MAXIMES DE LA ROCHEFOUCAULT
M. Dubois dit qu'elles sont une préparation à l'évangile, comme autrefois la loy.
M. de Bridieu prétend que l'homme n'est pas toujours comme M. de La Roche foucault le diroit.
Dans la première édition des Maximes, M. de la Chapelle, qui demeure chés M. le premier président ', avoit fait la préface, qui est pleine de fautes '-'.
M. Esprit •"• avoit fait un discours de l'amour-propre qui est un galimathias ; néanmoins cela fut estimé alors '.
MM. Bridieu et de la Chaise n'estiment pas que ces Maximes soient si grandes choses. Ils disent qu'il y a des choses fausses,
1 Le premier président était, depuis l'année 1658, Guillaume de Lamoignon, mort le 10 décembre 1677.
- Henri de Bessi ou de Bessé, sieur de la Chapelle-Milon, inspecteur des Beaux-Arts, sous Edouard Colbert, marquis de Villacerf » est donc bien l'auteur de cette préface indûment attribuée à Segrais. L'argumentation de M. D. L. Gilbert dans l'édition des Maximes de la collection des grands écrivains (t. I, p. 354) se trouve ainsi fortifiée d'une preuve sans réplique, et le doute que leur laissait le passage du P. Bouhours cité par lui, ne tient pas contre ce témoignage formel. Le Discours sur les Maximes, de La Chapelle a été publié dans le premier volume des œuvres (Collection des grands écrivains, p. 355 à 370) précédé d'une notice qui le restitue à son véritable auteur et combat l'attribution à Segrais.
:; Sur Jacques Esprit, de l'Académie française, né à Béziers, en 161 1, mort en 1678, voir Œuvres de La RochefoucauU , t. III, Ire Partie, p. 125, N° 1 ; Cf. Batterel, Mémoires domestiques de l'Oratoire, t. II, p. 267-79. Ses Maximes sur la fausseté des vertus humaines, en deux volumes (1677-1678). En réalité, La Rochefoucault le consulta et lui soumit un certain nombre de ses Maximes. Voir les lettres de 1660. (Ibid., p. 130 et 135 et celle de 1662, p. 151.)
1 Un jugement sur le livre de Jacques Esprit, cité par le P. Batterel, reproche à l'ouvrage l'abus des préfaces : « Chaque vertu à la sienne », et surtout l'exagération de sa thèse : « Ce qui induit à blâmer et censurer toujours son prochain et eût demandé quelques correctifs. Ainsi, ce livre nous porte moins à sonder notre propre cœur et à rentrer en nous-mêmes qu'il ne nous porte à juger de notre prochain et à en juger toujours mal... » (L. c. p. 277, N° 1.)
que les «matières qui traitent d'une même chose, par exemple ce qu'il dit de la générosité, qu'il dit bien des choses que tout le monde sçait, que cela n'est pas assés enjoué et que le stile est un peu forcé.
Mme la marquise de Sablé a eu quelque part aux Maximes de M. de La Kochefoucault. Cette marquise est l'oracle que toute la cour consulte. Elle flatte fort l' amour-propre quand elle parle aux gens l.
La pluspart de ces Maximes ont esté prises d'un livre anglois mal traduit en françois, intitulé La Sonde de la conscience, fait par un ministre anglois. ("'est un des bons livres quêtes huguenots ayent fait, au sentiment de M. de Bridieu et de M. 'le la (baise. Il n'est pas si rare. Il couste une livre. Oui auroit lu saint Augustin, saint Grégoire et saint Bernard fei-oit un beau livre de la corruption du cœur de l'homme (fol. ri6).
Cette dernière remarque, bien que non signée, sent son origine janséniste. Quant au détail sur le livre, alors si commun au dire de Bridieu, qui aurait inspiré les Maximes, il avait frappé déjà M. Monmerqué, qui ajouta en marge, en face du paragraphe : « L'auteur paraît avoir été bien instruit sur ce qui concerne les Maximes de La Rochefoucault. Il parle encore ici de la Sonde de la Conscience. »
En effet, en une. autre des conversations, il est de nouveau question de cet ouvrage anglais dans lequel notre moraliste aurait si ouvertement puisé. J'avoue n'avoir rencontré aucun auteur, de ceux qui se sont occupés des Maximes, où ait été signalé ce détail, et soit que le titre fourni par Bridieu resti trop vague ou inexact, soit que l'œuvre ait disparu, j'en ai vainement cherché la trace. Ce titre ne figure point dans la liste des livres anonymes de Barbier. Mais ne seraitce pas parce <pie le livre n'était pas anonyme : Malheureusement, !'• nom de l'auteur anglais ne nous ayanl pas
1 Dans uni lettre à un inconnu, écrite en [662, La Rochefoucault \l,! 1.1 marquisi de Sablé, .M. de Liancourt et M. Esp
\ 11 1 1 que j'.ii écril pour moi seul, etc. < ' ■
indiqué. L'élément principal nous fait défaut et le problème demeure. Il serait important cependant de se rendre compte des emprunts que l'auteur français a pu faire à son devancier d'Outre-Manche, mais le moyen avec des références aussi peu précises !
