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OU si elle entre au couvent : singularité de cette dernière clause ; — qu'elle s'explique par la situation gônéede Pascal, et aussi par l'espoir qu'il paraît conserver de garder sa sœur auprès de lui : il s'oppose à son entrée au couvent; — résistance (le Jacqueline, désintéressement de la mère Angélique^ : rentrée à Port-Royal (4 janvier 1652); — l'admirable lettre à son frère (26 mai); — la profession (commencement de 1653) : elle réclame alors sa part d'héritage ; — protestation de Pascal et de M"* Périer (Cf. la Relation, etc., du 10 juin 1653 dans Lettres , etc., p. 179-223) : sévérité de tous les écrivains jansénistes à l'égard de « l'esprit tout séculier » de Pascal ; — qu'ils oublient cet aveu de Jacqueline : « Je sais bien qu'à la rigueur elles i riaient véritables \\{\^ raisons que Pascal et sa sœur • faisuientvaloir pour lui résister], mais nousn'avions • pas accouiuméd eu user ainsi» (L^//r^.s-, etc.,p. 180).
— Vivacité de Pascal à défendre son droit strict;
— dès qu'il voit, d'ailleurs, le chagrin qu'il cause à sa sœur, il cède, plus par « point d'honneur », il est vrai, que par »< charité»; — mais que, vu son état d'esprit et sa situation d'alors, on ne pr.ut vraiment lui en faire un crime. — 11 est alors
1. Taine a ioi, dans ses y^oLes inédites, une bien fine observation : « I*eut-être ces niar(iues de sainteté et do désintéressement laissent un f(erme de conversion dans l'esprit de Pascal. »
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partagé presque tout entier entre ses sentiments fraternels et l'intérêt mondain.
B. Pascal dans le monde : sa liaison avec le duc de Roannez, et par lui avec Méré, Miton, Desbarreaux, et la société élégante, un peu « libertine » du temps (Cf. Collet, — Michaut, Brunschvicg, et Perrens, op. cit.). — Qu'on est alors en pleine Fronde.
Le duc de Roannez : sa naissance, son caractère, ses goûts scientifiques ; son amitié pour Pascal : il remmène dans son gouvernement du Poitou (juin 1652).
Le chevalier de Méré : « Thonnôte homme » de prqfession; — détails sur sa vie, son caractère et ses œuvres (Cf. sur lui Sainte-Beuve, Port-Royal^ et Portraits litt,^ t. III ; Faguet, le Chevalier de Méré dans la Revue des cours et conférences des 26 mars et 7 avril 1896, et Brunschvicg, grande éd. des Pensées^ t. 1, p. lxxvui-lxxx) . — Une page peu connue de Taine sur le chevalier de Méré [Revue de Tins truc tion publique^ 19 avril 1855: art. sur La Rochefoucauld, recueilli dans Victor Giraud, Essai sur Taine ^ 3* éd., p. 220).
Miton : un déwsabusé; — sa philosophie indifférente ; — qu'on s'en ferait une idée assez exacte en se le réprésentant, au moral, sous les traits d'un Mérimée (cf. Brunschvicg, irf., ibid,, p. lxxx-
LXXXUj.
Intluonco de (h> groupe sur Pascal : qu'elle a été très grande. — D'une manière générale, ces « mondains » Tcml « déprovincialisé », « modernisé », — on dirait presque déni{iisé, s'il ne s'agissait pas de Pascal ; — ils lui ont appris à moins estimer Du Vair (Cf. Collet, op. cit.)j h parler et à écrire la langue du jour, ils ont excité sa pensée sur toutes sortes de sujets, i/s ha ont révélé rhomme, — Quelques-unes des vues les plus profondes de Pascal (Cf. les notes des éd. Urunsclivicg) lui ont été suggérées par Méré, — lequel, sans doute, n'en apercevait pas la portée, — et par Miton lui-môme. Sans eux, nous n'aurions ni les Provinciales ^^ ni môme les Pensées^ telles que nous les possédons. En un mot, ils ont singulièrement développé dans Pascal « Tesprit de linesse ».
