‹ Pascal, l'homme, l'œuvre, l'influence: Notes d'un cours professé à l'Université de FribourgChapitre 36 sur 61 · DIX-NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIÈME LEÇON

l'influence de pascal

Que, conformément aux principes posés au début, notre étude de l'œuvre de Pascal ne serait pas complète, sinousn'essayionspasd'analysersoninfluence. — Difficulté de la] question. — Du plan à suivre dans notre recherche.

I. Dans Tordre scientifique. — Qu'il nous est difficile d'insister sur ce point, vu notre incompétence, et l'absence d'un très bon livre sur Pascal savant et d'une bonne histoire générale des sciences ^

1. Tous ceux qui s'intéressent à Tliistoire générale des idées savent par expérience de quelle utilité nous serait pourtant « cette grande histoire philosophique des sciences qui n'existe pas encore, qui apparaîtra sans doute la dernière, mais qui, certainement, sera la première de toutes, et viendra, à son tour, occuper, enorgueillir et guider nos descendants ». C'est encore Taine qui s'exprimait ainsi en 1805, à propos du livre de M. Joseph Bertrand sur les Fondateurs de l'astronomie moderne. Et il ajoutait : Aujourd'hui, cette histoire «n'est qu'ébauchée; elle en est au point où en était l'histoire des religions et des littératures il y a cinquante ans. Elle est restée dans les mains d'hommes spéciaux ; on l'a faite isolément ; on n'y a marqué que la filiation qui rattache une

(Juo, Cependant, si Ton met à part les inventions ot les découvertes de Pascal, il semble que son inlUience se soit particulièrement exercée sur deux ou trois points :

1" Eu mathématiques pures, il a jeté les premiers fondements (avec Fermât; de la théorie de la probahililé ; — conséquences lointaines de cette théorie au point de vue de Thistoire des idées (Cf.

drrnuveiie à um» fiutrc <lécouverle; on n'a point rapproché le (It'velitppciii'.'nt scientilique des mitres, rherché comment il se lie aux transronnntions philosophiques, littéraires et sociales, et «'oinuirnt toutes ensemble dépendent de certaines évolutions ^'énénilcs do res[>rit huniain. Ht pourtant un savant n'est pas plus un et ru abstrait qu'un théologien, un [diilosophe, un artiste et un p(»ùle : il rst [jlongé dans son tem[)s...: c'est pour(|uoi, à notre avjs. cette consijkTation «lu milieu moral doit renouveler l'histoire des seienj'es cniiime elle renouvelle aujourd'hui l'histoire des reli- :jion> et do lilteratincs. •> Si j'ai cité cette page peu connue de 'j'aille, ci'-l parce (|iie les (Irsit/cni/fi (ju'elle formule et le proijr.niiiiif )|ii'elle esipii^sr sniil aujoiird'liiii encore «l'une entière et pressante actualih' Mais je serais injuste — et ingrat — si j'oubliais ici (jne ce programme, (juebin'un, dont Taine faisait d'ailleurs le \An^ grand ca-^, a essayé depuis «!«' le remplir, au moins en j>arlie. Je veux parier d'un livre eminement suggestif (le mot «levrait avoir été crée pour lui\ au«pn'l j'ai déjà fait plus d'un emiirunt, et anqn«-l il n'a peut-être man<pié. pour être apprécié à son prix et obtenir plusieurs édili«»ns, «pie d'avoir p(»ur auteur un homme ujoins modesle, un peu plus enten«lu à la « réclame », — et aussi d'être con«;u sjmis une forme moins lâche et [dus systématique, et «l'être écrit d'un style plus ))ersonnel et plus vif : les <\utsiih'r(il ions ."?//;• hi marche f/cx rvrneincnts et des idées dans les tetnjfs niiK/rnics. [),\r (]ituvnu\ :P;iris. Hachette. iST'i, 2 vol.). Pour emprunt<'r à Taine les termes «luut il se servait pour annoncer un autre ouvrage du mémi^ auteur. <.< nous i-ecommandons aux lecteurs «jui veulent penser c<'t ouvrage s«»li(le, élevé et intéressant, toujours instructif et S(Mivenl neuf, fruil d'une érudition spéciale, dune vaste le«iture «'l d'une longue méditation. •> — 11 faut lire aussi sur Cournot un remarqua bb^ article «le M. Liard dans la IWvue des Deux Mondes {h\ l^"" juillet 1877.

l'homme, l'œuvre, l'influence 217

la Logique de Port-Royal, et Cournot, op, cit., p. 278-279);

2° En physique, il a, par ses exemples et par ses conseils, développé le goût et l'emploi delà méthode expérimentale ;

3"* Il a enseigné, d'une manière générale, que la science pure ne devait jamais se désintéresser des applications pratiques; — en la maintenant sur le terrain des faits et du réel, il l'a mise en garde contre les conclusions hâtives et contre les aventures métaphysiques ; — que ces leçons ne seront pas toujours suivies au siècle suivant, mais qu'elles le seront bien davantage par la science du nôtre (Cf. Claude Bernard et Pasteur), ^ et qu'il y a déjà dans Pascal, en matière de science, quelquesunes des meilleures qualités de l'esprit positiviste, — Que cet esprit est si bien « l'esprit scientifique », que, quoique Pascal, avec tout son siècle, ne se soit pas occupé de sciences naturelles, les dispositions qu'il préconisait ont passé chez les plus éminents naturalistes, à commencer par le premier et non le moins grand d'entre eux, Bufl'on.