Force nous est donc, en attendant qu'un heureux hasard nous livre la solution de cette énigme, de nous en tenir à l'affirmation, si formelle du reste, qu'on rencontrait tout d'abord en ces termes :
M. de La Rochefoucault a presque tout tiré ses maximes du livre de la Sonde de la Conscience. Il ny en adiouste que le beau françois (fol. 99).
L'accusation est nette, mais le contrôle en demeure impossible, tant que ne sera pas rencontré le volume en question l.
Si ce problème, d'ailleurs posé mais non résolu, se rapporte très indirectement à Pascal, il est deux autres séries de questions, pour garder à peu près l'ordre de notre recueil, qu'il faut vider au passage avant de reprendre la suite des citations où lui-même est mis en cause. La première est une suite "de jugements sur les auteurs du temps où figurent les amis de Pascal, soit comme critiques, soit comme critiqués ; la seconde regarde les savants de l'époque, membres des nombreuses Académies de sciences dont l'histoire reste à écrire ou à compléter, et qui se trouvèrent, concurrents, rivaux ou collaborateurs, mêlés aux découvertes scientifiques de Pascal, dont M. Strowski vient de résumer l'ensemble dans son dernier et fort intéressant volume a et que M. Michaut avait déjà traité :i.
1 Monmerqué avait ajouté cette note : « La Rochefoucault auroit tiré ses Maximes d'un livre de la Sonde de la Conscience. Où est ce livre ? On voit plus bas que ce livre est d'un ministre anglois (fol. 1 16 verso) de la main de Rochebilière. »
'-' Histoire des idées religieuses du X VU™ siècle. Pascal et sou temps, par F. Strowski. Paris, Pion, 1907, in-12.
:; L'introduction des Pensées de Pascal disposées suivant l'ordre
Commençons par les jugements sur les savants qui occupent les premiers feuillets du manuscrit. Ils sont attribuablés à Raymond Finot '. Ce médecin de Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé, à qui sa place fit des envieux et qui, pour cela, fut le point de mire d'un bon nombre de pièces satiriques, n'a rien écrit ; il est connu surtout pour s'être fait le protecteur de Hecquet. Ses jugements portent sur les premiers membres de l'Académie Royale, telle qu'elle fut constituée en 1666. On sait qu'avant cette date son histoire est peu connue, et on cite seulement les noms de ceux qui se réunissaient pour traiter entre eux de questions de sciences . Roberval, le P. Mersenne -, Blondel, Descartes, Etienne Pascal, Biaise Pascal, Thévenot, Gassendi et Montfort. Parmi ces noms, ceux qui figurèrent sur la liste officielle des académiciens régulièrement protégés par Colbert, quelques-uns du moins, de ces vingt et un premiers membres dont la nomination date de 1666 3, sont cités et parfois sévèrement appréciés par Pinot. Laissons-lui la parole :
du cahier autographe, de M. G. Michaut. Fribourg, 1896, in-40, LXXXVII-469 p., contribue aussi beaucoup à éclairer les notes éparses que nous rassemblons. Nous y renverrons plusieurs fois, sous le titre abrégé : Michaut, Pensées, etc.
1 Finot, né à Béziers en 1637, reçu docteur à Montpellier, puis à Paris, y exerça, malgré une santé chétive ; il y vécut jusqu'à l'âge de 72 ans et mourut le 28 septembre 1709.
Mercenne, le factotum de Descartes cl son représentanl à Paris, qui tenait les savants au courant des idées de son maître. < tait en relations avec Etienne Pascal. » (Michaut, Pensées, p. XIV).
8 Les premiers académiciens lurent : Adrien Auzout, astronome, un. en [690); Claude Bourdelin, chimiste (1699) ; Jacques Buot, 167s) I Pierre de Carcavi, géomètre, (1684) : Claude Antoine Couplet, mécanicien (1722) ; Cureau de la Chambre, physicien (167 1) ; Delavoyi Mignot, géomètri [ean Baptiste du llamel, anatomiste (1706); Nicolas Frénicle uN mètre (1691) ; Louis Gayant, anatomiste (16; Vlarchant, bota-
(1678); Mariotte, physicien (1684); Niquet, géomètre inconnue); Jean Pecquel anatomiste (1674); Claude PerrauH mu (1688); Prêtr< fean Picari [sic) istronome (1682) ; Pivert