‹ Pascal, l'homme, l'œuvre, l'influence: Notes d'un cours professé à l'Université de FribourgChapitre 26 sur 61 · LEUR ORIGINE ET LEUR HISTOIRE · texte numérisé non relu

LEUR ORIGINE ET LEUR HISTOIRE

I. Origine, sources et histoire intérieure du livre. — A. Origine du livre. — Témoignages insuffisamment précis, sinon de M™® Périer (éd. Brunschvicg,

p. 18), toutou moins d'Etienne Périer {id., p. 304), et de Marg. Périer {Lettres^ etc., p. 456) touchant Tépoque à laquelle Pascal aurait « conçu le dessein » d'une Apologie de la religion chrétieîine. — La tradition en rapporte avec M™** Périer la première idée au miracle de la Sainte-Epine (1656), et telle est aussi Topinion de M. Brunschvicg : « C'est au miracle de la Sainte-Epine qu'il convient de rapporter l'origine de V Apologie» (p. 256), et de M. Lanson (art. de la Grande Ency-

clo/jpt/ie,\). 27; — M. Brunelirre {Manuel^ p. 161) m fait une suiti* naturelle de la seconde conversion .1054)^ ; — Faufcère (l** éd. des Pensées, t. l, p. Lxii-Lxiii; et labbé Maynard (t. Il, p. 6-7), la rattachent à la période mondaine (1651-1654). — 0" on pourrait, avec autant de vraisemblance, dater les premières intentions apologétiques de Pascal de l'époque de la première conversion, lOKi-lOiS /'voir la/K* Leçon): — et que cette hypothèse nous permettrait de voir dans les Pensées non seulement Tœuvre maîtresse de Pascal, mais encore le résultai lointain, de bonne heure entrevu et lonj^ueniont poursuivi, de ses réflexions les plus intimes et les plus constantes, l'aboutissement d'un projet lentement conçu et milri, et dont la réalisation, parfois entravée, mais en fin de compte encouraj;éc et hfitée par la vie, devait être pour lui l'acconiplissement d'un véritable devoir, à la fois intelleetnel et moral : ([uclque chose d'assez analogue à ce ([n'est V Esprit des Lois dans l'œuvre de Montf^sqnieu, une pensée de la jeunesse réalisée dans V'd^i' mur, le livre où l'on se met tout entier, avec toute sa pensée et toute son expérience de la

1. M. Roiitroux (op. cil., p. 9")) so range, lui aussi, à cette opinion. Mais le ni^'ine écrivain ne parait i)as ti'ùs éloigné d'accepter rhypoth^so que j'ai proposée (piaiid il écrit : « La vraie cause (de l'Apologie) était dans tout le passé et dans le génie de Pascal » (p. 441).

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vie. — Cette hypothèse a de plus l'avantage de concilier entre elles toutes les autres ; — et rien n'est plus naturel qu'une idée de ce genre germant dans l'esprit d'un chrétien comme Pascal. Son « cas», en effet, n'est pas isolé dans l'histoire religieuse et littéraire, et il y a plus d'une Apologie dont ridée première a été liée au fait d'une conversion : sans parler des convertis devenus apologistes de profession (un saint Augustin, un Lacordaire, un P. Gratry, etc.), comparez Chateaubriand concevant, après sa conversion, son Génie du Christianisme, — et, dans un sens tout opposé, Renan formant le projet d'écrire une histoire toute rationaliste des Origines du Christianisme presque sur les bancs du séminaire (Cf. Avenir de la science, p. 272, et Souvenirs d'enfance et de jezfnesse,ip,2i3).

B, Les sources desPenséesK — Qu'on peut en distinguer de trois sortes :

1° Les sources théologiques : les Écritures, dont Pascal était un lecteur assidu, et qu'il savait presque

1. Sur cette question assez délicate, — en attendant la publication du Mémoire dont j'ai parlé p. 13, — on trouvera des pages fort intéressantes et pénétrantes dans V Introduction de M. Brunschvicg à sa grande édition des Pensées (Cf. T. I, p. lxvii-xcv, le chapitre intitulé Lectures et influences). Les influences que l'ingénieux historien distingue sont celles de Montaigne, de Raymond Sebon, de Charron, de Méré, de Miton, de VAugustinus^ du Pugio ficiei et enfin de l'Ecriture Sainte. A propos de cette dernière influence, M. Brunschvicg écrit : « Pascal est, à la lettre, le dernier prophète d'Israël. »

