escrit fort pohment. Il a fait \a. Vie de dont Barihdhmy des Martyrs, qui est un chef-d'œuvre. Il a traduit V Imitation, et traduit T escrit ure. Son stile n'est pas encore sans deffaut : il a quelques expressions qui ne sont pas naturelles.

M. le Maistre, aduocat, qui a renoncé à cette profession où il excelloit. pour vivre en retrait te, i! {sic) a compose plusieurs beaux ouvTages de piété : la Vie de saint Bernard, la traduction de saint Jean Cîimacus ; il es toit éloquent, mais il n'es toit pas théologien, il falloit revoir ses ouvrages.

M. Hermand, chanoine de Beauuais, est un homme de grande vertu et d'une profonde érudition ; il a escrit en françois la vie de saint Chrisostome, de saint Athanase, de saint Grégoire de Nazianze, saint Basile. Son stile me semble trop es tendu et trop enflé ; il n'a pas toute l'exactitude -.

Perrot d'Ablancourt est un autre très célèbre pour ses traduc-

Page 1