CHAPITRE IV
LB DOUBLE XOUVBXBIIT BBLIOIEUX
I. 8«iat Yinemtdt Paul. -ill. Ut Jétaitos. -"^11. UcMuiitiqae •t 1m doeUioaa noaTellêt «ir k grâe«« « IVi Frmtrtf Poloai. « Y. Pori-RoyaL ~ VI. Le JantèAUnt. « VII. Uû
Pendant que le courant stoïcien se forme et |
qs^élend, et que rincrëdulite tourne à un grossier j
et fragile libertinage» le monde catholique vit. |
Renonçant à la controverse et aux sciences qui i
s'y rattachent» cessant de lutter contre des doc- i
trines et des opinions, il se développe dans le {
sens même oh s'orientent les temps nouveaux. i
Et c'est d^abord dans le sens de l'action, particu* \ (lièrement de l'action charitable.
Les couvents qui se reforment, les congréga^
tions nouvelles qui se fondent, n'ont plus Tesprit / du siècle passé; ils ne s'isolent pas du monde; ils ne sont pas des jardins où s'élabore dans l'ascé* tisme et li^ contemplation l'œuvre de la perfeo» tion individuelle. Ce sont, comme certains grands ordres du moyen âge, des milices. On y forme des ouvriers. Tel est le but primitif de la congrégation de l'Oratoire, de M. de Bérulle; de la con« grégation de SainUSulpice, de M. Ollier; de la congrégation de Saint-Lazare, de saint Vincent de Paul. Or, l'œuvre à laquelle ces ouvriers vont travailler, c'est souvent d'évangéliser et d'instruire les petites gens de France; de donner de bons prêtres aux paysans, aux ouvriers, aux paroisses des campagnes. C'est surtout de donner du pain aux misérables.
Au moyen Age, la solidarité de la dté, de la I commune ou du fief soulageait les misères. La formation de l'unité nationale brisa les organismes, détruisit ce secours mutuel. Les guerres, le désordre intérieur, la mauvaise administration entraînèrent dans la première moitié du dixseptième siècle des infortunes générales et d'au* tant plus affreuses que nul ne se connaissait, ne
PASCAL ET soif TEMPS tSi
(se soutenait, et qu'il n'y avait plus de solidarité qu'aux yeux du fisc.
C'est alors que, grâce surtout à saint Vincent de Paul, la charité chrétienne» existant non comme une institution ou une fonction sociale»
' mais comme un ensemble d'efforts individuels et cordiaux (1), s'épanouit merveilleusement La face de la France en fut transformée.
Le catholicisme» sans négliger son œuvre d'évangélisation, consacra presque toutes ses forces à cette œuvre de charité. C'est sa particularité et son honneur.
Pourtant, il n'oubliait pas ce qui se passait autour de lui^ dans les académies, dans les salons, dans les universités. Les progrès de la
(1) FsailT, 1« MUêfê au têmp$ iê la Ftûniê H êêini Fin- €hU et Pûul^ p. 449. Cf. les arttcUi de J. Cilvet tur sdol Ylth cent de Panl, hevuê ioiMiqmê ie$ épUim, Julo et no- Tembre 1M4.
fis PASCAL ET SON TEMPS
science ne le laissaient pas indifférent; non plus que Téclosion de cette littérature magnifique qui va de Malherbe à Jean Racine; non plus que le goût extraordinaire de la mondanité. L'organe Il qui unit Tésprit religieux à Tesprit mondain, ce fut la Compagnie de Jésus.
^ La Compagnie de Jésus n'était pas aimée par-
tout en France : au lendemain de la Ligue, on lui en voulait de ses origines et de sa politique
I espagnole; Tesprit gallican ne lui pardonnait pas
json dévouement au pape, et puis elle avait eu
des intempérances de zh\e et des saillies, pour ne
pas dire pis» vraiment excessives. Quelques-uns
I de ses membres ont enseigné, en un temps où
Ton avait le respect le plus absolu pour le pouvoir létabli, le droit à Finsurrection; ils ont été jus-
; qu'au :
Tu peux tuer cet homme arec impimitè.
Enfin, à tort ou à raison, la Compagnie était accusée de vastes ambitions.
Malgré cela, les jésuites étaient en train dé devenir les directeurs de la conscience publique et les éducateurs des enfants de la haute boui^»
geoisie et de la noblesse. Là, ils apparaissent comme des gens d'un esprit ouverti de mœurs
^ très douces et d'une politesse pleine de charme.
( Ils aimaient la science, ils ne s'effrayaient point des. nouveautés. Plus hardis que méthodiques, plus ingénieux que profonds, plus littérateurs que philosophes, et tous d'une vertu et d'une piété reconnues, ils se chargèrent, par la force même des choses, de cette conciliation entre la
"sciencei la littérature, le monde d'une part, et le
;' catholicisme de Tautre.
A ce point de vue, leurs collèges rendirent les plus grands services.