Ils ont aussi renouvelé son fonds de lectures. Ils lui ont fait connaître Balzac, Tami de Méré (le Socraie clirétirn est de 16.52), relire Montaigne, « le livre cabalistiques » des u libertins » (P. Garasse), et Charron. — Les deux principaux livres de Pascal, à ce moment-là, paraissent avoir été les Essais et le Manuel XVu\i\çXl\\^. (Cf. V Entretien avec Saci)\ singulière influence de ces deux ouvrages sur sa pensée, — et pourquoi : runiverselle curiosité, le ton d' « honnête homme » de Montaigne et la hauteur morale d'Epictète le séduisent également et
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tout à tour; — de plus, il croit trouver, et non sans raison, dans l'un et dans l'autre, la quintessence de la sagesse humaine : or, c'est précisément cette sagesse purement humaine qu'il veut éprouver, semble-t-il, et dont il prétend faire le tour.
Entre 1652 et 1654, Pascal profite de son court passage dans le monde pour se livrer à une vaste enquête sur r homme; et son dessein d'alors, même s'il est assez inconscient, présente en fait plus d'une analogie avec celui que Tainc, deux siècles plus tard, allait poursuivre toute sa vie*.
C. Les occupations de Pascal durant sa vie mondaine ; — insuffisance des renseignements positifs sur ce point. — Il semble avoir négligé quelque temps les sciences, peut-être sous l'influence de Méré, mais il y est revenu en 1653 (Cf. la liste de ses travaux d'alors dans Michaut, p. 178-179) ; com-
1. Voyez dans les Débals du 26 janvier 1865 l'art, de Taine sur VEsprit des femmes de noire lemps, par C. Selden. L'art, n'a été recueilli que dans la seconde édition des Essais de critique et d'histoire, 1866. — S'il est vrai, comme le prétend très finement Sainte- Beuve, à propos de Montesquieu {Causeries du lundi, t. VII), que tout philosophe « aurait besoin d'une révolution pour lui rafraîchir' Vidée de la réalité humaine », cette « expérience » n'a pas manqué à Pascal. Il a vu la Fronde, et, comme son contemporain La Rochefoucauld, il n'y a pas pris de l'homme une idée très optimiste. — Cf. sur La Rochefoucauld l'art, déjà cité de Taine, le bon livre récent de M. J. Bourdeau (Hachette, 1896), et dans VHist.de la langue et de la litt. /'r«7ipa /se, l'excellente étude de M. A. Rébelliau.
|)ositioii (les Traitas de ret/tti/i/fre (/es /içitem^s ef de /a /tesnnfetfr de /a masse de /\iir {H)6'i) ^ : découverte clo la presse hydraulique ; — les recherclies de Pascal sur « la règle des partis » et sa correspondance avec Fermât (juillel-oclohre 1054) : importance de ci»s travaux : »< on n aurait l'ait aucune injustice au f^^rand Newton si Ton avait ap|)elé binôme dp Pascal le th^veloppemenl que Tinimortel auteur du livre des Pn'aripes n'a eu qu'à traduire en symboles alf;él)ri(|ues » (A. Cornu, dise, vit,).
I*aseai était-il joueur ? Témoignage do Marguerite Périer: « Il l'ut contraint de n^voir lo monde, de jouter » [Lettres^ t»te., p. 4r>3). — Klait-il amoDriMix ? Le roman imaginé par (^iOusin : le Discoun sar /es /fassions de V amour (105'^- 1653) : authenticité probable, presque certaine de ce morceau ; — (]iril faut n'y voir qu'une simple dissertation de nuMapliysi(|ue galante, et que rien ne nous autoriseï à croire que Pascal ait eu un roman dans sa vie*!
1. Os «loux 7V«*7e> n'ont (Hé publiés qu'en Kîti^, après la mort dt» PascHl (1 vol. in-12, Paris, Dosprez); et ectto publiration poitliunu* noua est une nouvelle preuve de rinclitrOrencc volontaÎR que Pascal, dans les dernières années de sa vie, éprouvait à Tégiri de ses travaux scientili(|ues.
