PA8CAT
2" Les sources laïques. — Les anciennes lectures profanes de Pascal. — Montaigne: son pseudo-scepticisme; (^tonnante action qu'il a excercée sur Pascal* : « On peut dire à bien peu près que tout ce qui n'est pas proprement thdologique dans les P^<srV.v est deMonlaigne)>(Faguet :XVP Siécle^p. 420. — Cf. du mùme: XVII' Siècle, p. 41-48). — Que ce j ugemenl sommaire ne tient pas assez compte d'abord d(» Charron, lequel a repris avec plus de sérieux et d'esprit de système lo dessein vaguement apologétique de MoLitaigne {Apologie de Raymond de Sehonth) et, dans ses deux Irai lés des Trois vérités oi (le la Sagesse et ses Discours chrétiens, nous achemine peu \\ p(»u fi Pascal ^ ; — puis, et surtout d'hlpictète, et (I(^ son traducteur et commentateur Du Vair : A ([u'on troiiv(* chez ces deux écrivains un vif sentiment de l'effort moral et de la dignité de la pensée humaine» qui a passé dans
1. Pascal [)araîl avoir lu les Hssais dans l'édition de 1635 (1 vol. in-folio : c'est celle (|iie M"" do (Journay a dédiée à Richelieu), et dans l'édition in-S» de \i\'M) (Cf. Pensées, éd. Havet, t. I, p. 76, n. 1. et nrunsclivicff, ^nande édition des l^ensées, t. I, p. lxviii). " Que ne donnerait-on pas, a dit (inillaunie (iuizot [op.cif.^p. 119;. ])our avoir les deux exemplaires des Hssdis sur les((uels a travaillé lauleur des Pensées.' ^> — Oui. surtout s'ils contenaient des notes i\o sa main.
'2. Sur les emprunts de Pascal à ('liarron, voir les notes des deux éditions Michaut et Hrunschvic<i:, surtout cette dernière (j'entends la frrande édition) (jui, dans h^s notes de son conmientaire, indél^endamment de son a[)[)ort personnel, synthétise la plupart des recherches et découvertes antérieures, (^ette érlition est capitale pour qui vcMit étudiei" d'un peu près les « erni»runts » de Pascal.
l'homme, l'œuvre, l'influence 123
les Pensées (le « roseau pensant », la « science des choses extérieures », etc.)^ — Influence aussi des Lettres et Traités de Balzac (surtout le Socrate chrétien)^, — Or, tout cela, c'est l'art, c'est l'observation morale, c'est l'esprit de finesse, c'est la sagesse antique, déjà illuminée par le christianisme, sous sa forme la plus séduisante et la plus haute. — A ce point de vue, V Apologie a. toute une partie de ses origines dans la littérature profane antérieure, et Pascal s'est visiblement assimilé tout ce qui, chez les écrivains ses devanciers, ou ses contemporains, se rapportait à son dessein : avant lui, l'idée d'une Apologie surtout laïque du christianisme était dans Tair; plusieurs l'avaient entrevue et presque ébauchée : Pascal a bénéficié de tous ces efforts; il a recueilli et coordonné, il a fait converger vers son objet principal tous ces éléments épars, tous ces rêves flottants, toutes ces velléités de la pensée laïque, et il en a enrichi sa conception propre du christianisme.
1. Peut-être aussi Pascal a-t-il lu, non sans profit, la Morosophie et les Considérations des quatre mondes, de Guillaume de la Perrièi'e^ Tolosain, Lyon, 1553 (Cf. E. Parturier, Une Source probable du fragment de Pascal sur Vinfini en petitesse, Revue dldst. tilt, de la France, 15 avril 1900), et le De contemplu mundi de Pétrarque (cf. R. Harmand, les « Pensées » de Pascal et le « De contemplu mundi » de Pétrarque, Revue d'hisl. littér. de la France, janviermars 1904, p. 104-107).
2. Avec un peu de bonne volonté, on peut considérer les douze discours religieux qui composent le Socrate chrétien comme les fragments d'une sorte A'Apoloyie laïque du christianisme.