La plupart des universités en France — sauf celle de Paris — pourrissaient dans d'invraisem*
I blables abus, dont les moindres étaient la paresse et l'ignorance. Les collèges des jésuites s'implan* tèrent à côté d'elles, souvent malgré elles. Ce n'était plus une pédagogie crasseuse et un entêtement farouche aux vieilles opinions. Les jésuites enseignaient le grec, ils enseignèrent /
{même l'hébreu; s'ils s'en tenaient dans leurs
cours à l'aristotélisme, ils le corrigeaient par les
^"Mnes les plus récentes; ik ne laissaient pas
ignorer à leurs élèves les découvertes et les idées du jour. Us les initiaient à la vie du monde; ils ornaient à la fois les manières et Tesprit. Enfin et surtout ils associaient Thumanisme et "la sagesse antique à la piété chrétienne. Voici trois hommes bien différents, Descartes, le "^ grand Condé et Bossuet : ils sont élèves des jésuites (1).
Tout cet effort, toutes ces tendances devaient
aboutir à une doctrine; et, en effet, nous voyons
alors s'élaborer, non de dessein prémédité, mais
par U force même des choses, une morale et une
H théologie presque nouvelles : la casuistique et
^ les systèmes molinistes.
La casuistique est de tous les siècles; mais ce
(i) Cf. Gnaor, Tr^ ééuoHmu priiMm, In4*. Lille» iSM,
qui est un signe du temps, c'est le succès qu'elle eut alors en France. Aux bputiques des libraires, vers 1640, on ne voyait que traités de théologie | morale (1). Nous connaissons mal aujourd'hui cette littérature si spéciale et si subtile; beau* coup de ces livres sont devenus introuvables. Mais je crois qu'on y cherchait surtout à concilier les exigences de la vie moderne avec les ^ prescriptions archaïques de la morale chrétienne; le code d'une civilisation ancienne s'y brisait, le code d'une civilisation nouvelle s'y préparait. Par exemple, l'Ëglise catholique avait jusqu'alors condanmé non seulement l'usure, mais le prêt à| intérêts; et voici que le crédit est né; les banques vont bientôt s'ouvrir; toute une organisation, imprévue, de la richesse, se produit. Que feront les catholiques? Seront-ils condamnés à rester hors de la richesse qui se crée? Eh bien, sur ce point, les casuistes, en cherchant le biais par où l'interdiction du prêt à intérêt sera sinon tournée, ^ du moins énervée, font la conciliation entre la loi religieuse d'hier et la nécessité économique
(1) Arhaold, CB%mê$ €ompUiê$t t XXIV, p. ▼•
SSi PASCAL ET SON TEMPS
d'aujourd'hui. Us ont merveillousement, quoique I obscurément, le sens de révolution.
Pour mieux ménager cette transition entre le passé et Tavenir, et pour faciliter ce raccord d'un code à l'autre, les casuistcs ont introduit la
ft théorie de la probabilité, laquelle assouplit pour ainsi dire les prescriptions morales, et leur enlève tout leur caractère catégorique et rigoureux; en morale, d'après ces casuistes, aucune formule u'est absolue, aucune affirmation (de
Vb pratique bien entendu) u'est certaine; il n'y a que des probabilités; ces probabilités légitiment nos actes et elles peuvent s'étendre fort loin. Ainsi la casuistique permettait au chrétien de
I n'être plus l'homme d'une civilisation disparue; elle l'empêchait de rester un être d'exception
II et un isolé, elle interprétait la lettre pour ne cony server que l'esprit.
Parfois même elle altérait l'esprit pour faciliter l'obéissance. Elle rappelait que la crainte de l'enfer, c'est-à-dire l'intérêt personnel et l'amour de soi transportés à la vie future, suffisait à la rigueur pour être sauvé : c'est ce qu'on appelle 1 l'attrition. L'amour unique de Dieu, par lequel le
cœur 86 transfonne, n'est pas absolument nécessaire; et la conversion n'est plus la convergence de toutes les puissances de l'Ame vers Dieu.
Cet opportunisme en morale, qui évitait de . [
mettre hors de l'Église tous les chrétiens qui veulent vivre, tous ceux qui n'ont pas une âme :
I de solitaire ou de martyr, préparait le retour des |
libertins à la religion. Mais il ne concernait nulles ment les stoïciens. Ceux-là n'ont aucun besoin de casuistique; entre eux et les chrétiens, le désaccord porte sur d'autres points : nous avons dit lesquels. On va donc reprendre ces points.
Le jésuite Molina avait imaginé, à la fin du seizième siècle, une doctrine très subtile sur les rap-
f« ports de la liberté humaine et de la gr&ce. Ce système s'opposait à celui de saint Thomas : il fit du bruit dans l'école. Les dominicains soutenant sain t T homas; les jésuites. Moïina > Rome ne donna raison ni aux uns ni aux autres, et imposa silence aux disputeurs. Le molinisme dormit donc à côté du thomisme. Les circonstances le réveillèrent et l'arrachèrent à l'école.