II. Dans Tordre littéraire. — A. Comme écrivain, quoique les Pensées aient été très lues et très goûtées au xvif siècle, c'est par les Provinciales que Pascal a d'abord le plus agi. — Fond et

forme, on peut dire que le classicisme fran- <;ais au complet date de là : composition, clarté, lucidité, aisance, tour oratoire, il n*est pas un des traits qui caractérisent nos œuvres classiques qui ne se rencontre dans Pascal, et son œuvre est demeurée le « modèle idéal » qui a dominé toute la littérature du siècle de Louis XIV : témoignages divers à cet égard iCf. Sainte-Beuve et Maynard).

— Que la rhétorique de Pascal a été adoptée par tous nos classiqu<»s, et que, s'ils ont aimé et recherché dans l'art, on sait avec quel succès, le parfait naturel et Tobjectivilé la plus complète, ils en trouvaient dans Pascal à la fois la théorie et Texemple.

— Un mot de M. Lanson sur les Provinciales : « Ce (lu'il y a de plus admirable dans Tœuvre, c'en est la siin[)licit(', Vohjrrhriié : toute la personne de l'cuileur s'elVace de lieuvre en la construisant; elle est loule ramassée dans l'expression, absente volonlairenienl de la matière »• Lit/, franc., p. 451); — el (ju'on pourrait en dire autant de toutes les grandes (puvres ([ui ont suivi : u Les |)ièces de Racine et de Molière exceptées, le je est presijue aussi banni de la scène française ^/ue (1rs rrri/s dp PorhHof/aL et l(^s passions humaines aussi rnndrstrs que ihumilitv rhrrficiuu\ n'y parlent jamais que par on »

Kousscau, Nouv. Uéloisr, ii. 17 . — L'écrivain qui devait rétablir le y> dans la littérature a très bien

senti la filiation que nous essayons de marquer ici ; et cette impersonnalité de Fœuvre de Pascal est d'autant plus curieuse qu'il y avait en lui, nous Tavons vu, l'étoffe et le tempérament d'un vrai poète lyrique. L'évolution qui se préparait depuis Malherbe dans notre histoire littéraire, et la conversion du lyrisme en éloquence^ Pascal l'a opérée pour son propre compte, peut-être par humilité chrétienne (« Le moi est haïssable ^ »), et il l'a, par son exemple, imposée à toute la littérature ultérieure, — jusqu'à Rousseau, qui a fait Tinversc et transmué l'éloquence en lyrisme, par besoin d'individualisme moral.

B. Au xvui® siècle, Pascal, comme tous nos clas-

1. C'était là une idée très familière à Pascal, au témoignage de ses amis de Port-Royal (Cf. la note de l'éd. Havet sur cette pensée^ t. I, p. 90-91). D'après Bayle, « c'est de Pascal que les jansénistes ont appris à se désigner par on ». Et ainsi, c'est bien à l'influence de Pascal qu'il convient de rapporter cette habitude de « couvrir », d' « ôter » et d'effacer le moi qui caractérise toute notre littérature classique. Messieurs de Port-Royal ont d'ailleurs été en cela des disciples trop fidèles et conséquents jusqu'à la puérilité de Pascal. Dans la Grammaire générale et raisonnée de Port- Royal (1660, p. 59), il est dit en propres termes que le pronom de la première personne a été inventé par suite du désir qu'on avait de ne pas se nommer soi-même, ce qui eïtt eu mauvaise grâce. (Cf. Rrunot dans VHisf. de la langue, t. V, p. 725). C'est sans doute pousser un peu loin « l'humilité chrétienne ». Et les jansénistes ont mérité que Bossuet parlât d'eux en ces termes {Sur le style et la lecture des écrivains et des Pères de V Eglise pour former un orateur) : «, Les Livres et les Préfaces de MM. do Porl- Royal sont bons à lire, parce qu'il y a de la gravité et de la grandeur. Muis comme leur style a peu de variété, il suffit d'en avoir vu quelques pièces. »

siques, a été I*une dos sources auxquelles les générations survenantes sont venues puiser, et il est bien difficile de démêler et de reconnaître, parmi cet entrecroisement d'influences, son action particulière sur révolution littéraire ; — mais que Vauvenargues, par exemple, la beaucoup étudié (Cf. dans les Œuvres de Vauvenargues, le fragment intitulé : Imitation de Pascal)^ peut-être même Rousseau, et enfin sûrement Rivarol, dont on a pu dire qu* « il associe Pascal à toutes les heures sérieuses do son existence» (A. Le Breton, Hivarol^ Paris, Hachette, 1805, 8% p. 109-HO). — Il semble qu'alors on lise à peu près également les Provinciales et les Pensées,