1 2i PASCAL
:}' Los sources personnelles. — Que Pascal aurait mis dans son iiMivre toute son ftme — et toute sa vie antorieure. — Toute son ûme : sa vaste et puissante intelligence, éprise de réalité positive et affamée de certitude ^ — son imagination de poète-logicien, — sa mélancolie profonde et un peu maladive, — son ardeur d'apostolat et son besoin de se dépenser pour une noble cause, une cause qui avait d'ailleurs à ses yeux l'approbation formelle de Dieu (le miracle), — toutes les tendresses volontairement refoiiléos ot comprimées de sa nature (Cf. M"" Périer), et par dessus tout, l'amour exalté qu'il éprouvait pour Celui qui lui avait dit : « Va, tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvé. » — Toute sa vie antérieure : sa vie de savant, — (le u mondain^', — et de chrétien; — vaste (expérience {{uc suppose un(^ vie aussi largement (h'voloppée en tous sens.
Qu'il (^st bien diflicile do concevoirune ame plus riche et plus profonde, une existence plus diverse ot plus comph'te, — ot qu'une œuvre où allaient s(» fondre tant d'éléments opposés, tant de sentiments, tant d'idées et tant d'(^\périences, ne pouvait niunqu(^r d'avoir un accent, une force et une portée incomparables.
1. cf. cc'Uf li«:no si si«:nilu*alive du Me/nurial : <<. Certitude. Certitude. Sentiiuenl. Joie. Paix. »
l'homme, l'œuvre, l'influence 125
C. Histoire intérieure des Pensées, — Même si Ton admet que l'idée première de V Apologie date de 1648, il est hors de doute qu'elle dut subir bien des transformations successives, s'enrichir, chemin faisant, de bien des idées nouvelles : aucun génie n'ayant été plus ouvert et plus docile que Pascal aux leçons de la vie et de l'expérience.
Il est assez vraisemblable qu'il ait d'abord songé à réfuter les savants et les philosophes, tous ceux qui étaient tentés de se laisser séduire aux paroles spécieuses du frère Saint-Ange, aux raisonnements d'Epictète et de Descartes, et qui proclamaient plus ou moins formellement la suffisance métaphysique et morale de la raison naturelle des dogmatiques.
A fréquenter ensuite les gens du monde, les (c libertins », les Méré, Miton, Desbarreaux et autres disciples de Montaigne, il dut concevoir ridée de les convertir à leur tour : il semble même que ce sont contre eux, les <( athées », qu'il ait voulu diriger son principal effort : témoignages concordants de M""® Périer (éd. Brunschvicg, p. 18), d'Etienne Périer (ic?., p. 314), de Marg. Périer [Lettres, etc., p. 456).
Que cette double intention fait le fond de V Entretien avec M, de Saci; — et que, d'après ce texte, Pascal se serait surtout servi, contre ces
doux catégories d'adversaires, d'arguments oAtVo^ophiques et psf/cholo(/if/HPs.
Jus({u\\ quel point la polémique des Provinciales aurait-elle laissé des traces dans les Pensées? — [In mot de M. Brunetière [Manuel, p. 160), à propos des dernières Lpttres^ sur « Tétroite soudure, et trop inaperçue, qui s'y fait de la conclusion des Provinciales au dessein général des Pensées » ; — (»t qu'il n'est pas douteux (Cf. Et. Périer dans éd.