Un professeur de théologie de la Sorbonne,
M. Le Moine, le reçut et Tadapta aux nécessités du momeut. M. Le Moine enseignait que certes ^ tous les actes naturels étaient des péchés, mais jf que Dieu avait donné à tous les hommes umverselle^ ment un secours divin, une grâces appelée dans l'école grâce suffisante^ appelée par lui grâce de prière. Ce secours n'est pas sufûsant pour que l'homme devienne juste; il y faut un second secours plus grand, la grâce efficace; mais il est suffisant pour donner à l'homme la force d'ac* complir certains actes de vertu, et pour le rendre J capable de prier. Si l'homme prie, Dieu écoute I cette prière, la prdctf efficace surabonde, l'homme sera sauvé; si l'homme ne prie point et laisse périr le premier don de Dieu, sauf certains cas de miséricorde inouïe, Dieu se retire et Thomme est perdu.
Le succès de cette doctrine ne vint pas de sa force interne, ou de sa conformité avec l'Écriture sainte, les Pères et les théologiens scolastiques; il vint de la précision avec laquelle on y répondait aux problèmes actuels. Sans cesse M. Le Moine, ses disciples et ses contradicteurs rappellent ces problèmes, y ramènent leur discussion.
Car la doctrine de M. Le Moine permet de croire que les vertus des païens n'ont pas été des
t péchés, puisque ces païens ont eu la grâce suffi* •! santé, et que Socrate et Épictète n'ont pas été
traités par Dieu comme Néron ou comme Judas. ^
Elle permet d'avoir une certaine assurance en soi, i
une certaine confiance et fermeté, puisque la î
f grâce efficace récompense toujours la prière et \\
que la prière est toujours possible; elle autorise !
rimitalion des stoïciens. £t^ eu un mot, elle \ agrège, sinon à TËglise visible, du moins à
l'Église invisible, tous les hommes de bonne i:
^ volonté : le païen, le juif et l'idolâtre même des pays lointains; et elle encourage cette morale et cette psychologie stoïciennes dont nous avons montré les progrès de Montaigne à Descartes (i).
(1) « Les diseiplot de Molina soutenaient après les semUpélagieoi que la grâce de J.-G. nécessaire pour le salut est donnée j
y si généralement à tous les hommes sans exception, que ni ceux |
qui avant J.-C. sont demeurés ensovelis dana les ténèbrea de ridol&trie, ni ceux qui depuis son incarnation n*onl point oui parler de son évangile et de ses mystères, ni les enfants qui ; t
meurent sans pouvoir renaître en J.-G. par le baptême, ni enfin aucun homme, tel quil puisse être, héréUque, juif. Turc» j \
.païen, athée, n*ont Jamais manqué de mojrona ni de grâces ^
* suifisantea pour se sauver.
Il « Les disdplee de saint ÀugusUOt au contrairt« sonUenneet ' Ipue cette griice n'est point donnée à tous les hommes. Dieu la
En somme, grAce k Tensemble de tous ces efforts, grâce à la casuistique, grâce au molinisme, le catholicisme se trouve être non un étroit rocher battu des flots, mais un grand arbre dont les racines s'éparpillent au loin et dont le vaste ombrage abrite quiconque passe.
Mais que de dangers dans cette extension! Je ne parle pas encore des dangers qu'il y a à laisser toucher à Tintégrité de la loi morale; je ne parle pas de la prompte et odieuse dégénérescence de la casuistique qui, d'ailleurs, trouvera son remède dans. son excès même, et qui révoltera la conseiene* publique. Le mal dont il s'agit sera plus profond.
Dans ToBUvre de charité» dans l'œuvre de con-
t/ eiliation avec l'art, la science, la mondanité, dans A/
,, doana 4 <nii 11 Mj^ U par •âientoB>iiéricordê,at m It doniid / PMMS MltM». ir(ABJfAUtft,.<V«9rif #0iip(<fcf».t. XVUI^p. 810.)
PASCAL Eï SON TEMPS Ui
[ la transition de la morale ancienne à la morale
nouvelle, certes les esprits de bonne trempe et les \
cœurs justes ne perdaient rien de leurchristia- j
nisme. Cependant» les autres, la foule, étaient exposés à y oublier quelque chose : Tessentiel. »
L'essentiel du christianisme, après tout, c'est le |( Christ; je veux dire la venue du médiateur avec '
ses causes et ses conséquences, le péché originel, \ j
le drame du Calvaire, la grâce. Toutes ces pensées fortes, pleines à la fois dé consolation et de tris- j
tesse, s'oublient facilement dans la chaleur de !
