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du scepticisme de Pascal, soulevée jadis par Gôusiii, n'a, aujourd'hui, pas plus de droits à être discutée sérieusement que celle qu'a imaginée Nodier, lorsqu'il a parlé des « plagiats » de Pascal. — Pascal, nous le verrons assez, n'ebtété sceptique qu*à T^ard de l'éclectisme, s'il avait pu le connaître; et il aurait eu grandement raison de ne voir en lui qu'un compromis superficiel de doctrines, aussi peu respectueux de la dignité de la raison que de celle de la foi (Cf. Rauh, Boutroux, Ravaisson et Brunsch* vicg, op. cit.)
D. Qu'il y a une idée qui domine toute la philosophie de Pascal : la théorie des « trois ordres ^ » {Pensées, M. 138, — B. 793); que ces trois ordres (l'ordre de la matière, — Tordre de la pensée, — Tordre de la charité ou de la grâce) constituent, aux yeux de Pascal, comme une hiérarchie de réalités, séparées Tune de Tautre par une distance infinie, donc, sans commune mesure entre elles, et correspondant chez Thomme à trois facultés différentes. — Que, pour bien entendre cette philosophie, il
1. Cette théorie célèbre est déjà en germe dans saint François de Sales [Traité de Vamour de Dieu, liv. I, chap. xii). J'emprunte cette intéressante indication à un livre que j'ai déjà eu plus d'une fois l'occasion de citer, le Saint François de Sales de M. F. Strowski (p. 340-343), ouvrage excellent, bien informé, plein de vues ingénieuses, d'une grâce un peu flottante peut-être, mais qui, dans un aussi aimable sujet, est comme un charme de plus.
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faut examiner successivement quelle conception se fait Pascal de ces trois « ordres » .
II. L'ordre de la matière : la nature ; — ^ la science. — Qu'est-ce que la nature pour Pascal ? (Cf. Pensées^ M. 690, — B. 121; — M. 600, — B. 72 : le fragment des Deux infinis) ; c'est d'abord, une infinité de formes, infinies en grandeur et en petitesse, qui se déroulent incessamment à travers l'infinité du temps et de l'espace, et obéissent à des lois fixes, immuables ^ que la science positive a pour fonc-
1. Mais, dira-t-on, si ces lois sont immuables, comment concilier cela avec la croyance à la possibilité et à la réalité du miracle? Si je ne me trompe, Pascal, interrogé sur ce point, aurait pu répondre ceci : « D'abord, en parlant de l'immutabilité des lois de la nature, je me place au point de vue du savanl, non au point de vue du croyant, et ces deux points de vue, selon moi, ne sont nullement solidaires. En second lieu, qui dit miracle, dit sans doute dérogation, mais dérogation exceptionnelle, et d'ailleurs apparente, aux lois de la nature; et ces dérogations, la science positive peut n'en pas tenir compte : elle doit même n'en pas tenir compte, car il n'y a de science que du général, non de l'exceptionnel. Tout ce que nous devons exiger d'elle, c'est de ne pas nier, brutalement et étourdiment, ce qui n'est pas de son domaine et ce qui échappe à ses prises. » — On notera que cette doctrine, qui a, comme l'on voit, pour elle l'autorité d'un vrai savant et d'un puissant penseur, est infiniment plus conforme aux exigences, aux données et aux conclusions de la science et de la philosophie contemporaines que les négations, si commodes dans leur candide et impatient dogmatisme, que Renan avait empruntées à Hegel — et à Voltaire — pour en faire le premier article de son Credo philosophique et scientifique : « On souhaiterait par exemple, pour qu'un miracle fui bien constaté, qu'il fût fait en présence de l'Académie des sciences de Paris, ou de la Société royale de Londres et de la Faculté de médecine, assistées d'un détachement du régiment des gardes, pour contenir la foule du peuple, qui pourrait, par son indiscrétion, empêcher l'opération du miracle. » Ce n'est pas Renan qui plaisante ainsi : c'est Voltaire
tion et pour objet de rechercher ; — cette Bcience est confinée dans « Tentre-deux », dans le domaine
(Dielhnnatrt phUo$oph.^ «rt Miradt»), — Cf. par coQjbre : Cl. Ber- . nard, Inirod. à la médecine ejrpirhnenUUe, |NU»iiii, et le Probième de la pkf/êiologie générale (R. D,-M, da 15 décembre 1867} ; — E. Faguet, Brneel Renan (Revue de Parie^ f. Juillet 1898, pp. 92- 94); — RenouYier, Philoet^hie analytique de VhUMre (t. II, pp. 336, 368), et F. Brunetîère', Lettrée eut Emeet Benan^ p. 88-44.