Hrunsclivicg, p. 314) que V Apologie eût été aussi dirigée contre les jésuites. — Mais qu'il nfe faut pas exîi}j;érer ce point de vue, comme on Ta fait récemment (Cf. M. Souriau, Pascal^ 1897, et méniiî M. Brunschvicg dans sa grande édition des Pf'iisocs) : les Pensées ne sont qu'accessoirement une Apo/of/if^ dif jansénis?ne^ et on ne saurait, à cet é<:,ar(l, les ('.om])arer à V Institution chrétienne, — le livre i\(\ (liilvin, avant d'être une Apologie du christifuiis/nr^ étant ess(;ntieilement une Apologie du calrinisnie. llc^stniénie probable que, si Pascal avait pu achever son oMivre, les arguments contre les Juifs (îtcoiitro. les protestants y eussent tenu plus de place (|ue la polémique contre les jésuites ^ — Contre
\. Ceci (leuiande peiit-iHre quelques mots d'explication. Parmi les rrn.sérs, telles (ju'elies nous sont parvenues, on en trouve un certain nombre s(^ rapportant aux jésuites, d'autres aux Juifs, mais presque aucune ayant directement trait aux protestants. En fautil conclure que Pascal, se disi)ensant de suivre l'exemple que lui
l'homme, l'œuvre, l'influence lâ7
ces divers adversaires, Pascal aurait eu recours à des arguments théologiques et historiques^ ainsi qu'en témoignent les Pensées,
Influence du miracle de la Saint-Epine sur la composition des Pensées : — si Pascal hésitait encore à entreprendre son Apologie^ à partir de ce moment, il n'hésite plus ; et il lui tarde dès lors de pouvoir se mettre à l'œuvre : d'oii, en partie, la brusque interruption des Provinciales, — A cet
avait donné Charron dans son Traité des Trois vérités, n'aurait pas rompu quelques lances avec les théologiens réformés? Ce serait d'autant plus invraisemblable qu'en sa qualité de janséniste, il devait avoir à cœur (Cf., d'ailleurs, les Provinciales) de se laver du reproche d'hérésie si souvent adressé à son parti, et de séparer nettement sa cause de celle de Calvin : au reste, Etienne Périer nous dit en propres termes que Pascal se proposait aussi de combattre les « hérétiques », et il eût certes été fort curieux de voir l'auteur des Pensées esquisser déjà à sa manière VHistoive des Variations. Si donc Pascal n'a pas parlé des protestants, c'est sans doute tout simplement parce que la mort ne lui en a pas laissé le temps. Mais, d'autre part, si, comme on l'a prétendu, V Apologie ne devait être qu'une simple reprise des Provinciales, comment expliquer que, parmi les fragments qui en subsistent, on trouve — à ce point de vue — tant d'« inutilités » ou de « superfluités », et que par contre, à côté des notes relatives aux jésuites, on n'en rencontre pour ainsi dire aucune qui soit relative aux protestants? Il est plus simple de supposer, avec d'excellents juges, que les fragments où il est fait allusion aux jésuites sont, pour la plupart, des rognures des Provinciales, et que Pascal n'était pas homme à discuter éternellement la question des cinq propositions. — Quant aux discussions contre les juifs, elles nous étonnent peut-être un peu aujourd'hui : mais elles s'expliquent fort bien historiquement; et les préoccupations qu'elles manifestent sont, dans l'œuvre de Pascal, l'un des rares legs de la vieille apologétique. — Voir aussi à de ce sujet dans les œuvres de Bossuet, les sermons de l'époque de Metz, dont plusieurs, — c'est non pas Bossuet, comme on l'a dit, mais son neveu, qui a écrit ces mots en tête du sermon sur Jésus- Christ objet de scandale, — sont dirigés « contre les juifs », la seconde partie du Discours sur V histoire universelle^ etc.
événonuMit se rattachent directement aussi (Cf. M"** IVrior I les « pcnst'es sur les miracles ».
Comment furent composées les Pensées (1657lt)(V2) : témoijijnages de la famille et des amis de Pascal. — Que les fragments qui nous sont parvenus ne représentent qu'une assez minime partie sinon des notes, au moins des réflexions qu'avait recueillies Pascal sur le sujet qu'il méditait : — ce sont (le simples matériaux^ et des matériaux très
incomplets réunis par Pascal dans les intervalles de sa ufuladie. — Que Pascal semble avoir surtout travaillé à son Apologie en 1(>57 : souffrances intolérables des quatre dernières années; — que toutes les pensres de cette dernière période sont autant d'héroïques victoires du « roseau pensant >' sur « ce qui lo tut» ».
Qu'il est peu probable que, lorsque mourut Pas- Ccil, le |)lan définitif de son ouvrage fût arrêté dans son esprit. — La « conférence >» de 1057 ou 1658;
— et combien il est regrettable qu'un Fontaine ne nous en ait pas sur-le-champ transmis le souvenir.