Taction, dans les joies de Tart, dans les plaisirs î
de la conversation. Qu'on y prenne garde : à ^
Tautre bout du monde ohrétien, en PolognOi !
vivent des gens mystiques et raisonnables qui ont imaginé une religion soi-disant chrétienne, ;
d'où ont disparu tous ces principes chrétiens. Ce l
^1 sont les sociniens (1). Chassés de toute l'Europe, : ^
ils sont venus se réfugier dans les terres les plus L
ouvertes et les plus hospitalières du monde. Ils enseignent qu'il n'y a qu'un Dieu, un; ils sont
(1) Biblioiêw ffûirum Polûnorum,.. poU tmnum dùmini, iS5S. IrinojfoH, S tomat 00 iS volumat. Ce €arpuê des loeiiiieiu mi dtnt la plot grand désordra.
donc antitrinitaire» (1). Us croient à la divinité de Jésus-Christ, mais ils nient la transmission du péché originel, sauf sous la forme d'une « possi- < bilité de pécher », laquelle ponibiliti n'est après tout que la forme du libre arbitre (2). Une consé* quence de cette opinion est Tinulilité du baptême (3).
Une autre idée qui scandalise fort les soctniens, c'est la prédestination (4). Ils y voient, comme les déistes, une insulte à Dieu (5). Enfin, la vraie
(i) BiblioUca, vol. 11, p. SU.
(2) !bid., vol. Il» p. 5S4.
^ (8) /6ÛI., 2* partie du vol. XII, p. 14.
. ' (4) Bibhteca : Joannit Votkelii Miiuici De Vera Religione libri
quinquêt qnibut prapxui ni Joannii Crellii Franei Liber de Deo
j I iî ejui eUiribuUi... Racovi», 1630, 1. 1, chap. zzv, p. 230.
1.^ (5) « Eo eDim, proli pudort » écrit BoUlos, dans son Traita
1 delà nUnteU de Dteu, « oo enim rea devenit, ut hominea chris-
|; tiani» at quidam non postrcmi nominia, liHJus modi acUonei,
I Qtttt tpaeioaia noininibua palllataa, Deo attribuant; et cum
V li^usUtl» Deom accusara horreant, intérim ea quibus nihil
i ezoogitari potest i^justius, ipsi adscribore audcant. Quid enim
i faearanl aUud, qui statuunt Daum inflnitam hominum muititu-
'I dioem decreto Immutabili, ab omni oetemitale laclo, œlemia
atqoe intolerandia crueiatibus» tioe ulla conditione qu» in
Ipaomm arbitrio poaita ait, deaUnare et ponro etiam in hune
\ : flnem coodidiasef Et audent tamen iUi adferra» id Deum fecisse
I ad JuaUtis ans demooatraUonem et porro ad nominis tui
I gloriam; eua aulla miyor posait ezcogitari erudelitaa : ntpote
J qam omnium quotquoi viierunt tyrannoruro crudelitatem
infinltla modia aoperat- Quod ai innocantem punira aut nocon*
!| tam «Itra aaritua plaetara i^justam eat,. quia de eo cogitan-
religion n'est pas nécessaire au salut; ils sont toUranti.
Jf En réalité, c'étaient des philosophes ; ils affirmaient l'inspiration de TÉcriture, mais à condition de n'y rien admettre de ce qui choque le bon sens, ouïe sens commun. Ils étaient chrétiens h condition de ne croire ni à la Trinité, ni à l'union hypostatique, ni au péché originel, ni à la prédes-* tination, ni à la grAce. D'ailleurs, ils avaient une ;
morale fort élevée et toute fraternelle : ils ne sont ni juges ni soldats; ils ne plaident pas, ils ne condamnent pas, ils ne tuent pas; ils aiment tous les . hommes. Si vous voulez en avoir une idée très ! exacte, songez à Tolstoï. Le cas de Tolstoï est un beau cas de survie et de transmission à travers i les Ages d'une doctrine et d'un état d'Ame.
Certes, calvinistes, luthériens et catholiques étaient également animés contre les sociniens.
Il Mais jusqu'en 1658, année ob ils furent expulsés 1
de la Pologne, les infiltrations sociniennes étaient un danger toujours présent.
dam ibret qui et ioflniUm Umoetotnm multttudUiem at lofliii* Ut sttt «ternum duralmit* erueiaUbm Atque tcert>liilniit •nppUeUt sponU tua mtctare ilmpUeiter daereristft, et Sa f um illot iiaem coadidistel ».
ti
S64 PASCAL £T SON TKMPS
Voilà pourquoi le catholicisme» en France, risquait, s'il n'y prenait pas garde, et en s'abandonnant seulement au penchant du siècle, de se retrouver mûr un jour pour les idées des Frires pùlimaùf.
Mais, dans le catholicisme, si complexe et si plastique, il est plus vrai qu'ailleurs de dire que Me besoin crée Torgane.
Dans le vallon humide et fiévreux de Port- Royal, pauvre abbesse de onze ans, la fille de TavocatÂmauldtratneavec ses douze religieuses une vie puérile et monotone (1). Matines àt|uatre heures, le reste du jour des promenades, quelquefois la prédication ridicule d'un écolier bernardin : la mère Angélique s'ennuie, se résigne,
(1) Ja NDToto ta tot^jourt «dmirabla Part-iloyol et Saikti-
BlVfB«
PASCAL £T SON TEMPS Ml
s'endort. Passe, un soir, un moine, pauvre hère fort indigne. Mais la grâce vient avec lui : le grand miracle, le plus grand des miracles et le plus consolant, se produit. La m&re Angélique est convertie; son Ame est transformée, ou plutôt une âme nouvelle habite en elle. Elle avait dix-sept ans.
