‹ Pascal, l'homme, l'œuvre, l'influence: Notes d'un cours professé à l'Université de FribourgChapitre 17 sur 61 · LA. SECONDE « CONVERSION · texte numérisé non relu

LA. SECONDE « CONVERSION

(octobre 1634 — JANVIER 1656)

I. Les préliminaires de la conversion. — « Il parait bien que le Seigneur le poursuivait depuis longtemps, comme il l'avoua plus tard dans la suite. La Providence disposa plusieurs événements pour le détacher peu à peu de ce qui était Tobjet de ses passions » {Recueil (fUtrecht, p. 258).

L'accident du pont de Neuilly (8 novembre 1654 ?) ; — Cf. Texcellente discussion de l'abbé Maynard (t. I,p. 73-77), et surtout celle de Délègue, £/?^rf<? sur la dernière conversion de Pascal, Paris, 1869 : siVaccident a eu lieu (et il a tout l'air d'une légende* non pas fabriquée, puisqu'elle remonte au Recueil dUtrecht^ mais exploitée et mise en circulation par les Encyclopédistes), il n'a, en rien, déterminé la

1. M. Boutroux va même jusqu'à n'en pas dire un mot dans l'admirable chapitre, un peu trop « reconstruit » peut-ôtre, qu'il a consacré à la « conversion définitive » de Pascal et auquel je renvoie pour toute cette leçon. — Voir plus loin V Appendice I : Une légende de la vie de Pascal : Vaccident du pont de Neuilly,

« coiivorsion » ; collo-ci osl la suite logique d'une longue évolution nioralo.

Témoignage tlo M"" Poricr (l'/V do lilaisc Pascal) : elle s'accorilo avec sa lille pour attribuer le grand rôle à Jac({uoliiu' ; — aveux formels de cette dernière dans ses lettres (Cf. Lettres^ etc.) ; — témoignages concordants du liecaeil (frirechl (p. 210) et du Nrcro/oye de Port-Hoyal (art. Jacqueline Pascal^ p. \Vi)[), — Désolée de la conduite et de la vie de u son pauvre frère », elle le croyait damné (Cf. la Helalion et la si curieuse lettre du 31 juillet 1653 à iM. Périer : Lettres^ etc., p. 350) ; — ses exhortations quand il venait la voir (p. 453). — Cf. surtout les deux lettres du S décembre 1()54 et (lu LV) janvier 1655. .\ eeltt^ dernière date, Pascal, u df'j)f(fs jilfis (rint an, avait un grand mépris du inonde et un mépris i)res([ue insupportable de toutes les p<TS()nni»s (|ni imi sont ». — « 1! se trouvait alors plus mal ([u'il n'avait fait depuis longl(Miips. » — Son élal moral à l.i lin de» la « période mondaini» » : maladie^, — sa lié! é : le surf/il a)nari (tllf/tfid ; — sci'upules d(^ conseieiUM», — « séclieress(i)) inlérieure et u grand al)anilonnementdu coté do Dieu »; — sa confession à Jacqueline (lin septembre l()5i) : c(dl(*-ci le calme, et, discrètement, lui montre le remède.

Comparaison de Jacqueline Pascal et d'Henriette

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Renan : tandis que rime détache du monde, l'autre détache du sanctuaire : si à Tune nous devons hi Vie deJésus^ à Tautre nous devons les Provinciales et surtout les Pensées,

Transformation morale progressive de Pascal ; la question du « directeur » : importance qu'elle avait à Port-Royal et pour Pascal ; — résistance de ce dernier, et pourquoi : reste d'indépendance et d'orgueil intellectuel; — tact de Jacqueline: Pascal enfin résolu à choisir Singlin (octobre-novembre 1654).

Que les voies étaient ainsi préparées, et d'assez loin, à la « grâce ».