C. Au \ix* siècle, la répiitalion de Pascal ot, sans doute, sou iuiluence |)lus ou uioius obscure, n'a fait (jue croître : mais, à l'Iuverse du xvu" siècle, les Pensées y ont plus de part que les Provlncid/es, étaut, d'ailleurs, plus faciles à tirer au romantisme, mèuie sous leur forme traditionnelle (voir dans les Discours et inélanijes de Villeuiain son étude sur Pasrdl cn/tsif/rré conitnc rrrlvtiin vt comme morriliste. qui date dt^ 1S23 ; — Cf. (i. Laroumet, les Origines françaises f/u roma/itis/ne dans Etudes de lit tr rature ot d\irt. p. 226-229: — et E. Deschanel, le Ihnnantisnn' des classiques, t. 1: — (ju'il n'est

L HOMME, LŒUVRK, L INFLUENCE 221

guère douteux que si, au lieu d'être « découvert» en 1842, le vrai texte des Pensées l'avait été en 1824, en même temps que celui des Mémoires de Saint- Simon, Pascal aurait joué un rôle plus décisif encore dans la constitution du romantisme", et que, du reste, l'écho de ces préoccupations se retrouve dans les travaux dont il a été Tobjet de 1842 à 1850 (Cf. Cousin, Sainte-Beuve, Faugère et Vinet). — Que, de nos jours, tout en admirant autant les Pensées^ il semble que nous nous fassions de Pascal une idée plus objective, plus exacte et plus classique. Pour sortir des généralités, Pascal a été, avec Bossuet, l'un des grands maîtres de style de Chateaubriand; — Lamennais aussi, à ce point de vue, paraît bien lui avoir dû quelque chose; — et parmi nos contemporains, je ne serais pas étonné que Taine (voir plus haut), M. Bourget, M. de Vogué^ et M. Brunetière surtout l'eussent beaucoup étudié.

1. Au même titre que Ronsard, Saint-Simon lui-même et Shakspeare.

2. « J'ai beaucoup lu Pascal », nous dit M. Bourget {op. cit., p. 16.) — Et M. de Vogùé a écrit quelque part : « Ce qui peint le mieux, ce qui reste, c'est l'image brève, totale en un seul trait, ramassée dans un vers de Virgile, dans une phrase de Bossuet ou de Chateaubriand. » (Regards historiques et littéraires, p. 90). Ces termes s'appliquent si bien à Pascal qu'on serait presque tenté de regretter l'absence de son nom dans un jugement qui, manifestement, traduit non seuleuient des préférences, mais des affinités littéraires. Mais, à divers autres signes, il me semble reconnaître que Pascal a du être l'un des maîtres à écrire de M. de Vogiié ; et c'est ici le cas de rappeler que l'auteur du Roman russe est presque un compatriote de l'auteur des Pensées. Cf. d'ailleurs iJomaT? russe,

11 aurait ainsi passé un pou de Pascal dans tous les grands styles do notre langue et l'on peut affirmer qu'il est, avor Rousseau et Chateaubriand, notre plus gran<le influence littéraire.

111. Dans rhistoire générale dee idées. — A. Des côtés fâcheux de Tinfluence de Pascal, et qu'il n'a pas échappé à la loi qui veut que toute œuvre humaine soit caduque par quelque endroit et que les plus fçrands esprits, un Descartes, un Bossuet, un Rousseau, un Taine, agissent parfois contre leurs idées les plus chères :

1° On a déjà montré (voir la AT Leçon) quels ont été I(^s résultats regrettables de la polémique des Prorinriales^ (»t (juo toute la polémique antichréticMinc des temps luodernos a dans cet ouvrage it)ie partir de ses origines (Cf. Cournot, op. ciL^ t. 1, p. ;^():)-o61). — Des successeurs inattendus qu'a eus Pascal, et combiim il eût été déçu, scandalisé et désolé s'il avait pu prévoir que les Voltaire, les

p. xwiii, — el p. i.v, une belle p:i^<' (V(»ù j'extrais ces lignes : « Pauvre; langiK! (IraïK^'uso !... Pour la faire plus résistante et plus supcrho, coiiune ils jetaient dans la cuve leurs rii'es, leurs colères, leurs amours, leurs désespoirs, toute leur âme, ces rudes ouvriers, ilabolais. Pascal, Saint-Simon, Mirabeau, Chateaubriand, Micliclet!... » Cette fois, le nom de Pascal ne manque pas à l'énuniération. — OL aussi du 'même écrivain le Rappel des ombres (p. Gii-C)'), et surtout dans le volume intitulé Suus Vhorizon (Paris, Colin, I004}, Tétude A rticule de l'ascaL écrite à propos du livre de M. Uoutroux.

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Gibbon, les Béranger, les Courier et les Stendhal allaient ressaisir ses propres armes.