Prodigieux état d'héroTsmOt d'exagération et de soubresauts! Avant de se fixer, de se calmer, de s'asseoir, T&me de la mère Angélique se cabre. i
Enfin la mère Angélique est presque mattresse \
d'elle-même; avec sa volonté qui s'impose, avec . .
son esprit étendu et avec son cœur plein d'humanité et de tendresse, admirez-la, cette femme forte de la Journée du Guichet, cette réformatrice I ,
do Maubuisson, cette pénitente de saint François de Sales.
Cependant, un prêtre étrange, grave et réservé, 1 '
était attentif à ces coups mystérieux de la grâce, l^^
Il était né à Bayonne, il était allé achever ses études à Louvain; il avait été séduit par Juste 'Lipse, et le vieux niattre aima ce jeune homme. « Lipse, qui était civil et affable, raconte le père Rapin, le reçut très bien; et, comme il lui trouva
d'abord un naturel rudo, il t&cha de l'adoucir par le soin qu'il prit de l'affectionner aux lettres humaines, qui polissent les mœurs... Leur amitié devint telle que, lorsqu'ils ne se pouvaient voir, ils s'écrivaient l'un à l'autre de leurs cabinets. » Voici une réponse de Lipse à un billet de l'étudiant : « Il y a ce feu d'en haut que j'aime, je l'avoue, dans la Jeunesse; courage, mon cher, cultivons cet esprit et ce feu par l'étude de cette science divine où vous vous attachez, et par la . richesse des belles-lettres que tous les anciens ont mises en œuvre, pour orner cette céleste science. » Juste Lipse ajoutait le conseil de com- .| pléter l'étude de la théologie dogmatique par la lecture .des Pères grecs et latins (1).
Ces conseils furent écoutés; une âme stoïcienne ' et chrétienne se formait en ce jeune honune, dont l'esprit s'enrichissait en même temps du suc des écrivains sacrés.
C'était Jean Duvergier de Hauranne, le futur y abbé de Saint-Cyran.
Qui tourna les préoccupations de Saint-Cyran
(I) Ramii, HM. 4% /«If., p. S04i.
vers les phénomènes de la grâce? Son ami Jansénius sans doute. Venu àLouvain comme Saint- Gyran, Jansénius n'avait pas eu Famitié de Juste Lipse qui adoucissait et civilisait les esprits un peu rydes: Il avait subi Tinfluence de Jacques Janson, qui avait été fort engagé dans les opi* * nions de Baïus. Il s'était épris de saint Augustin , et il semble à son dur style qu'il avait un naturel farouche. Saint-Cyran avait une affection frater^ nelle pour Jansénius ; il Temmène avec lui, chez lui, à B^yonne; ils se livrent ensemble à un travail frénétique. Après cinq ans, Jansénius retourna à Louvain, et Saint-Cyran vint habiter à Poitiers, puis à Paris.
Dès lors, avec son esprit de feu, S^ntJCyran poursuit une piété profonde, magnifique, inflexible, où r&me, faisant taire toute voix en elle, autour d'elle, n'a d'attention, n'a d'obéissanco
que pourlagrftce. Peu importent la littérature, la n ^jJ*^ fk\ science, le monde ; une seule chose est nécessaire jl i ,
et tout le reste est empoisonné. " 1
II devient le directeur de mère Angélique, le |
maître de Port-Royal. Il excite partout Tétonne- |
ment et l'admiration. « Il faut avouer, monsieur.
5 '' il
t68 PASCAL ET SON TEMPS
\ lui écrivait une fois entre autres Balzac, que vous êtes le plus grand tyran qui soit aujourd'hui au inonde, et que, quand vous parlez, il n'y a point moyen de conserver son opinion, si elle n'est pas conforme à la vôtre (1). » Il ajoutait : « C'est vous seul qui m'avez donné de l'amour pour les choses invisibles. En quelque part de la terre que la curiosité m'ait porté, de là la mer et de là les Alpes, dans les États libres et aux pays de conquête, je n'ai remarqué parmi les hommes qu'un conunorco de pipeurs et déniais, de vieillards corrompus par leurs pères, qui corrompent leurs enfants; des esclaves qui ne se peuvent passer de maître; de la pauvreté en la condition des gens vertueux, et de l'avarice en l'àme des princes. Maintenant que vous avez rompu les charmes, au travers desquels je ne pouvais recevoir qu'une lég&re impression de la vérité, je vois distinctement cette générale corruption, et je reconnais quelle injure je faisais u\ à Dieu, quand je faisais mes Dieux de ses créatures (2). »
{i) aSuwret, 1. 1, p. 109. ■ (S) Cette toUra m trouva égalemoit dtni les CBuvru ihrii fJMiKi if ifirUuêlUê tft NMMJrt /mu 4» Virger é$ HmtrwMMt dbbé 4ê SÊkk^ftm. lYoavilU édltton, Lyon, Uumt Aubla.