On a quelquefois, sur cette question des rapports de la neligion et de la science, de Tordre naturel et de Tordre surnaturel, opposé & Tantorité de Pascal celle d*un autre très grand sarant doublé d*un grand penseur ; je veux parler de Bnffon. Dans une note qui figurait d^i dans la 1~ éd. de son Port-Royal (t. III, p. 338; Cf. aussi la note de la p. 321, — not^ trôs oaractéristlqua de son état d*esprit d'alors (1846-1848), mais qu*U n>ût peut-être pas écrite à Tépoque où il publiait ses deux premiers volumes (1840-1848), — Sainte-Beuve s'exprime ainsi : « J*ai nommé d'Alembert, Gondorcet. Voltaire; il y a quelqu'un, au xvui* siôde, qui est nn réfutateur bien autrement puissant de Pascal, et qui ne le nomme Jamais ; ce réfutateur, c'est BuCTon... » — Je ne puis ici étudier ce que Sainte-Beuve a appelé ailleurs la religion de Buffàn, et il y aurait lieu, d'ailleurs, de distinguer les époques de sa pensée. Mais, en ce qui concerne la question qui nous occupe, Buffon a écrit, dons les Epoques de la nature y une page admirable, trop peu connue, me seinbie-t-il, des apologistes, et qui rejoint absolument la pensée de Pascal. On la trouvera à la fin de V Introduction : c'est la page qui commence par ces mots : « Tout dans le récit (le Moïse... » (éd. de Berne des Œuvres d^hist. nat.^ de Buffon, 1192, t. VIII, p. 37): et si l'on veut bien s'y reporter, on verra au ton et au fond, qu'on ne saurait ici parler avec d'Alembert de « style de notaire ». On en pourrait rapprocher certaines déclarations analogues de Darwin.
Ajoutons que le principe même de l'immutabilité des lois (le la nature n'est peut-être pas, métaphysiquement parlant, aussi assuré qu'on l'a parfois prétendu. Du moins, il est de nos jours très sérieusement contesté par un certain nombre de ])enseurs, parmi lesquels il suffit de citer M. Boutroux : on sait que la thèse de ce dernier sur la Contingence des lois de la nature a été un événement philosophique presque aussi considérable que la célèbre thèse de M. Lachelier sur le Fondement de Vinduction. Renan avait peu de sympathie, — on le con(;oit, — pour ces nouvelles tendances philosophiques, et il a porté sur M. Lachelier un jugement quelque peu pincé qui est aujourd'hui bien amusant à relire (Cf. Feuilles détachées^ p. 37.3-.37o).
Et enfin, si l'on veut voir comment de vrais savants, et non
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du relatif, dans la région des apparences, et elle ne peut atteindre ni l'un ni l'autre des deux infinis : bien plus, les postulats sur lesquels elle se fonde ne relèvent pas du raisonnement (<( Le cœur sent qu'il y a trois dimensions »), mais d'une sorte particulière AUntuition * qui offre des analogies plus ou moins lointaines avec les intuitions qui sont à la base des jugements de 1' « ordre » esthétique et religieux. — Que c'est là, essentiellement, une conception de savant et de philosophe.
