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années de sa vîe, qui fiit courte ». Et enfin, comme si ce « malade », ce génie auquel on ne peut reftaiser le sublime, mais « le sublime des petites maisons » n'était jamais trop réfuté — et ii^jurié, — ou plutôt, comme si sa haute raison triomphait toujours des réfutations et des ii^jures, en 1778, à la veille de mourir, c'est encore à Pascal que s'attaque Voltaire, et le dernier ouvrage qu'il publie, ce sont ses Dernières remarques stir les Peiuées de Pascal. ITest-il pas bien significatif de voir toute la carrière philosophique du grand adversaire du christianisme exactement encadrée entre deux Il réfutations » des Pensées de Pascal?
Mais, on l'a sans doute observé, danis tous les textes que nous venons de citer, — et pareillement, dans les diverses Remarques de Voltaire sur les Pensées^ — s'il est bien question de « i'abtme », il n'est nulle part fait allusion à l'accident du pont de Neuilly. Voltaire à l'air de l'i^^norer : aurait-il donc été homme à n'en pas tirer parti pour accabler ce a fanatique » de Pascal ? Et, par hasard, n'aurait-il lu ni le Recueil d'Utrecht, ni les histoires de Besoigne et de Glémencet qui, en ce qui concerne Taccident, reproduisent la version du Recueil? Celui qui parait lui avoir révélé Tanecdote, c'est Gondorcet, qui, en 1770, pour composer son fameux Elotjc de Pascal, avait dû vraisemblablement se reporter aux sources Jansénistes. Car Condorcet semble bien être le premier (jui ait très nettement associé les deux légendes. Après avoir raconté l'aventure -de Neuilly, il ajoute, parlant de Pascal : « Son imagination, qui conservait fortement les impressions qu'elle avait une fois reçues, fut troublée le reste de sa vie par des terreurs involontaires. On dit que souvent il croyait voir un précipice ouvert à côté de lui. » Voltaire, en lisant ces paroles dans le livre qu'il appelait V Anti-Pascal, ou encore un « préservatif contre le fanatisme », dut, j'imagine, ne pas se sentir de joie; et il date sans doute de cette époque, son mot célèbre à Condorcet : « Qu'on ne se lasse pas de répéter que, depuis l'accident de Neuilly, le cerveau de Pascal était dérangée » Et lui-même prêcha
1. Je n-ai pu retrouver dans la Correspondance de Voltaire la
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d*exemple : je renonce à compter combien do fois, dans les Dernières remarques^ reviennent los mots do « foiii» >», do « maladie », et autres aménités du mémo genre.
Et en efTet, on no se lassa pas de répéter la double légende. Bossut la consacra en 1779 de son autorité d'éditeur dos Œuvres complètes de Pascal. Il lit même plus, Timprudont et naïf abbé. Pris d'un soudain et maladroit désir de précision, que rien ne paraît avoir justilié, il ne craignit pas de surenchérir sur Condorcet et Voltaire : il ne se contenta pas do raconter tout simplement l'accident de Xeuilly : il le data, ce que jusqu'alors personne encore n'avait osé faire, du mois d'octobre 1654; il tenta de reconstituer la scène; il imagina — sans en rien dire — de nouveaux détails; et il écrivit avec tranquillité : « On se représente sans peine la commotion que dut recevoir la machine frêle et languissante de Pascal. Il eut beaucoup de peine à revenir (Vun lonfj évanouissement; son cerveau fut tellement ébranlé que, dans la suite, au milieu de ses insomnies et de ses exténuations, il croyait voir de temps en temps, à côté de son lit, un précipice prêt à l'engloutir. » Ne croiriez-vous pas entendre un témoin oculaire ? En vérité, voilà qui doit nous rendre
date exacte de la lettre. Serait-elle apocrv-phe? De même, M. Délègue, dans une très intéressante Elude aur la dernière conversion de Pascal, qui fait partie des Mémoires lus n la Sorboîine en 18G8, et à laquelle j'ai fait plus d'un emprunt, déclare que Taccident du pont de Neuilly « est raconté dans tous ses détails et avec toutes ses conséquences » dans un article de Y Encyclopédie que « depuis on n'a guère fait que reproduire » : or, je n'ai pu retrouver, et en cherchant aux mots les plus divers, dans les gros in-folio de V Encyclopédie, l'article auquel il fait allusion. — M. Délègue, —qui, ayant lu la présente étude, se proposait de revenir à son tour sur Paxcal et r Accident du Pont de yeuillf/, mais qui est mort avant d'avoir pu réaliser son projet, — M. Délègue a fort aimablement éclairé ma religion sur ce «lernier point. 11 s'agit ici de l'article Pascal qui se trouve non pas dans les éditions courantes de VEnci/clo pe'die, mais dans VEm-t/clopédie méthodique, et dont je parle peu plus haut (voir p. 133.. Le passa<:e en question est tout simplement extrait de VEloge de Pascal par Condorcet. que Naigeon a réimprimé en tête de son article.