S'* Par Tintransigeance de sa morale et de sa théologie (quoiqu'il dût adoucir cette dernière dans les Pensées), il est bien certain :

a) Qu'il a écarté du christianisme un certain nombre d'âmes un peu faibles sans doute, mais qu'on aurait tort de s'aliéner, si les saint François de Sales, les Fénelon et les Chateaubriand peuvent avoir une sérieuse action sur elles (Pascal en a bien froissé au sein même du jansénisme ! Cf. Nicole). — Si les jésuites « portaient des coussins sous les coudes des pécheurs », lui, Pascal, a « trop accru le poids de TEvangile» et «captivé les consciences sous des rigueurs très injustes» (Bossuet, 0;*. fini, de Nicolas Co?met) ;

b) Qu'il a fourni des arguments et des prétextes aux « libertins » en leur présentant une morale qu'ils jugeaient (c impraticable », et une religion qu'il déclarait lui-môme « absurde » ; — en les provoquant, il les a « renfoncés » dans leur incrédulité ; — en les défiant, il a sollicité leurs attaques, et peut-être Voltaire n'aurait-il pas été tout ce qu'il a été, s'il n'avait pas trouvé en face de lui Pascal : qu'en tout cas, Pascal mérite une part des reproches qu'à ce sujet on a souvent et justement adressés

aux junsriiislrs* : témoignage de saint Vincent de Paul ol do M'"*^ de Choisy (Cf. Sainte-Beuve, t. II, p. lui; V, p. 72).

1. M. F. Strowski pose ici une question bien intéressante, et (]u'on serait heureux de lui voir reprendre et développer avec tous le<« développements qu'elle comporte. D'après lui, Pascal et Port-Hoyal auraient ou une très grande inlluence, et une influence d'ailleurs assez fâcheuse, sur la philosophie morale issue de la renaissance stoïcienne de la première moitié du xvii* siècle. o Deux attitudes, écrit-il à ce propos, deux attitudes étaient alors possibles aux catholiques, je parle dans Tordre réel et dans la vie, non dans le dogme : Tune consistait à accepter cette philosophie morale, comme une préparation extérieure à la sainteté, ainsi qu'avait fait Pierre Charron ; et le catholicisme aurait alors repris à son compte ce stoïcisme, comme il avait repris au iv et au V" siècle le néo-platonisme, au xiii* l'aristotélisme. L'autre consistait à dédnigner et à proscrire tout cet elTort laïque. De ces deux attitudes, Pascal aurait accepté la première, si Ton en juge par son entretien avec M. de Saci. Mais Port-Royal lui imposa la seconde. El Port- Royal l'imposa à tout le monde. L'abbé d'Aubif^Miac préparait depuis cjuinze (»u vingt ans un roman allégorique : Mdcdrist^ ou la Heine des îles fortunées. Macarise^ c'est « la philosophie in(»rale des stni(jues », et Macarise dirifje l'éducation d'un prince ol forme sou esprit; et la possession de Macarise est le but (le s.'i vit^ (»r. pendant liuipression de son livre, en lOHi, l'abbé dAubi^niae es! Inrct; par s«^s aniis d'y ajouter un dernier épisode ([ni est une; véritable palinodie. La religion (Dioclée), chasse la piiilosopliie morale des sloïiiues (Macarise) du cuHir et même du souvenir de celui (jue Macarise a formé. « Je suis jalouse, impérieuse et vindicative, dit Dinelée : soyez donc fort circonspect, fort soumis, et fort respectueux. N(î croyez pas que je veuille partaf^er un cœur avec perstuine et soulVrir cjue Ton m'aime avec une antre... Je veux que l'on ni'otlre et (pie l'on me donne tout. » — <^ N'est-ce pas significatif? En vin«j:t ans, entre 1645 et 16(iij, une telle aggravation s'est j»r(Kluite dans les exigences de l'exclusivisme religieux, (jue la j)liil(»sopliie morale laïque, (|ue les vertus simplement humaines, sont, jetées par-dessus hord, comme une mauvaise marchandise, ('/est un fait ca[Mtal; h; catholicisme a raréfié luimême l'atmosphère intellectuelle! et morale où il devait vivre. Pendant deux cents ans, il n'.i pas laissé — en France du moins — un souille d air nouveau i)arvenir jusipi'à lui. Où est la cause de son appauvrissement au xviir siècle et jusrju'au xix% sinon la? — La respons;il)ilité d'un tel état de choses remonte directement

l'homme, l'œuvre, LIXFLCENCE 225

B. Des côtés vraiment heureux de l'influence de Pascal :

1" En plein xvii* siècle, il a vu venir la grande crise qu'allait bientôt traverser le christianisme [Cf. une lettre de Leibniz à Amauld sur ce sujet(1671), citée par Cournot, op. cit.^ p. 359-360*], et il a indiqué le remède : restituer à la religion tout son mystère et à la morale toute son austérité ; mettre la raison, l'art et le génie au service de cette cause; reconquérir à l'Eglise, par des moyens surtout laïques, l'opinion laïque qui commençait à s'en détacher. — Que Pascal a d'abord réussi : et si la littérature et la pensée de la seconde moitié du xvii° siècle ont été chrétiennes d'inspiration, il est l'un de ceux qui y ont le plus contribué; — influence de Pascal sur Bossuet et Bourdaloue, Racine, Boileau et La Bruyère : tous ont cru, avec lui (je ne dis

à Saint-Cyran, à Jansénius, à Port-Uoyal, et en particulier à l'énigmatique Nicole. Mais Pascal n'est-il pour rien dans cette péripétie?... » {Minei*va du 15 mars 1903, p. 318). — Bossuet, demanderai-je à mon tour, n'aurait-il pas en cette affaire une plus large part de responsabilité que Pascal ?