Bientôt la mission que s'est donnée Saint-Cyran devient miraculeusement féconde.
Antoine Le Mattre, fils d'un protestant ou plutôt d'un libertin, Isaac Lemattre, et de Catherine Arnauld, sœur de la mère Angélique, était un avocat très célèbre. Sa tante, Mme d'Andilly, meurt; il est présent à son agonie qu'assiste M. de Saint-Gyran ; et voici qu'au moment où le prêtre prononce les paroles solennelles : Profit cUure^ anima ChrUHana,.. le cœur de Le Maître /est terrassé par la grâce. Il s'en va, le grand avocat, il s'en va dans le jardin, sous la lumière de
1679. in-iS. 4 toI. Le !•' Tolame oonUanI les oraTres diverses; les trois autres, numérotés i. t. 8, la correspondauee. Ea této du premier volume sont des témoignages ea faveur de Saint* Gyran : trois lettres de Lemaltre. trois d'Amauld d'Andilly, une de Balxae (celle-ci), l'éloge de Saint-Cyran, par MM. de Sainte- Marthe, et par Godeao. Enfin il y a rel/Mtofîeii donnée par Juste Lipse à Saint-Cyran, lorsque l'étudiant quitta l'Oniversite de Lottvain. Celte attestation bien connue est précédée d'une notice de l'éditeur où on rend à Juste Lipse compliment pour éloge. L'éditeur indique en outre la 41* lettre de la du* quième centurie, la 6S* et la » de la quatrième centurie où l'on voit • l'étroite liaison qull [J. Lipse] èbtretenait avec loi, et TesUme qull faisait de son mérite et de sa rertu ••
Pour l'affection et l'admiration que Balsac témoignait à Saint- Cyran, voir encore : Balsao, CEuvru tampUteê, t I, p. 151, 761, et ceci sur la captivité de Sainl-Cyran : « Cet homme est véritahlement une personne extraordinaire... Si cet homme-là est trompé, je vous avoue que Je le suis bien aussi. » P. M.
tîO PASCAL ET SON TEMPS
la lune» versant des larmes. Il s'adresse à M. de Saint-Gyran. Et celui-ci lui donne un conseil prodigieux. Antoine Le Maître quittera le barreau, le monde, la fortune, tout. Il ne se fera ni prêtre, ni moine; il vivra en solitaire, dans la pénitence
* et les austérités. Et il obéit. Contre le mur extérieur de Port-Royal de Paris, il fait élever une
I petite bâtisse; il y habite, chantant des psaumes, priant Dieu, et matant par une inflexible dureté son naturel véhément, excessif et passionné.
Après lui, d'autres, et d*autres encore reçoivent
«r de SaintrCyran le même conseil, et le suivent. Dans Paris, c'est une stupeur. Le cardinal Richelieu, sous un prétexte ou sous un autre, fait mettre Saint-Gyran à Yincennes. De là, écrivant à la dérobée, avec un crayon de plomb, malade et presque mourant, le prisonnier envoie à ses pénitents d'admirables lettres, où je ne sais quel fré-
tfmissement intérieur se sent, sous la sécheresse des formules.., Richelieu meurt; Sainl-Gyran est mis en liberté et meurt à son tour. Son esprit ne . meurt pas avec lui et survit en Port-Royal.
Voilà bien, semble-t^ili Tcrgane qu'il fallait en France au eatbolicismei pour être complet, par-
PASCAL ET son TEMPS t7i ^
faitement équilibré en toutes stB parties, et ro- ;
buste comme un bloc sans fissure. Pendant que le calholidsme fleurira et s'épanouira au soleil delà ia scienceet de Tart, pendant qu'il sera la Providence visible et secourable des gens qui ont faim, il gardera au centre même de sa vie le groupe tragique de ceux que le sang du Cbrist ne cesse d'inonder Y^ Malheureusement, Saint-Cyran dépassait orgueilleusement son rôle providentiel; seê successeurs n'eurent que son entêtement sans avoir son &me. Et son œuvre, s'abàtardissant d'âge en âge, devint 14 risée des bons esprits, et facilita au dizhuitiëmc siècle la ruine du catholicisme.
Cette déformation s'appelle le jansénisme. [
ir.
Le catholicisme, élargi et adapté au monde nouveau, n'avait jamais nié que le groupe des saints ne fût nécessaire! la catholicité comme )e
t7S PASCAL ET SON TEMPS
cœui* Test au corps. Il ne méconnaissait pas les miraculeuses vocations et les coups de celte grâce invincible que les théologiens appellent la grâce efficace; il admirait Tascétisme, la pénitence^ et rgnourjair* Il entretenait Tidéal d'une vie \ parfaite, mais i l^ admett aitjune,,moindre, perfecW
.tioh.