— Que la Prr/dce de Port-Rof/al, par Etienne Périer et le Discours sur 1rs Pensées de M, Pascal par Filloau de la Chaise nous en ont pourtant conservé quelque lointain écho ; — et que ce dernier texte'
1. Le Discours de Fillcau de la Chaise devait, on le sait, servir primitivement de Préface à l'édition de Port-Royal. Etienne Périer,
l'homme, l'œuvre, l'influence 129
devrait figurer dans toutes les éditions modernes des Pensées au même titre que V Entretien avec Saci et les Discours sur les grands^ certaines pages n'étant nullement indignes de celui qui les a inspirées. Cette première esquisse du dessein de V Apologie nous offre la synthèse des principaux éléments successifs que nous avons cru pouvoir jusqu'ici reconnaître et distinguer en étudiant la lente élaboration et la genèse de l'œuvre^; — que cette esquisse, ne faisant aucune allusion à l'argument tout scientifique du pari, on peut conjec- ) turer, avec M. Brunschvicg (p. 257), que l'origine Ae^ pensées qui traitent ce sujet est postérieure, et qu'elles doivent dater de l'époque où Pascal trouvait la solution du problèmede la Roulette (1658-59) ^.
« le plus opiniâtre Auvergnat qui fut jamais », réussit à la faire rejeter et à faire accepter la sienne. M. Brunschvicg, dans sa grande édition des Pensées (t. ï, p. cxcix-ccxxxix) a écouté et réalisé le vœu que j'exprimais ici, et il a opéré une réconciliation posthume entre Filleau de la Chaise et Etienne Périer en reproduisant leurs deux Préfaces à la suite l'une de l'autre.
1. Voici comment Taine, dans ses Noies inédites^ résume la conférence de 1658 :
« Plan des Pensées (Discours de Pascal à ses amis^ publié en 1669) :
1°) Examen de la nature humaine. Lui montrer sa faiblesse, son ignorance et ses besoins, ses contradictions ;
2") Adresser l'homme à toutes les religions du monde. Lui montrer leur faiblesse, excepté pour une, la chrétienne ;
3°) Montrer que la religion chrétienne donne à tout des solutions. »
2. M. Lanson {Grande Encyclopédie, art. Pascal) va même jusqu'à soutenir que le fragment du pari « n'a peut-être jamais été destiné h l'apologie et n'est Yraisemblabloment qu'une esquisse d'un
l^/ii/osop/ilf/iie on psf/r/io/offif/u€, — ihvoloyique ou /tisforifjite. — .sr/V///////////» môme, V Apologie de Pascal aurait rlr n»vrtur de ces trois caractères ; — elle se serait adressée aux divers milieux qui lui avait été donné de connaître et de fréquenter, et qui ont comme laissé leur empreinte successive sur Toiuvre qu'il n'a pu achever.
II. Histoire littéraire des « Pensées^ ». — A. L'édition de Port-Hoyal (KiTO) : diflicultés politiques, théologiques, littéraires, familiales que rencontrèrent les éditeurs, et sévérité aussi injuste que facile qu'on a montrée, après Cousin, à leur égard; — renonçant îi n^slituer le plan du livre et ne voulant j)as j)ul)lier les fragments dans le désordre où ils les avuiiînt trouvés, ils adoptèrcînt une solution nioycume : réunir sous divers chefs les principales
discours .lyaiil, en viu; l.i C(niv(;rsi(»ii de certaines personnes ». VA III) |)(îii plus loin il dccl.irt^ (juo « cet étran^^e morceau était dcslinci sans »l«)utc a faire cU'ort sur (pielque «géomètre libertin ». — i/hy[M)Mics(î est ingénieuse : n'est-elle pas un peu téméraire? Pour ma pari, j(î me refuse à racc(^pter jusqu'à plus ample infonué: si elle étîiit fondée^ jt; ni; ni'("xpli(|uerais guère (jue les éditeurs «le Port-lloyal, ipii devaient savoir à (juoi s'en tenir, eussent fait figurer le friigment dans leur édili(»n. Nous ne savons pas, j'en conviens, raccorder touj(»urs enirt; elles les diverses pièces de l'duivre de Pascal. Mais lui l'aurait bien su; et il est de toute prudence de ne i)as trop chercher à se substituer à i*ascal.