1. Voici l,es passages les plus remarquables de cette lettre presque prophétique : « La plus profonde science religieuse est aujourd'hui nécessaire. Pourquoi ? parce qu'wn siècle philosophique commence où, par le cours naturel et légitime des choses, un plus grand souci du vrai va se répandre, en dehors des écoles, dans l'esprit des hommes de tous les états. Si nous ne pouvons satisfaire à ce besoin de science, il faut renoncer à la propagation véritable de la religion. Bientôt beaucoup d'hommes ne seront plus chrétiens qu'en apparence ; de mauvais esprits énergiques travailleront à la 7*uine de la foi ^ et V athéisme et le naturalisme seront les dernières des hérésies, »

pas grâce à lui, encore qu*il n*y ait peut-être pas nui), à la perversité foncière de « Thomme naturel », et à la nécessité du christianisme et de la grâce, et leurs œuvres à tous ont développé, on du moins suggéré cette idée (Cf. là-dessus les réflexions de Cliateaubriand dans le Génie du Christianisme^ et R. Doumic, Fldée chrétienne dans Fceucre phUosophique et littéraire du xvn* siècle dans la France chrétienne^ Didot, 1806) ; — un mot de y. Brunetière : «c Si de Tensemble de l'œuvre de Fauteur de Phèdrcy on essaye de dégager une conception de la vie, il n'y en a guère qui ressemble davantage à celle des Pensées de Pascal » {Et. erit.^ t. IV, p. 159; et Cf. J. Lemaltre, Racine et Port-Royal^ dans Quatre Discours (Paris, 1902). — Recul temporaire de ridée rationaliste;

2° Que la fortune des idées n*a qu'un temps, et que, dès Tépoque classique, Molière et La Fontaine ont combattu Pascal en insinuant dans les esprits ridée de la bonté de la nature. — Renaissance du cartésianisme vers la fin du xvu" siècle, et conséquences antichrétiennes qui commencent à 8*en dégager : Malebranche et surtout Spinoza. — L'article Pascal du Dictionnaire historique et critique (1696) : incertitude ironique de la pensée de Bayle sur Pascal, qu'il appelle « un individu paradoxe de l'espèce humaine ». — Les Réflexions sur l argument

L HOMME, I. ŒCvnK, I, INFLUENCE 227

i M, Pascal et de M. Locke concernant la possibilité tfnne autre vie à venir, par M. de Fontenelle (opuscule attribua & Fontenelle [v. ses Œuvres, éA. de 181S, t. Il, p. 617'1. et recueilli par Gondorcet dans son éd. des Pensées. — C'est h Pascal, avant Bossuet, qu'on commence à s'en prendre.

Voltaire : ia& Remarques sur les Pensées de M. Pascal (1728), h la suite des Lettres anglaises, dont elles formaient la 25* et dernière {1734); — il y revient en 1738, h propos d'une publication de Pensées Tiottvel/es {Ci. dans ses Œuvres [Bouchot, l. XXXVIl, p. 81-86] le fragment intituli? dans quelques éditions : Addition aux liemar/j^ies, etc. (publié pour lai" fois avec huit /(««ar^Mes nouvelles, on 17421, 6t toute la Correspondance); — enfin, en 1778, â lavfiille de mourir, il écritles Dernières Hemarques sur les Pensées de Pascal, etcefutle dernier ouvrage qu'il publia-; — qu'il est bien signi-

ii mâle et si plein

1. Voltaire {^d. Beuchot, I, IV, p. 341) fait à p -erlulion la ciedaralio ioit l'aulour il'un ouvTa(;e s de lui. Voltaire 1

a. Les DfmWres RemnrgKea ne forment pas unouvrageâprirt, Condorcel avait fait paraître en me, en un volume in-S", son édition des Pensi'fs: Il y avait joint son Eloge de Pascal, tes Héflexioni de Fontenelle dont il n été parla pins liant, et uu bas des pages, des mites de sa façon et ri'nutres choisies parmi lei^ Reinorquet qve Voltnire avait publiées jusqu'alors. Voltaire réimprima en lin i:elle édition. ~ V Anli-Faseai,iiomaie il l'appelait — sous ce titre : Klogeel Pena^ios de l'asaal. itountlle iditioti commentée, corrigée. el augmentée, par M. de ***, Paris (Suisse), 1778, 8- (le volume eut uni) autre éditioD la mïme année, en 2 vol, pet. )d-18, sous ce titre:

ficatif de voir la carrière philosophique de Voltaire encadrée entre ces deux séries de RemarqueSj et que le grand adversaire du christianisme ait considéré Pascal comme un ennemi personnel : opposition de la conception pascalienne et de la conception voltairienne de la vie ; — que celle-ci ne se recommande ni par la profondeur, ni par la générosité, ni par l'élévation, mais qu'elle est dans son genre parfaitement cohérente : Voltaire n'a, d'ailleurs, pas plus compris Pascal que Corneille, et les Remarques sont le pendant du fameux Commentaire. — La queue de l'école voltairienne et Pascal: V Éloge et l'édition «apocryphe» de Condorcet : admiration intéressée, et peut-être excessive, de Voltaire pour le « génie » de Condorcet (Cf.

les Dernières remarques). — Que Voltaire et les voltairiens ont failli ruiner la réputation de Pascal*, et que leur état d'esprit à l'égard de l'autour des Pensées est encore à peu près celui

Venséea de Pascal avec les notes de M. de Voltaire, Genève, 1778). Il y joignit un Avertissement et une foule de notes nouveUes, qui portaient non seulement sur les Pensées^ mais sur le texte de Fontenelle, et sur YEloqe et les notes mêmes de Condorcet, et qui ont été pour la première fois en ltS34, à l'occasion du « centenaire de la condamnation des Lettres philosophiques » recueillies à part dans son édition des œuvres de Voltaire(t. IV, p. 342-403) par Beuchot sous le titre : Dernières Remarques sur les Pensées de M. Pascal, et sur quelques autres objets.

1. L'abbé Guthlin a déjà cité dans l'introduction de son édition des Pensées cet étrange jugement de Goethe: « Le rigide et malade Pascal a nui à la moralité et à la religion beaucoup plus que Voltaire, Hume, La Mettrie, Helvétius, Rousseau. » Les Goethe ne

Jd'André Cliénior (Cr. E. Faguet, André C/nhiier, .. 38-iO,.

Que môme alors, quelques voix plus ou moins timides proleHtenl contre ce jugement ; Vauvenargues : influence de Pascal sur lui. et que celte influence est d'autant plus curieuse â noter que Vauveaarguesest dans un courant d'idées optimistes tout npposf^cs a celles de Piiscal. — Rousseau : que

sont pas plus fails que les Voltaire pour rompreniJre Pascal. —On a conteslé cette opinion : « Peut-ûlre Gœthe, a-t-on ilil, Étail-U fapablede compronilra Pascal, et nousujouteron» nièma, au risque il'iitonner M. Girauil, de l'admirer, n A uetle simple afllrnialion sans preuve Ju « gœtheeii" anonyme de ïaRevue de mètafilit/sique et lie morale, opposone ce témoiRtiuge d'un Irè? înlioie ami Ue (iŒtlie, Jean FolJi : a Tous les persimnngea en qui éclate la manifeâtation de t'inlini, tous ceux qu'une grande idée transporte audessus des limite» de notre être, le héros, le législuleur, le poète inspiré, enlhausiasmaient Hcrder et laissaient Uii'lhe indiOËrenl. La sublimité le touehait si peu que des caractères coiiinie Luther et Corioliin lui caugaient un certain malaise; il nantail une con- Iradiclion secrète entre leur nature el la sienne. > Sainte-Beuve a i-crit desoncdtéltwiiiiù, 1. 11,1" éd., p. 323; éd. actuelles p. 343): <■ Giplhe comprenait tout dans l'univers, tout, siceplé deux choses peut-f>tre : le i^hrétlen et le héros. Il y a eu là cliez lui an faillie qui tenait un peu au cœur. Léonidas et Pascal, surtout le dernier, il n'est pas bien silr qu'il ne les ait pas considérés comme deux lînopmitâs el deux montlruoailés dons l'ordre de la nature, n (Cl. aussi Part-Royal, t. 111. pp. SûS.iSl). — Si je rapporte ici ce jugement de Sainte-Beuve, c'eut parce qu'en pareille tnaliéro, il serait diffloile de trouver un juge moins suspect; et c'est ensuite parce que, ati moQienl où il écrivait ces lignes, il ignorait ce que pensait Jean Falk de son illustre ami ; cette rencontre involontaire est, ce me semble, tout â l'honneur de la pénétration psychologique de l'auteur des Lundis, — l' « étonnerai n maintenant peut-i'lre iiioD savant contradicteur en lui disant que, dans sou ndiiiiratii>n 9!jns réserve pour Ic.poète de Fausl, il retarded'an moins trente à quarante ans sur son temps : il a mal lu Gn>the, il n'a pus lu ,^L Edouard llod ; Il en est resté i ce que lui ont dit sur le compte • lu grand « Ol.ympiijn a las Soherer, les Renan et les Tnine.