|i;ir iiiîur «If. M="' fV'rier : — que l'inflaence exerf:#'#î ^iir lui parrett»' Irrture n'a pas encore été ass«*z /:iu(\u't\ pt que, lie mt^me qu'on a écrit tout un livre î^nr lios^ti^'t /*/ la HiUi' (l'abbé de la Broise;, on ponrntil fiiis^i en rcrire un sur Pasca/ ei fEcriiure : l'arrent religieux, biblique et évangélique dans les Pnisf'f's ; — le lyrisme. — Si Ton y joint les Epttres de >aint Paul, h».s œuvres de saint Augustin^ ÏAuf/tfsfhifis ih* Jansrnius. on a là la substance de la [Mîusée nrlif^ieusc et du mysticisme de Pascal. — Qu'il faudrait aussi tenir compte, parmi les sources des /Va/.s/'V.v, des autres lectures et conversations jansr*nist*'s de Pascal; — mais qu'il parait avoir peu lu ri uïArne un peu dédaigné lesscolastiques(Cf. Pen-

1. Iii • rifi(|iHr (lisliiiLTin'. M. Kdoiianl neaufils, me signale à ce Iti-o|)(is un irit«'T(^ss.'Lnl ra|t|)rn(-h(Miiciit qui semble bien avoir ♦••■h.ippr ;iu\ divers «îditcur- «les l'nisres : « Le mot célèbre, écrit-il, <lr .Ir-ii^ .1 ràuie phur.'inte : « Cmisnle-toi, tu ne me chercherais I».'!-;, si lu uc. m'avais tn)UV('5 ■> résume le rhapitre xviii du livre X (1rs f 'on fessions «Im saint Au'^usliu. » — Le chapitre, dans la tra- «iurlinii d'Arnauld <r.\n<lilly M<1»1)), (pie Pascal eut probablement entre les mnins, «lehute, en elVel, parées mots : «Si je vous trouve, mon Dieu, Imrs «le m.i mc'moire, il faut don(! que je vous aye «MiMir. r.f cnnimrnl mus /mis Je Irouvrr si je ne me souviens pas de rnus.' ^ \ill«'ur.v, mu «li.ipilr»' w, je trouve une phrase qui rapp«'ll«' t\r plu"^ piès «'neore peul-«''tre eello do Pascal : « Mais ce n'est p;is n* qu«' Ji" veu\ «'herj'hei' mainleuant. n'estant en peine que de s.ivoii' si la vi«' l)i«'nlnMir«'use esl «lans la mémoire : Car nous ne riiiinrrit'iis /ms si nnus nr In cminnissiotis point. » Mais ces belles «'I l«)u«*li.inles roiinul<"< s«»nl un peu noyé«'s dans les longs développemenls «le sainl Au^uslin. Pascal, en les reprenant, en les rj'sumanl d'une manièi'e si saisissante, «mi les isolant aussi, surtout eu l«'s pla«;anl «lans la hon«'he «le son Pieu, les a inventées une se«"ontle fois.

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sées, M. 952, — B. 61)^ — Autres sources secondaires des Pensées : le Piigio fidei du dominicain espagnol Raymond Martin (xin* siècle), Tune des meilleures apologies du moyen âge contre les Juifs (imprimée en 1629) ; — \^De veritate religionis christianœ de Hugo Grotius (1629; — traduit six fois en français de 1636 à 1659); — un certain nombre d'ouvrages de saint François de Sales, entre autres le Traité de V amour de Dieu (Cf. F.Strowski, op, cit.),

— Qu'un apologiste de profession trouverait sans doute un tel bagage insuffisant, mais que le génie si naturellement et si profondément chrétien de Pascal aurait, en somme, assez aisément suppléé aux lacunes de son érudition théologique. — Comparaison à cet égard de Bossuetet de Pascal apologistes ;

— et que Bossuet est assurément plus savant et mieux informé; — mais que, si Pascal avait eu les « dix années de santé » qu'il réclamait pour achever son œuvre, il est vraisemblable que son érudition, môme théologique, eût laissé peu de choses à désirer ; et, qu'après tout, il a bien connu et beaucoup pratiqué les textes qui sont à la base et constituent comme l'essence môme du christianisme.

1. U partageait à cet égard les sentiments de la plupart des jansénistes, à commencer par Jansénius lui-même (Cf. Augustinus^ Liber proœmialis^ cap. m, col. 5; cap. vi, col. 11; cap. viii, col, 19, etc.). Voir aussi Monchamp, Ilisloire du cartésianisme en Belgique, Bruxelles, 1886, p. 100-103.

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