4. Toute celte histoire est e\c(dlem ment résumée dans 17/t//'o- (lucl'nni (juiî M. Hrunsclivicg a mis(^ en \vXc de sa grande édition des l'riist'es (l. i, p. iii-mj). i.(^ même v(dume renferme toutes les principales l*iî'ies jusli/ltui/ivcs.
pensées, en mettant en relief la partie religieuse. Détails sur la confection de Tédition (Cf. Sainte- Beuve) : Etienne Périer obtient un privilège (27 décembre 1666); — l'impression achevée (2 janvier 1670), le livre parut dans le mois sous ce titre : Pensées de M, Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets, qui ont esté trouvées après sa mort parmy ses papiers (à Paris, chez Guillaume Desprez, 365 p., 41 fF. préliminaires et 11 ff. de table; c'est l'éd- princèpsK — Le problème bibliographique des Pensées et les cinq éditions de 1669 et 1670 (Cf. Michaut, p. lxv, et V Avant-propos de Téd. de la librairie des bibliophiles). — La Préface d'Ét. Périer. — Détails sur cette édition qui est demeurée pendant plus d'un siècle l'édition-type des Pensées,
Succès de l'ouvrage : la 2° édition (1670), la 3" (1671), sans changement dans le texte. — La 4® édition x< augmentée de plusieurs pensées du mesme autheur » (1678), avec les deux Discours de Du Bois de la Cour (Filleau de la Chaise) [déjà publiés séparément en 1672 avec un autre opuscule : Qu'il y a des démonstrations, etc.]. — Nouvelle édition,
1. Ce texte a été reproduit dans l'édition qu'a donnée en 1874 la librairie des bibliophiles. — Il existe deux contrefaçons de l'édition princeps, toutes deux la reproduisant page par page pour le texte, toutes deux datées de 1670, l'une probablement sortie des presses de Grenoble, avec le chiffre de Desprez assez mal imité, l'autre, avec un fleuron à la place du chifTre de Desprez.
i< au^moRt(^o (le plusieurs pensées du mesme autlieur »>, Paris, Dcsprez, 1683. — L*édition hollandaist* do KiHi- (chez Wolfgang, à, Amsterdam) contient !a Vie de Biaise Pascal^ par M"* Périer; — Tédilion franc^aise do 1687 (Paris, chez Desprez, et Lyon, chez Houx), comprend la Ft>, . mais reproduit pour !e reste Tédition de 1678.
Docou vertes successives de nouveaux fragments do I^ascal:en 1670, los Trois* Discours sur les grands dans le livre de r Éducation d'un prince de Nicole; — on 1727, des Pensées sur les miracles dans la ;r lettre do Colbert, évoque de Montpellier à rév(>que de Soissons; — en 1731, dans la Continua' tion des Mémoires de littérature et d'histoire (t. V, 2' partie*) du P. Desmolets, V Entretien avec M. (If Sari, des IVajjrmeiits de Wiî^t de persuader et de VAnf()ff/''/)ro/jrr^ et une Sfdte de Pensées,
L('s rj'iniprossions hollandaises Aq?^ Pensées et les n'iinprossions l'ninraises, 17(M\ 1714 (celle-ci augnKMitoe do plusieurs peîisées nouvelles), 1715, etc., roproduisont, à peu de chose près, Tédition de Port-Uoyal.
B, Preuiière réaction contre l'édition de Portlloyal. — L'édition « philosophique » de Gondorcet (177()) donne quelques pensées nouvelles, mais su|)priino la |)luparl dos prnsres édifiantes; — le
L HOMME, l'œuvre, l'iNFLUENCE 133
commentaire pitoyable de Condorcct et son singulier Éloge de Pascal, — L'édition fut réimprimée en 1778 avec des Remarques de Voltaire (Cf. sur cette édition les justes réflexions de Chateaubriand dans le Génie du Christianisme ^IIV partie, liv. II,chap. vi, et la note D à la fin du volume) : l'édition de Condorcet a été réimprimée, avec V Eloge, mais sans les notes de Voltaire et avec quelques notes, assez rares d'ailleurs, de Naigeon dans VEncyclopédie méthodique {Philosophie ancienne et moderne y t. III, article Pascal)^ Paris, H. Agasse, an II, in-4° : Naigeon nous apprend dans l'introduction qu'il a mise à cet article que Condorcet se proposait quand il est mort, de refondre son édition et son Eloge, et d'y exprimer cette fois sans réticence toute sa pensée sur Pascal.