Que si nous interrogeons la nature ainsi conçue sur les questions d'origine et de fin, elle ne nous répondra pas (<( Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraye ») : elle ne nous dira ni ce qu'elle est en son fonds, ni pourquoi elle est, ni quel est
pas seulement des savants qui «i savent », mais des savants qui « pensent » posent actuellement toutes ces questions, on fera bien de se reporter aux divers travaux récents que voici : Edouard Le Hoy, Science et Philosophie (Revue de métaphysique et de morale^ juillet, septembre, novembre 1899 et janvier 1900); la Science positive et les Philosophies de la liberté {Bibliothèque du Congrès international de philosophie de 1900, t. 1); Un positivisme nouveau (lier, de métaph.^ mars 1901) ; Sur quelques u/tjectitnis adressées à la nouvelle philosophie (Id.^ mai-juillet lî)01}; — Joseph Wilbois, VEsprit positif [Rev. de métaph., mars, septembre 1901, jjinvlcr, mai, septembre 1902).
1. Le mot intuition est, je crois, le mot (jul, dans la lan;;ur philosophique contemporaine, traduit le plus exactement le \\\oi cœur dans la langue de Pascal. Le sens que Pascal attribue à ce mot ne paraît pas avoir été très commun, nu^-me au xvii° siècle. Mais voici pourtant un exemple de liossuct (|ui peut servir de i)oint de comparaison : « Si c'est [la foi| une matière d'épreuve, si c'est un sujet d'examen, ce n est donc pas une chose (jue l'on connaisse par sentiment^ ou, comme on parle, par conscience » {Ilist. des variations^ liv. I, chap. xvi).
son auteur, ni (lurils riipportsplli'. soutiBnl avec nous qui y anmines plongt's : lu naliirc iiB prouve pas Dicm. — Im|)r(!»»ioiid'accabl«menl qui résulta pour PasCiil dn la vuo ol do la méditation de la aaturo, et que celte an)i;f)isBe mt^tuphy Bique a Hé cxprimi^e par lui dans uii langage d'uiip udminiblc et frissonnante poésie.
Lorsqu'i'nlin il envisiise la nature en chrétien, il y voit le rèfçne do la u concupiscence »; — mais, ici, nous tondions il un uutre ordre de réalités, nu rfegne humain.
III. L'ordre de la pensée : l'homme; — peychologie et '< Bocioloçie ». — Ou mol célèbre de Montaigne : « L'homme est un être merveilleusement vain, ondoyant et divers », — et que Pascal a repris et approfondi la même pensée sous mille formes: extraordinaire et déconcertante complexité de la nature humaine; — « bassesse » et " grandeur » : éloquence et exactitude de cette description psychologique de l'homme; — que, d'après Pascal, la raison philosophique est impuissantes expliquer et à concilier ces contrastes : apparent scepticisme qui en résulte {« le pyrrhonisme est le vrai »), — mais : " La nature soutient la raison impuissante et l'empêche d'extravaguer jusqu'à ce point. »
Après l'homme individuel, l'homme social. ^-
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Insuffisance et caducité des fondements rationnels de Tordre social, d'après Pascal : singulière hardiesse de son langage comparé à celui même de Rousseau (Cf. éd. Bvunschy'icg^ Section V^les pensées 291 à 313), — et que certaines de ces formules pourraient conduire au plus pur nihilisme et à la plus complète anarchie ; — mais là encore, #c la nature soutient la raison impuissante », et nous persuade de la nécessité deTinstitution sociale : « la pensée de derrière la tête » de Pascal. « Il n'est pas, écrit Challemel-Lacour {op. cit.y p. 150) de ces démolisseurs qui méditent sottement une rénovation totale. »
« Humiliez-vous, raison impuissante. Taisez- VOUS, nature imbécile... Ecoutez Dieu. »
IV. L'ordre de la grâce : Jésus-Christ; — la religion. — Mais comment « écouter Dieu »? — Pour Pascal, il faut le vouloir; — et vouloir, c'est renoncer à l'intelligence, aux passions; c'est « humilier », c'est incliner, c'est « abêtir » sa raison. — Que ces expressions ne doivent pas être prises au pied de la lettre, et qu'elles ont un sens mystique* et