Le jansénisme, lui, déclara d'abord que la vic^
^ ]U parfaite était la seule voie par où Ton pût se ( sauver, et que toute autre forme de vie, toute autre espèce d'âme était destinée à la mort éternelle; il donna ensuite pour cette vie parfaite des
X D règles incompatibles avec les nécessités de la vie générale et le mouvement de la civilisation : en sorte que, d'une part, tous les sages anciens et tous les sages modernes^ tous les hommes vertueux et de bonne foi qui ont vécu en dehors du catholicisme, tous les catholiques même qui n'ont pas été visités et soutenus par une miraculeuse intervention de Dieu, — laquelle ne s'est produite que pour un très petit nombre, — toutes 2 aces pauvres âmes sont destinées aux peines éternelles» Jésus-Christ n'est pas mort pour leur salut. Et, en second licUj^i^ les élus ne seront plus
PASCAL ET SON TEMPS «fc^^
/ le sel du inonde, n'appartiennent plus au monde»% ^ «. Bont impropres à la société humaine; de la société humaine à la société divine, il y a la dis- ,^y tance de Tenfer au ciel.
Tel est, magnifique» farouche et dangereux»
Tesprit du jansénisme. Et voici comment il s^est constitué.
Jansénius» Tévéque d'Ypres» est mort en 1638. Il laissait le manuscrit d'un grand ouvrage. Le livre — de dimensions formidables — parut en 1640. Jansénius y traitait toutes les matières de la grâce» ce qui se ramène à savoir à quelles conj.ditions l'on est chrétien : c'est YAuguitinui.
Jansénius faisait comme les Réformés» il né* gligeait quatre siècles de scolastique et douze siècles de tradition. Il revenait à la source vive; seulement^ moins radical que Calvin et Luther» il r\ s'arrêtait à saint Augustin. Il prétendait exposer non ses idées» mais le système de saint Augustin. Dans son exposé» Jansénius se montre singulièrement dénué de sens historique. Si quelqu'un'a eu un esprit impétueux et vivant» d'où les idées et les constructions s'échappaient sans cesse»
is
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venant d*un même fonds» mais s'exprimanl» se combinant» se corrigeant de mille manières diffé* rentes, selon les circonstances et selon Thumeur, c'est Pascal sans doute, mais c'est surtout saint Augustin. Or, de cela, Jansénius ne tient nul compte; il oublie les circonstances diverses où saint Augustin a écrit, il oublie que le cœur et Tesprit de saint Augustin ont été vivants; il combine, il systématise; et, s'il reproduit fidèle* ment les textes, ce qu'il donne, c'est la doctrine de Jansénius et non la pensée de saint Augustin,
Cette doctrine, au fond, est philosopbiquûjJulât
que théolopqu e. Janséni us nie la liberté de
'choix ou libre arbitre. Avant le péché originel,
Adam pouvait choisir entre le oui et le non, le
bien et le mal. Depuis le péché, c'est-à-dire dans
|la redi te ftctueUei les hommes sont les esclaves
'de ce qu'ils aiment, ils sont les serfs de la délec^
iaûon. La^ délectation qu'ils apportent en nais-
^ 1 sàntg^sti'amour d'eux-mAmes, c'est Ja4ié£hé.
« Esclave du péché, l'homme ne peut être déli-
-^ vré du péché que par une délectation plus puis*
santé qui le rende esclave de la justice. • C'est
,' la gràcé. Aussi (1) : c Thoinme est ou oScIavc do ,\
la justice et libro du péché, ou libre de la justice et esclave du péchéi jamais sans être esclave ou \
de l'un ou de l'autre, et partant jamais libre et do i
l'un et de l'autre. » C'est affirmer que, mémo i
dans l'état de grice, l'homme ne recouvre ni |
l^équilibre entre le bien et le mal, ni le pouvoir '
prochain de choisir, ni la liberté d'indifférence. Si l'homme est libre, et Jansénius ne le nie pas, il \ ;
Test dans tm sens très particulier : la liberté qu'il ;
possède est une liberté nécessitée (2). C'est, sem- ;
ble-t-il, la liberté au sens de Spinoza, celle qui consiste dans la reconnaissance et l 'acceptatio n ■
de ce que nous ne pouvons pas ne pas être et ne ^^^ — ' [pas faire,
^ A cette doctrine philosophique se surajoute une doctrine théologique qui l'aggrave encore.
Dans l'état de péché, tous les actes, même les -l \
meilleurs, tous les mouvements les plus imper- • ^
ceplibles du cœur sont également mauvais au regard do Dieu. Le secours qui ouvre les yeux,
(1) Pascal, CEuvrêi tampUUt, t. 0» p. 7t.
(t) Lettre d'Aniauld» tt noTembie iW$. OÊuvra tompUêu. t XXI, p. cxuv et czKY» et tortoat t XVII, p. tM et euîTaiilei.