L'édition Bossut (1779), plus complète que toutes les autres, remanie les divisions de Port-Royal et classe les Pensées en philosophiques et religieuses ; — fortune de cette édition.
L'édition peu connue et curieuse de l'abbé André (Nyon, Paris, 1783-1787), premier essai d'édition critique, intermédiaire entre Port-Royal et Bossut.
L'édition de l'abbé Ducreux, Pensées et Réflexions extraites de Pascal sur la religion et la morale (2 vol. pet. in-18, Paris, de l'imprimerie de Monsieur; chez Royez, libraire, 1785) : premier, ou l'un des
un PASCAL
prrmicrs essais do rostilution du plan de Pascal av«»r drs variantes tirées des manuscrits (Cf. sur crllo édition Victor Giraud, Sur une édition peu tnnuuc f/rs Pensres de Pascal, Rei\ dhist, littèr. delà Vmnvv^ avril-juin 1ÎX)3 et voir plus loin XAppenil'nv II).
I/rdil ion Frantin (Dijon, Lagicr, 1835; Paris, 1S():?, 1S7(.)) : nouvel essai de restitution du plan de Pascal : opinion de Reuchlin ((?;?. ci/., p. 387) sur ri»tt<î édition.
C. Seconde réaction contre le texte de Port-Royal — Le liapport de Cousin et la « découverte » du pianuscrit aiito<::rapho dos Pensées (1842).
Los éditions savantes : Faugère (1844; 1897), r* édition f» \)o\\ pros complète, avec essai de restitulion: — llavot (1852; .Véd., 1897) : retour aux divisions de» Hossnt ol à Tesprit, d'ailleurs élargi, de (londorci^t ^ ; — Molinior fl87f)-80), reccnsion nou-
1. 'l'aiiu', (|ut' j.'ûnic. Comme l'on voit, beaucoup à citer, ne s'y t't.iit pas li'ompr. Dans une Icltre du 2i mars 1852 à Havet, qui lui avait envoyé son é<lilion des Pensées, il écrivait : «Votre li\Te vient de me rendre pour une journée à la vie et au monde... Ce sont là les livres nécessaires. Cesf faire œuvre politique et travail (Ir cnnrrrfissettr (pie les écrire; c'est montrer à nouveau, comme dit Michelel, la l'ace pàl(» de Jésus crucifié. On masque et on délii:ure le uionde passé, et il n'y a que ceux qui ont vécu dans le-; poudreux in-folios des Pères «pii le connaissent dans toute son lu>rreur. Les jansénistes sont les vrais écrivains du christianisme .. Ce sont les fidèles disciples do saint Au«;ustin et de saint Paul, et Pascal, en homme sincère, parle comme eux de cette masse de
l'homme, i/œuvre, l'influence 135
velle avec essai de restitution; — Michaut (1896): édition critique après recension nouvelle, publie les Pensées dans le désordre du manuscrit, la plus complète de toutes, ainsi que les deux éditions Brunschvicg (1897, 1904) ^ lesquelles joignent au mérite d'un excellent et très pénétrant commentaire, meilleur et plus riche que celui de Havet (je parle ici, bien entendu de la grande édition 2), celui
perdition, de cette prédestination fatale, de cette infection de la nature humaine. Nous frissonnons en lisant Dante, et le Dante est doux et modéré, en comparaison des effroyables traités de saint Augustin sur la grâce, et de cette dialectique invincible qui précipite le monde dans Tenfer. Je ne sais si vous y avez pensée mais votre livre est un admirable traité de polémique. » {H. Taine^ sa vie et sa correspondance ^ T. I, p. 225).