II. La conversion. — Le sermon de Singlin, ou d'un prédicateur de rencontre (8 décembre, d'après Marg. Périer : Cf. Lettres y etc., p. 453) ; — ne se trompet-elle pas de date, et l'événement n'aurait-il pas eu lieu plutôt le 21 novembre, autre fête de la Vierge? (Cf. Délègue, op, ait,, et Michaut, p. lH-li4, note): application que s'en fit Pascal : il fut u vivement touché ».

La nuit du 23 au 24 novembre : le Mémorial^ si ridiculement appelé Vmnulette par Condorcet et Voltaire; — que saint Vincent de Paul en portait un semblable ; — Cf. aussi la Copie trouvée (/ans la poche de M, de Guitry ^ après sa mort, et qu'a publiée Faugére dans son éd. des Pensées de Pascal

(/id. d«* 184i, t. I,p. 4(J7-4<>ftj ^ — Denx hypothèses poHKÎbleK : vision voritabhs — ou « ravissement » intime. — Que. s'il y avait eu vision^ c'eût été un « miracle »> analogue* à c<*lui de la Sainte-Kpine, et que Pasral en aurait vraisemblablement parlé ; — tout fait donc croire à une sorte d'inondation toute spirituelle d<* la << frrûce » (Cf. Keuchlin, Pascals Lf*hf*fi, p. \V)y et Sainle-Beuve, Correspondance^ t. Il, p. 2(A) : «' (> qu'on a appelé reim7//f>//e n'implique pas n<^(*esKairenieut une vision^ et, du vivant de PaHiuil, personne n a jamais ouï parler de cette vision qu'il aurait eue. >A

III. Les suites de la conversion. — Singlin, alors nmlado, refusa d'ahonl de « se ciiarger » de Pascal: — .son liunïililc' ; — il (hmIo enliii; — ses rapports av<M! Pascal ; — pn^cautions prises par celui-ci pour «loniuT Icclianjie h ses amis sur sa « conversion » : ri'stos de respect luiniain ; — nouvelle r(^sistance dt» Siufi^lin : JaccjucdiîK» « direcirice » de son frère, onlin d('*char|^t''e de ses lonclions par Sinj^lin.

Itetraile de Pascal à Port-Hoyal des Champs et

1. Tnin«», «JMiis si*s Noies ituUii/es, H'cîxpriiiio ainsi à propos du Mt*itiori(ii : i Coni vu H;r>i «pi'il (l*ascal) rrrit ce petit écrit plié en (pititre, iprun trouva sur na poitrine à sa mort, (;t ipii atteste cette pai\, ee ravisstîiueut, cette foi, cette ferveur luMireuse, apr«'8 un «ira^e \i(»lent inte-rieur. Phrases entrecoupées, (îxclaïuatioiia, mots repétés avee une passion, un enthimsiasinc;, nn délire de religion. Jour de ilétaeluuuent, de renoncement, de douceur, de joie. »

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confidences faites au duc de Roannez : le « consentement » de ce dernier << ne fut pas donné sans larmes^ » (janvier 1655); — M. de Saci, directeur de Pascal : « un pénitent si réjoui » (Cf. sur tout ceci les lettres de Jacqueline dans les Lettres^ etc., p. 352-375). — « Je l'ai toujours vu jusqu'ici dans une si grande crainte qu'on sût rien de tout cela... », écrit Jacqueline : pourquoi ces craintes et ces allures un peu mystérieuses ? pudeur du sentiment religieux, — ou préoccupations d'amour-propre? (Cf. par contraste le « cas » de Louis Veuillot et, à ce sujet, les fines observations deM. Jules Lemaître, Contemporains, t. VI, p. 19) ; — que Pascal n'avait pas l'humilité naturelle, et qu'il avait, au contraire, le « moi » naturellement ombrageux et orgueilleux : qu'on entrevoit bien des luttes intimes pour dompter, pour « soumettre » et pour « incliner » ce « moi haïssable » ; — mortifications, progrès dans l'humilité chrétienne : Pascal, précurseur même du bienheureux Benoît Labre (Cf. Lettres, etc., pp. 373-375).

