POESIE
M. de la Fontaine croit que nostre poésie est plus parfaitte qu'aucune des autres comme la grecque, la latine, l'espagnolle, L'italienne, parce que nous avons plus de sortes de vers qui sont et ont été inconnus aux autres nations.
Xostre poésie est enjouée : les anciens estoient assez sérieux (fol. 51).
Il m'a été impossible d'établir la biographie de Méchatin (ainsi est écrit le plus souvent ce nom) cité fréquemment dans le recueil, celui sans doute d'un interlocuteur assidu -. La question de la primatie pontificale, qui semble avoir été souvent agitée dans le cénacle dont notre manuscrit procède, pouvait intéresser les amis de Pascal et les passionner même, comme l'insinue le ton de certains passages 3. Les autres sujets qui suivent sont d'ordre plus profane, mais il sera piquant, à propos de ce poème d'Esther déjà signalé plus haut i, de rencontrer dans la bouche d'un Jésuite, contre l'emploi des sujets bibliques en poésie, les mêmes objections que fera valoir Boileau pour proscrire en une matière sacrée, « les ornements égayés » dont elle ne lui semble pas « susceptible ».
1 La part donnée dans leurs œuvres à la dialectique a paru excessive à quelques-uns des meilleurs amis d'Arnauld et de Nicole, dont j'ai cité les jugements dans Le Ton de la Prédication avant Bourdaloue, p. 368. La critique n'était à leurs yeux qu'un éloge, car ils devaient regarder comme impossible l'excès en ce genre. Du reste, d'Aguesseau appelle quelque part Arnauld « le plus grand dialecticien de son siècle ».
- Voir plus bas, p. 41 et 60, n. 2.
: Voir plus haut, p. 33. note 1.
J On se souvient du jugement porté sur le poème d'Esther que l'on déclarait dur. Cf. p. 31 et 68.
Le nom de Rapin, du reste, et la mention de son premiei livre écrit en français, bien qu'il ne fût certainement point le fameux travail des Mémoires sur le jansénisme, donne à ces déclarations littéraires du P. Verjus ' leur à-propros et en justifie la citation.
I.e premier ouvrage en français du P. Rapin (car les quinze premiers numéros de sa bibliographie sont des titres latins) est son Discours académique sur la comparaison entre Virgile et Homère, récité le iç août i66y, dans l'assemblée qui se fait chez M. Le premier Président. (A Paris, chez Thomas Jolly, M.D.C. LXVIII. 40 de 50 p.) Paru soi-disant à l'insu de l'auteur, il fut imprimé à nouveau l'année suivante sous le titre : Observations sur les Poèmes d'Homère et de Virgile. (Voir Sorrimervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, t. VI, col. 1448.) Serait-ce à la troisième édition de 1674 qu< se rapporterait cette conversation ? D'autres dates analogues invitent à admettre cette conjecture. Il peut être aussi question du Discours sur la comparaison de l'éloquence de Démosthène et de Cicéron (1670 et 2e édition 1676) ou encore La Comparaison de Platon et d'Aristote (1671). Ces différents écrits, nés des Lundis de Lamoignon, se rapportenl peu à Pascal, mais ils intéressent notre recueil de conversation^ car il est probable que le collectionneur tenait assemblée hebdomadaire, comme Ménage le mercredi. Si le Menagiana est le procès-verbal de ces réunions, notre manuscrit sérail celui d'un autre cercle oublié et obscur, mais fréquenté en son temps.
SAUMAIZE, DE M \k< A '
Messieurs de Port Royal disent qu'il l.mi respondre à Saumaize,
1 Le P. Antoine Verjus, frère de l'< vêque de Grasse, Jean Verjus flont il publia les Panégyriques des Saints, el écrivil la vie, étail n< le 23 janvier 1632, il mourut le [6 mai 17"'' \ roir Sommervogel op. cit., t. VIII, col. 598.
1 Claude de Saumalse, n< à Semui l< 15 avril 1588, mort à Spa, .ni publié -i l .< \ '!• , en t6 1 5 pai mi ses nom
et qu'ils le ruineront pourveu qu'on leur permette de dire la vérité. M. de Marca a beaucoup tiré de Saumaise, de Primai]'.
(MÉCHATAIN.) LECTURE
Il v a des esprits supérieurs qui ne sçauroient lire, comme il y a de certains livres que nous négligeons, il y en a aussy que nous admirons, qui sont au dessous de la portée de certains grands génies.