2. M. Boutroux (o/>. c//,, p. GO-f)!) se prononee contre cette intfl^l prétalion : « Il est vraisemblable, dit-il, qu'il (Pascal) a aimé, in«*me qu'il a aimé une personne de condition supôrieara à sienne ». Et M. Faguet à son tour {Annales politiques et lillét du i:{ décembre 1903), rendant compte des Mélanges de II. Gi s*ex()rinuiit ainsi : « Le Discours sur Us passions de Vamour d'un homme qui a aimé et qui a profondément réfléchi mur \
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s'il « songeait à se marier » [Lettres^ etc., p. 453), ce dut être là un projet un peu en Pair. — Qu'en tout cas, on peut affirmer qu'il n'y a eu dans la vie de Pascal aucun dérèglement d'aucune sorte (Cf. Michaut, p. 90-91; et (lazier, le Roman de Pascal^ dans la Revue hleiie du 24 novembre 1877, recueilli dans Mélaïujes de l'Ulv rature et dlixstoire sous le titre de Pascal et 3/"" de Roannez, Paris, Colin, 1904, in-18).
Rien non plus ne nous autorise à croire que,
amour profondénienl ressenti par lui... Quand mrme le Uiscours sur les passions de Vamour ne serait pas de Pascal, beaucoup de textes, dans les Pensées mômes, sont, pour moi, d'un homme ([ui a (îonnu l'amour et, sinon « toutes ses fureurs », du moins (luelques-unes de ses plus vives approches. » Et M. Faj,'uet a repris et développé celte thèse avec une inj^èniosité et une verve de persuasion singulières dans deux articles de la Hcvue de Frihoun/^ auxquels je renvoie (février et mars lî)0'») sur Pascal anmur('n.r. Taine enfin, dans ses notes inédites sur Pasral, disait à propos du Discours. «Qui parle si bien et avec tant d'émotion de l'amour l'a J ressenti.» Oserai-je avouer que ni .M. Houtroux, ni Taiue,ni M. Faf,met ne m'ont persuadé? Kt si j'avais à discuter tout au lon«< la (piestion, la f^rande raison (pie j'essaierais de faire valoir serait la suivante : Si Pasc.'il avait aimé, ardent et passionné comme nous le connaissons, il n'iiurait pas aimé «i moitié; sa <\ ^Tando âme » n'efit été capabli? qucj <' d nu amour viohMit // (c(; sont les termes inéFurs (In Itiscouis), id il est invraisemblable ((Uc, cet amour tout humain venant à o.\i\\'f\' en conllit avec l'amonr exclusif et abs(du qu(* son Dieu va bieidôt exi'^'er de lui, celle lnll(; inlérienrcî n'ait pas laissé quebpie lr.ic(i d.ins les /'c/i.vc>.v et dans les lémoi^naf<(;s contemporains. Au rc^le. j'adniellr.iis bien volontiers fjne, |)eiidant toute cette époque, Pasc.il eut ('If vivenieni précuM'uin-, v.\. coniuKî curieux et in(|uiet des chose-, de r.inionr: probriblement iiienn^, suivant la célèhr»; expression d«* s.ijni Au^Mislin, il eùl .linié a aimer. Et c'est ainsi (pie J'expliiiiitM.ii^ l*- rl«'-ir i|ir.-iin-.-iil(Mi Pax-al
do se marier, et aussi certain*^ p.'i--;;iL'e"^ du />/vro///'.v si/r rainnur et Ç^ des Pensées où ron croit s.'iisir inh" d uih' < nnfidence personnelle. ê^Voir rédition du Discmn-s p.ir 'î. Mi«li'Mil l'/iri-. l'onteiimini:, r.)i)i);.
position des Traites de F équilibre des liqueurs et de la pesanteur de laiyiasse de Tair [\Q5Si)^ : découverte de la presse hydraulique ; — les recherches de Pascal sur « la règle des partis » et sa correspondance avec Fermât (juillet-octobre 1654) : importance de ces travaux : « on n'aurait fait aucune injustice au grand Newton si Ton avait appelé binôme de Pascal le développement que l'immortel auteur du livre des Principes n'a eu qu'à traduire en symboles algébriques » (A. Cornu, dise. cit,).