' el qui substitue la délectation de la justice à la I délectation du péché, Dieu le donne gratuitement^
1 1 c'est-à-dire sans égard à des mérites qui, d'ailleurs, n'existent point. Ce secours tombe sur celui-ci, néglige celui-là, selon Teffroyable mys-
1| tère de la prédestination. Ce secours s'appelle la grâce efficace. Adieu la grâce suffisante de M. Le Moine et des molinistes, laquelle, brisant la délectation du péché, remettait l'homme dans une sorte d'équilibre, lui donnait la force de mériter peutêtre, à coup sûr de prier pour obtenir la grâce déOnitive. Il n'y a qu'une grâce, la grâce efficace, souverainement efficace en effet et irrésistible, puisque l'homme ne résiste jamais à ce qui lui platt le plus, à la délectation dominante. La grâce
[hlefficace^ gratuite et irrésistible, est nécessaire : damnés sans elle, sauvés par elle, nous ne pouvons pas même la demander si nous ne l'avons pas. Et nous ne pouvons pas davantage la conserver quand nous l'avons. Les calvinistes, eux aussi, avaient enseigné cette nécessité, cette gratuité, cette toute-puissance de la grâce efficace; du moins ils avaient adouci de si terribles affirmations en (ajoutant que Dieu ne retire jamais ses dons, et
PASCAL ET SON TBMPS t77
que le juste sera certainement sauvé. Le janséniste n'a pas cette tranquillité de TAme. Quelquefois la grâce ef Gcace abandonne le juste, et alors
^x il est perdu, à moins d'un retour — gratuit encore — de la grâce qui s'est enfuie. Saint Pierre offre un exemple mémorable que les justes n'ont *pas en eux-mêmes de quoi persévérer. Il faut trembler toujours i
Ajoutons un dernier trait. Jansénius est catholique : cérémonies du culte, sacrements, prescriptions du Décalogue, commandements de Dieu et de l'Église ont une valeur absolue, sont indispensables au salut. D'où l'on doit conclure que quiconque ne vit pas rigoureusement suivant la
, yj discipline catholique n'a pas la grâce, ne sera pas J sauvé. Qui donc sera sauvé? Une infime poignée d'élus. Il faut trembler plus encore (1) I
(i) CûUekiimê de Im ftàa. àê Pbtdbav, antt l6Sé. Voir noUoe dani OBtiorei wmpUtu d*AaNAVLD, t XVI« p. u, «t !• tozto, ibid.. t. XVII, p. 8S9. V^
« Lm jatlAt ooi-ilt toHioiin les Meourt DéOMMirM pour •unDOotor toutat tet ttnUUoBtî — Ifoat (Suit roxpltelioa.)
« La gràoo d« iéiut-Chritt Ml^t néoetMir» pour pérté- Tèrerf — Ooit (Suit rupUcatton.)
« Cette grftee néeeMtirt pour persévértr Mi-elk doonée 4 tout 1m jiittttt — ifoot
« Gatia doclflna m Minbk-l-eUa pM condnlra !•§ bommaa «u déMfpoIr da ululT — Non, oar oa m détotpèraJaaaU do llo»
De semblables conceptions ne peuvent être embrassées que par des consciences exception* nellement religieuses et logiques.
Ce système, qui a des racines lointaines dans des erreurs condamnées dont la plus récente était le baianisme^ était la protestation de Jansénius contre ce mouvement stoïcien (1) et libertin, ces
tue d*iui6 a£rtire« quo quand on ait assuré de n'aroir pat et de oe pouvoir avoir les moyens nécessaires pour la faire réussir. Or, personne n'est assuré qu'il n'aura point la grâce nécessaire à son salut, puisque Dieu se plaît de la donner quelquefois même aux plus endurcis; par conséquent» il n'y a pu lieu de désespérer, mais seulement d'appréhender et de marcher entre la crainte et l'espérance.
n Cette doctrine ne laisse-elle pas les hommes dans la négligeneet ^ Nont car, d'un côté, n'ayant pas d'espérance que la grâce nous soit refusée, et, d'autre part, étant obligés d'y coo« pérer, nous devons agir comme si la grâce était toigoun présente... il faut marcher entre la paresse et l'orgueil; il faut prier conmie si tout le monde dépendait de Dieu et agir comme si tout dépendait de nous.
« Est«ee seulement pour les prédestinés que Jésus-Christ est
. nutftt — U est mort pour tous les hommes; pour donner
1 la glohre ans élus et des grâces passagères â quelques-uns
* d'entre les réprouvés; il est mort pour la nature commune à
. tous» pour le péché commun â tous. (11 y a ici un calembour
. sur le mot pour; la question suivante le prouve. Feydeau vent
dire : « Dieu est mort â cause de tous en vue de peu. •)
I « Dieu ne veut-il sauver que ses élusf — Non I il ne veut sauver
ique oeux qull a prédestinés, et il n*a prédestiné que ses élus. »
I (i) Jansénius est extrêmement violent contre les stoïciens.
. (Cf. ÂuguêHnut^ Rothomâgi, p. 97, 1S4S.) Remarques au passage
que Pascal était .4 Rouen quand cette édition y parut .