Qu'il ne renonçait cependant pas complètement à la philosophie et aux sciences. — VEntretien avec M, de Saci sur Épictète et Montaigne (probablement janv. 1655) : on y voit s'y préciser l'idée d'une

1. On suit que la « conversion » de Pascal a entraîné celle du duc de Roannez et du jurisconsulte Domat,

ne PASCAI.

A/tn/of/ir (lu r/irisfi(iiiismr: — Pascal et Arnauld : VHsudi (/rlthnrttfs ifr f/romt'trfi' joté i\\\ fru; — que 11» frafj:niont ilo IHsftrif tjvoiuvtrUjue on est probahlomoiit la PnMaro partiollo ^Cf. Ailam, i^il. classique ih^s OptKCftlrs t/r Pasva/, Uachctlc; et Hrunsclivicg o/i. (if.^ ; — iiivtMitiiui il*unc niiMluulc pour apprendre h lire aux enlanls. — Que ces faits et ces textes nous r(''vèleiit I inlention, de plus en plus marquée chiv. Pascal, de nietlre au service delà religion et de

Porl-Hoyal ses talents tout ^» siVuliers ».

Nt» pourrait-on pas rapporter à celte date le Mi/stf'rr (Ir Jt'sus? — tjue, du moins, le ton et Tacccul en son! tout voisins du Mthaoriaf ICf. Pi^cril (h» .lac(|ucline surit» nn'^ine sujet ( l(>51 \ /-c//rcN, etc., p. ir)7-l7n|. —■ Kn tout cas, les opuscules sur la (\)HrrrsioH t/ff prc/tnir et sur la Co/Hparaison (/es r/tr('/tnts t/rs /nr/ulrrs frut/ts arrr rru.r (rafijounrhui paraisscut bitMi de cclli» cpoque : sentiments de fer- V(Mir ciirétienni» v\ jansi'^niste dont ils tihnoignent; — (|ue le s(u^{)nd nous l'ail déjii pressentir les Pro^ rincid/rsH nous y acliiMuine louL naturellement.

IV. Conclusion. — Pas plus ([ue la premii'^re, celte scH'onde « convt^rsion >^ n'est une « conversion )> vérilahle : « Il l'aul riMilendre <lu passîi^i* d'une reliiçion plus lihrc! (mi ses praii(|ues ^i une religion plus exacte» (Brunetièrc, .l/<z/f'"' - tdO). — Mlb^aéltS

L HOMME, L lErVRK, L INFIA-ENCK 5

d'ailleurs, moins brusque, plus rtMloehio et préparéo de plus loin que la première : — qu'un retour offensif était donc moins à eraiutire. — Il semble enfin que la « grùce » ait cette fois atteint jusqu'au fond de Tètre de Pascal, et que son cœur ait été « touché » plus encore que sa raison. i>*\] est vrai, comme le prétend Schopenhauer, après Pascal, tjue le fonds de Thomme soit sensibilité ou volonté, et non pas intelligence, ce sont donc les conversions « sentimentales », et non pas les conversions a intellectuelles » qui ont chance d'ôtre les plus durables. — Qu'à ce point de vue, on pourrait rapprocher, exceptis iwcijiieni/is, de la conversion de Pascal celle de Chateaubriand (7V// p/etar rf j'ai (^u *, a dit ce dernier) : rendre />/V// sensi/t/r au cœw\ ce sera à tous deux leur devise d'apologistes.

1. Préface de la première édition du Génie du Chriatiatiisme Cette préface n'est pas celle des rdilions actuelles. Mais le mol a été conserwé dosn^lcii Mémoires d'oui re-to)nùe {é{\. lUré, t. Il, p. ISOi.

SEPTIEME LEOlN

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