Pascal est peut-être celui de nos classiques auquel il doit le plus : — il l'a lu aux Charmettes (Cf. le Verger des Charmettes) ; — la première plurase du Discours sur Cinigalité est une pensée de Pascal, et la thèse du Discours est cette même pensée prise trop au pied de la lettre et présentée sans ses correctifs; — que si le Vicaire savoyard n'aurait, sans doute, pas eu l'approbation de Pascal, celui-ci pourtant s'y serait mieux reconnu que dans ia Bible enfin expliquée par les aumôniers du roi de Pologne^ et que les fondements de la philosophie religieuse de Rousseau sont sensiblement les mêmes que ceux de la philosophie de Pascal : ce n'est qu'ensuite que commencent les divergences. — Influence de Pascal sur Jacobi (Cf. Lévy-Bruhl, la Philosophie de Jacobi^ Alcan, 1894).

3° De rinfluence de Pascal sur le mouvement catholique du commencement du xix* siècle. Ballanche et le livre du Sentiment (1801, passim^ et Cf. les notes). — Chateaubriand et le Génie du Christianisme : réhabilitation de Pascal et réaction en sa faveur; — rapports entre l'apologétique de Chateaubriand et celle de Pascal : celle de Chateaubriand est une apologétique de poète, non de savant, comme celle de Pascal; mais, comme celle de Pascal, c'est une apologétique « sentimentale » et une apologétique « laïque », et « les raisons gêné-

L HOMME, LlEDVRK, L INFLLESl

raies de croire sont exactement les mêmes pour Chateaubriand que pour Pascal » (Brunelièrc, art. cit. sur Cliateauhriand, p. 972) ; — queChateiuibriand ne s'est pas d'ailleurs, contenté, selon le mot de Pascal, « de rendre la religion aimable », mais, qu'à la suite de Pascal, il a montré que le sentimenl religieux est irréductible à l'analyse, au même litre que le sentiment de l'art et le sentiment de l'amour (Cf. le Discours sur les passions de tamour) : on popularisant cette idée, qui fait le fond de la religiosité romanlique et renanienne, il a ruiné dans ses fondements mêmes le vollairianisme et le plat idéal philosophique du xvui' siècle, — et ainsi, par l'inlermédiaire de Chateaubriand, quelques-unes des plus profondes idées de Pascal sont devenues la substance même de la pensée française au xix" siËcle. — Influence plus ou moins directe exercée par Pascal sur Bonald, Lamennais, Lcicordaire et Joseph de Maiatre lui-même, et rapports que présentent SCS idées avec celles de ces divers écrivains. — Pascal et Maine de Biran : que les Pensives ont été pour quelque chose dans la curieuse évolution philosophique et morale de Maine de Uiran (Cf. les réflexions sur les Pensées qu'on trouve dans les fragments du Journal intime publiés par Ernest Naville [Maitie de Biran, sa vie et ses penséea, '3' éd. Didier, 1877J, et dans tes Pf«sees et payes inédites

kiriih.

de Maine de Biran^ publiées par M. Majjonade [Périgueux, 1897], les Notes sur les Pensées de Pascal et sur les Remarques de Condoreet et de Voltaire).

Cousin et les éclectiques, disciples inToiontaires mais authentiques des philosophes du xvm* siècle : le déisme, la « religion naturelle », rationalisme inconséquent : ils ont cru « découvrir » Pascal, Tout admiré comme écrivain, mais ont essayé d'ébranler son autorité comme penseur, en faisant de lui un « sceptique » ; — singuliers jugements de Cousin sur Pascal. — Peu d'influence directe exercée par Pascal durant la période qui s'étend de 1850 à 1870 : la (( religion de la science » a fait tort & la religion sans épithète, et Spinoza ou Hegel à Pascal : Cf. Renan et môme Taine. — Irritation admiratîve que paraît avoir inspirée Pascal à certains esprits : Scherer : son Journal d\in Egotiste (Cf. 0. Gréard, Edmond Scherer^ p. 51-54), ses articles de la Nouvelle Revue de théologie (juillet, août et octobre 1858), son étude sur la Religion de Pascal [1887) ; — Havet : sa « réfutation » des Pensées (Cf. Vlntroduction et les notes de son édition) ; — Prévost-Paradol et son article des Moralistes français sur Pascal.

Pascal et le protestantisme ; les pénétrantes études de Vinet et Téd. Astié (Cf. Sainte-Beuve, t. III, appendice) : « Il est curieux d'y voirleprotes-

]. HOMME, I. (KGVBE, I. IXFLUKSCË tantisme tirant k lui tes Pensée>' et y faisant son •"butin avvc un zèle in|^énicux, mais obstinii pI chagrin '1 (Havet), — Pascal et Newmun (Cf. surtout VApoloijia, pas.sim)K

Quoiqu'il soit difficile et délicat de rechercher l'influence dePiiacal sur nos contemporains, on peut dire au moins que de. nos jours Pascal n'aurait pas inspiré tant de profondes et sympathiques (5tudes- (voirsurtoutcelles de MM. SuUy-Prudhommii, Routrous et Hruneticre), si sa pensijc ne nous était pas redevenue très présente et très actuelle^ : il y a beîiucoup de Pascal dans ce qu'on a appelé le « néochristianisme " contemporain '.