Pascal était-il joueur ? Témoignage de Marguerite Périer: « Il fut contraint de revoirie monde, déjouer » [Lettres^ etc., p. 453). — Etait-il amoureux ? Le roman imaginé par Cousin : le Discours sur les passions de Vamour (1652-1653) : authenticité probable, presque certaine de ce morceau ; — qu'il faut n'y voir qu'une simple dissertation de métaphysique galante, et que rien ne nous autorise à croire que Pascal ait eu un roman dans sa vie^ :
1. Ces deux T/'ajVés n'ont été publiés quen 1663, après la mort (le Pascal (1 vol. in-12, Paris, Desprez) ; et celte publication posthume nous est une nouvelle preuve de rindilférence volontaire que Pascal, dans les dernières années de sa vie, éprouvait à l'égard de ses travaux scientificiues.
2. M. Boutroux [pp. cit., p. 60-01) se prononce contre cette interprétation : « 11 est vraisemblable, dit-il, qu'il (Pascal) a aimé, et même qu'il a aimé une personne de condition supérieure à la sienne ». Et M. Fa^et à son tour {Annales politiques et littéraires du 13 décembre 1903), rendant compte des Mélanrjes de M. Gazier s'exprimait ainsi : « Le Discours sur les passions de l amour est d'un homme qui a aimé et qui a profondément rétléchi sur un
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s'il « songeait à se marier » [Lettres^ etc., p. 453), ce dut être là un projet un peu en l'air. — Qu'en tout cas, on peut affirmer qu'il n y a eu dans la vie de Pascal aucun dérèglement d'aucune sorte (Cf. Michaut, p. 90-91 ; et (îazier, le Roman de Pascal^ dans la Revue bleue du 24 novembre 1877, recueilli dans Mélanges de littérature et d'histoire sous le titre de Pascal et 3/"° de Roannez, Paris, Colin, 1904, in-18).
Rien non plus ne nous autorise h croire que,
amour profondément ressenti par lui... Quand môme le Discours sur les passions de Vamour ne serait pas de Pascal, Leaucoup de textes, dans les Pensées mêmes, sont, pour moi, d'un homme qui a connu Tamour et, sinon « toutes ses fureurs », du moins quelques-unes de ses plus vives approches. » Et M. Faguet a repris et développé cette thèse avec une ingéniosité et une verve de persuasion singulières dans deux articles de la Revue de Frihourg^ auxquels je renvoie (février et mars 1904) sur Pascal amoureux. Taine enfin, dans ses notes inédites sur Pascal, disait à propos du Discours. «Qui parle si bien et avec tant d'émotion de l'amour l'a J ressenti.» Oserai-je avouer que ni M. Coutroux, ni Taine, ni M. Faguet ne m'ont persuadé ? Et si j'avais à discuter tout au long la question, la grande raison (jue j'essaierais de faire valoir serait la suivante : Si Pascal avait aimé, ardent et passionne comme nous le connaissons, il n'aurait pas aimé à moitié ; sa « grand(î âme » n'eût été capable que « d'un amour violent » (ce sont les termes mêmes du Discours)^ et il est invraisemblable que, cet amour tout humain venant à entrer en conllit avec l'amour exj-lusif et absolu que son Dieu va bientôt exiger de lui, cette lutte intérieure n'ait pas laissé quelque trace dans les Pensées et dans les témoignages contemporains. Au reste, j'admettrais bien volontiers que, pendant toute cette époque, Pascal eût été vivement préoccupé, et comme curieux et inquiet des choses de l'amour : probablement même, suivant la célèbre expression de saint Augustin, il eût aimé à aimer. Et c'est ainsi que j'expliquerais le désir qu'aurait eu Pascal de se marier, et aussi certains passages du Discours sur Vamour et des Pensées où l'on croit saisir l'écho d'une confidence personnelle. Voir l'édition du Discours par G. Michaut (Paris, Fontemoing, 1900).
durant cette période, Pascal ait été incrédule, ou même simplement tourmenté par le doute (Cf. la Vie de Pascal par M"' Périer et les très justes réflexions de Michaut p. 91-96). — Ce qui est incontestable, c'est que sa ferveur d'autrefois s'est considérablement attiédie, et que la préoccupation religieuse est passée comme à l'arrière-plan de sa pensée. « L'heure », dit Marg. Périer, «n'était pas encore venue » {Lettres^ etc., p. 453); — mais elle était proche.