1. J'ai souvent employé, au cours de ces pages, les mots mi/atique et mysticisme ; et ie sais par expérience combien ces mois sont souvent pris en des sens différents et contradictoires. Je trouve dans une étude excellente {Un mystique religieux au xix* siècle par l'abbé Laberthonniére, dans la Quinzaine du 1" août 1899,
in
$ym))olîi|U(; nuqtii'1 perstionc ne peut plus, aujour^ il'bui, HK tromper. Pour Pascal, la raison /oirfe stul'' osl sanb doute impuissante ii nous donner la foi I; mais, toutti corrompue qu'elle soit, elle n'est pas entièrement impuissante, puisqu'elle a pu constater son impuissance relative et, en posant le probl(;nio du ta dcstiuC'e, en indiquer la solution. — Do ridéi! de Dieu dans la philosophie pascaliunne. — Li- Dieu de Pascal n'est pas le Difu impersonnel des pantht'iMtos qui u séduit tant d'intelligences en notre siècle ((^f. là-dessus un article peu cuimu deToino sur ilisprit moderne enAUemagiu\ datns les Débats du 7 février 1869 et extrait dans mon Essai sur Taine, p. 244-248), ni le Dieu abstrait des philosophes, mfnie apirituiilistes, et de certains théologiens. — Son Dieu est, sans doute, un principe métaphysique {Cf. Boutroux, Revue r/es cours, p. 488), mais c'est surtout une personne vivante, une personne morale; son Dieu est un
p. 301, Otude recueillie <lans les Eseais de philosophie religieuae du luËine auteur) une dËOnilion du mysticisme qui me parait des plus heureuses et des plus précises: « Dieu devenant une réalité intérieure ilans la vie liutiiaine pur l'acceptation sans cesse renouvelée de sa pirsencc et de son action. »
1. On rapprocliera de ces mots si souvent cités de Pascal ; « Il faut mettre notre foi dans le sentiment s (M. 421, — B. 252), et : « La volonté est l'un des principaux organes de la créance » (M. aiS, — B. 99), les deux célèbres formules de saint Thomas : in cognilione fUlei, principalUalem habel volunlas, et de Bossuet ■ 1 La seule voie qui mène à Dieu, c'est l'amour. » — La théorie de Bossuet a Été bien finement exposée par M. Itébelliau dans son Bossuel de la Colleclîon des i/rands écHvains français (p. 88-89).
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Dieu (( sensible au cœur », le « Dieu d'Abraham, Dieu crisaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants » (et Cf. Pensées^ M. 919, — B. 556) : son Dieu est Jésus-Christ, « qui remplit Tâme et le cœur de ceux qu'il possède », « Dieu d'amour et de consolation » qui, étant infini, seul remplit l'infinie capacité de notre cœur, seul peut « s'accommoder à tous nos besoins ». — L'homme est né pour le bonheur, il en a l'obscur et invincible instinct : or, le bonheur, ce n'est pas la science positive, — ce ne sont pas les sciences dites morales qui peuvent le lui procurer : c'est Dieu seul. Jésus est pour Pascal la clef de Torigine du monde et la solution du problème de la destinée.
V. La philosophie de Pascal et son temps. — L'ensemble des vues philosophiques de Pascal forme donc bien un « système lié », et c'est n'y rien comprendre que de parler de son scepticisme : Pascal n'est pas un sceptique, puisqu'il croit à la puissance (au moins relative) de la raison pour préparer les voies à la grâce (Cf. Warmuth, Wissen iind Glaiiben bei Pascal, A rchiv fi'ir Geschichte der Philosophie, 1902, p. 343 et 442); — il ne faut même pas dire que, si Pascal n'était pas chrétien, il serait sceptique, car il était trop épris de certitude pour que, une foi positive lui manquant, il ne la
remplaçât pas par une autre. — En réalité, Pascal a dessiné les grandes lignes d'une philosophie qui, à cette «laie, tr^inoignait d'une rare originalité (Cf. Hauh, op, ci/, p. 229-2H1) : il a tenté de substituer une philosophie du sentiment et de la volonté ^ à une philosophie de Tintelligence pure, — une philosophie éminemment morale à une philosophie surtout srientilique, — et, sans méconnaître le moins du monde les droits de la raison, une philosophie des u idées ohscures » à la philosophie des « idées claires et distinctes'*' ». — La profondeur de son sens chrétien Ta mis en garde contre les dangers prochains du rationalisme philosophique 3.