1. Les Pensées île Pascal sunt une des lectures que Newman, I «au seiiil de la. conversion a, conseillait à une inconnue qu'il I dirigeait, et qu'on apuingênieusenienlcDUiparerftM"* deRoauncî IfCf. Lucie Félix Paure, Newmatt, sa vie el sea œavres, p. 80-81, IParis, Pctrin, ISnu). Le nom de T'ascal reTieut souvent dans co BMvre: et en etTct, il n'en eit pas qui puisse plus naturel le niRnt «c Tt^pcocher de celui de Newiuau. — L'Apiilof/lu a Hé traduite en JrfraoEeJB sous le titre il'IIhloire de mes opinions relij/ieusci (Paris, flDouniol, %• é<li(„ 1868].

' PaBCol, en particulier, observait déjà (îandar en 18B2, [femble avoir eu depuis quarante ans, le privilège d'inspirer à la UCrttique conteuipuralue ses plus belles pages. » {Letlres et «oKVe- Mfirs d'enseignemertl, t. Il, p. 78.)

3. Voir à ce sujet l'espùce de méditation, d'un charnic obscur et llrange que il. k. Haaiès h. publié dans la Revue des l'euj' Muniles In t" Juillet 1300 sous le titre de Vhi/e û P>i>c,it. ^ 1. Je trouve de cela une confirmation sio^iilfi^re dans quelques w oxIrCuiement suggestives que j'emprunte a un li'&s intérosentretien a M. Paul Desjardjns sur Ce qui '-este de Part-Royal isie BviUl'm de l'union pour l'action morale Au 1" anflt l'JOS i. 877-878} : » Pascal uvcc la ILéorie extravagante des u figures i M TAncieu Testament, avec sa conviction retranchée, comme dnns 16 Citadelle inexpugmible, dans le [lauvre petit miracle Itluioire

On voit quelles traces profondes Pascal a laissées dans rhistoire des idées et des lettres : non seulement il a modifié profondément son « milieu »; mais il a, longtemps encore après lui, modifié des esprits et des âmes. S'il n'avait pas vécu, Thistoire intellectuelle et morale aurait assurément suivi un autre course Sa réputation et son influence ont subi les vicissitudes de ridée chrétienne elle-même^ ; et

de la Sainta-Bpiae, aTec sa chambre noo balayée, sa œinture à clous de fer et ses visions de feu, Pascal, qui aurait eu horreur de notre volonté arrêtée de voir clair sur tous les sujets (on peut croire que Pascal aimait et savait voir aussi clair que M. Paul Dei^iurdins lui-même), qui eût bafoué et exorcisé notrâ rationalisme de son rire de mépris, Pascal notre ennemi, est pour nous d'une autre nourriture que notre ami Voltaire, avec sa sécrétion ininterrompue d'idées raisonnables, libérales, banales, et qu'il faut bien que nous approuvions. 11 se peut que Tun se trompe et que Tautre ait raison ; mais la belle, lliumaine, la profonde et la profitable façon de se tromper que celle de Pascal ! Je ne crois pas, en effet qu'il ait tenu la vérité, mais comme il sait et enseigne bien ce que c'est que l'aimer 1 j>

1. « La philosophie de Pascal, a écrit Cournot (Considérations, etc., t. I, p. 405) n'est pas de celles qui aident au progrès de l'esprit humain par Téclaircisse ment et la précision des idées; son but est au contraire de signaler après tant d'autres, plus énergiquement que nul autre, les éternelles contradictions et les angoises incurables... Aussi faut-il reconnaître que son œuvre philosophique, qu'on n'a jamais cessé d'admirer, et qu'on admire d'autant plus qu'elle reparaît mieux à son état primitif, abrupt et fragmentaire n'a jamais exercé une influence réelle sur le mouvement progressif des esprits. » J'ai dit plus haut assez de bien de Goumot pour m'ètre un peu acquis le droit de in'inscrire en faux contre ce jugement; et je souhaite que les raisons que je crois avoir de le contredire ressortent suffisamment des pages qni précèdent. — Voir aussi sur cette question de l'influence de Pascal et de sa place dans l'histoire des idées l'article déjà cité de M. Henri Berr (p. 175-178).

2. M. A. Sabatier a pu écrire sans paradoxe : « Une histoire des destinées des Pensées de Pascal serait l'histoire à peu près

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un chrétien comme Pascal n'aurait, certes, pas ambitionné un plus grand honneur.

complète de la philosophie religieuse en France dans le» trois derniers siècles. » (Article sur le Pascal de M. Boutroux, Journal de Genève du 22 juillet 1900).

Voir sur les destinées historiques des Pensées de Pascal une très intéressante et substantielle note dans J. Roger Gharbonnel, Essai sur Vapologétique ïilte'raire. Paris, Picard, 1903, p. IX-XVII.

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