1. Ces deux dernières éditions contiennent une quinzaine de pensées nouvelles. En voici peut-être la plus intéressante : « Toute condition et môme les martyrs ont à craindre, par l'Ecriture. — La peine du purgatoire la plus grande est l'incertitude du jugement. — Deus absconditus. » (M. 262, — B. 512).
2. La grande édition de M. Brunschvicg est excellente ; elle résume en les dépassant et en les complétant toutes les éditions antérieures; et à bien des égards, on la peut considérer comme définitive. Sur un point pourtant, elle appelle quelques réserves. L'interprétation qu'on nous y propose de l'œuvre de Pascal, très intelligente et très objective en général, ne nous satisfait pourtant pas complètement. On y sent une tendance — très discrète assurément, car l'auteur s'échappe rarement, et sa pensée comme son style sont la prudence mêmes, mais une tendance très réelle aussi, et où il ne faut voir sans doute qu'un noble souci de la vérité historique — à exiler un peu Pascal sur « son rocher solitaire », à l'y laisser « sans postérité philosophique » et « sans postérité religieuse », bref, et pour parler sans métaphore, à enfermer, à cerner, à emprisonner Pascal dans son jansénisme, à en faire l'homme et l'apologiste exclusifs de son parti et de sa secte. Pour un historien de Pascal « qui ne veut être qu'historien », la gageure paraît un peu bien forte ; et, au reste, tout le présent livre, où l'on croit savoir le prix de la vérité et de l'exactitude historiques, a été écrit pour prouver par les faits et les textes qu'elle est insoutenable. Et puisque M. Brunschvicg veille avec un soin
<l'uii nouveau riassoment logique dos PenséesK Les principales (éditions confessionnelles : Astié
(185(5; 18S3 : i^d. protestante); — Rocher (1873;
\Vih\,, 1879 : éd. catholique); — Didiot(tV/., 1896);
(tuthlin (1896 : iV/., avec une très bonne introd.). S*il n'y aurait pas avantage, comme le voudrait
M. Gazier '0/>. cii,, p. 609), à revenir à l'édition
de Port-Royal, corrigée d'après les travaux mo-
demes'^?
Jnloiix. coiiiuie il le dit spirituellement, ne evacuetur ingenium Pftftcalis, puisque lui-uiôme cite, en Tapprouyant, la parole célèbre: Le silence eut la plus ffrande des persécutions^ nous lui poserons la simple question que void : Si Pascal revenait parmi nous, quel est Phoiniuage qui le toucherait le plus et le satisferait davantage? Celui de ceux qui relèguent pieusement son œuvre au Musée des anti<iuit«''s historiques, et qui se croient quittes envers lui en Tenvolnppaiit. cniiiiiie disait Renan, dans le linceul de pourpre où l'on rnsevelil les dieux morts? Ou bien l'hommage de ceux qui, s'inspir.irit lihicuient de sa pensée, la mêlent à la vie et à l'action quotidiennes, et, en ayant éprouvé la profondeur et la puissance, cnllaborent de leur mieux à son œuvre apologétique? — Si l'on <i«»it que Pascal serait avec les premiers, un devrait bien le dire nettement ; on devrait le prouver surtout. Nous attendons avec euriosité et avec impatience* le Pascal dilettante, le Pascal indifférent à l'issue du c(»mbat qu'il faudrait nous montrer pour justiiier cette thèse.
1. Mon collègue, ami et confrère en Pascal, M. Michaut, me dit (|ue nous avons failli avoir une édition des Pensées par M. Charles (les (iuerrois, à laquelle Sainte-Heuvc, dans une certaine mesure, aurait collaburé. L'édition avait été i)réparée presque tout entière; l'introduction même avait été écrite, et en plus d'un passage on reconnaîtrait l'inspiration de Sainte-Beuve. M. Michaut, qui a écrit une étude considérable sur Saintc-Heuve, et qui a pu consulter les nombreux papiers du criti(]ue actuellement possédés par M. de Spœlberch de Lovenjoul, nous parlera, je pense, plus longuement quelque jour de cette édition avortée.
2. Nous croyons savoir ((ue M. Gazier prépare une édition de ce genre.