l. Descjirtcs -iv.iil déjà entrevu la part qyiil faut faire à la volniité (l.'uis la cmy.uice; mais il rfavait pas tiré de cette idée tout le parti ipien a tiré Pascal, et. dans TenseniMe, sa ptiiiosupliic rcslr une [)liilosophie intellectualiste.
1. Dans une lettie cclrlire à un diseii>le de Malebranche (édit. (!«' Versailles, t. WXVIl. lettre IH'l , Hossuet a très bien vu et exprimé très nettement cette opjxjsition. 11 y critique très vivement ceux ijui ne SDUirent pas qu'outre nos idées claires et ciistinclrs, il // en a de confuses et de f/énc raies, qui ne laisse?it pas (renfermer des rcri/c's si essenlir/frs, (/u'on renverserait tout en /('s niant.
;>. Je n'ai pu, cnuime bif^n l'on pense, indiquer cpie les grandes lii,Mies de la pliil()S()[)liie de Pascal. Mais pour ceux (]ui voudraient voir combien, dans le détail, cette pliilosupliie est riche de vues profondes, et (pTon croirait dliier, je \v.<, renvoie aux excellentes observations de M. I^anson [Uist. lift, franc., p. 4o<l-4.'>S et Grande Encijclo}>cdie, art. cit.\ et aux notes des deux éditions Hrunsclivic^'. A tous les (\\emi)les qu'ont donnés ces deux <Titiques, ou vu peut joindre; un autre qui, je crois, n'est encore venu
à la pensée d<' personne. Je li.s dans les I*ensces [\\. 083,
H. 118 : <^ Talent principal, gui règle tous tes autres. » N'est-ce pas, très nettement fornmlée, la célèbre tbéorie, si chère à Taine, de la faculté maîtresse ? Ln vérité, de tous les grands esjtrits du « grand
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siècle », c'est assuréuient Pascal, s'il venait au monde, qui serait le moins dépaysé parmi nous. Je ne crois pas qu'il y ait un livre qu'un moderne puisse trouver plus de profit à méditer que ce petit volume des Pensées; et (juand on y songe, combien l'œuvre entière, je ne dis pas de Voltaire, mais de Rousseau lui-même, paraît, quant au fonds, légère en comparaison ! On me permettra de renvoyer aussi là-dessus à mon étude sur la Philosophie religieuse de Pascal et la Pensée contemporaine.
On a souvent comparé Pascal et Kant (Cf. en particulier Renouvier. Essais de critique générale^ vol. II). Sans préjuger la question de savoir si les différences entre les deux philosophes ne seraient pas plus grandes que les ressemblances, il est pourtant possible que Pascal soit, à tout prendre, plus près de Kant que de son contemporain Descartes. J'ignore si Kant a lu Pascal (il a dû le connaître au moins à travers Jacobi qui en est nourri) et s'il lui doit quelque chose : M. Boutroux, il y a une quinzaine d'années, dans son cours sur les Origines de la philosophie critique, avait cru devoir consacrer à la Philosophie de Pascal une de ses plus suggestives et plus pénétrantes leçons, et je ne me rappelle pas qu'il se soit posé la question. En tout cas, si Pascal avait autant vécu que Kant et s'il avait pu achever son œuvre, ['Apologie aurait fort bien pu exercer sur la direction de la pensée moderne une action aussi décisive que la Critique de la liaison pure et de la raison pratique.