‹ Pascal, l'homme, l'œuvre, l'influence; notes d'un coursChapitre 19 sur 52 · LEUR ORIGINE ET LEUR HISTOIRE · texte numérisé non relu

LEUR ORIGINE ET LEUR HISTOIRE

On a tant écrit sur, pour ot contre les Provinciales qu'il est bien difficile de dire du nouveau sur ce sujet, et que notre unique ou du moins principale ambition doit être de résumer les débats avec clarté, exactitude et impartialité. — Du plan à suivre dans notre étude.

I. Occasion et origine des « Provinciales ». — A. Occasion du livre : témoignages concordants de Marg. Périer [Lel/res, etc., p. 460), de Nicole {Hist. des Provinciales) et de Charles Perrault [Mémoires). — L'affaire du duc de Liancourt (31 janvier 1655) ; — intervention d'Arnauld : sa Lettre d'un Docteur de Sorbonne, etc. (in-i", 1656); — réponses des je-

suites ; — la Lettre à un duc et pair (in-4", 1.655), dénoncée à la Faculté de théologie ; — les assemblées de la Sorbonne (du 1" décembre 1655 au 31 janvier 1656) : condamnation imminente d'Arnauld, — ses lettres et mémoires, — émotion générale, — attitude des deux partis. — Arnauld, condamné sur le point de fait (14 janvier 1656), veut en appeler à l'opinion publique : il a recours à Pascal (Cf. Sainte-Beuve, — et les Mémoires de Rapin). — La 1''^ Provinciale (23 janvier 1656).

B. Origines des Provinciales. — 1° Raisons personnelles de l'intervention de Pascal : depuis sa seconde « conversion», il ne sépare plus sa cause et celle de l'Eglise même de celle de Port-Royal ; — ses anciens démêlés avec les jésuites ; — exigences de sa raison laïque, et impérieuse poussée de son génie; — que, s'il avait déjà songea wn^ Apologie., il devait considérer la polémique des Provinciales comme un moyen excellent d'y préparer et d'y intéresser l'opinion — et de déblayer le terrain.

2° Origines « gauloises )^ et jansénistes des Petites Lettres. — Depuis les Fabliaux du moyen âge, il est de tradition dans notre littérature de railler les moines ; — force, persistance et popularité fâcheuse de cette tradition ; — que Pascal l'a retrouvée en partie, et qu'il mérite, en un certain

sens, de figurer parmi la lignée qui va de Jean de Meung à Courier et Déranger. — Qu'heureusement le jansénisme a passé parla : austérité de la morale janséniste, et quelle satisfaisait pleinement le génie naturellement ascétique de Pascal ; — qu'à bien des égards les Provinciales sont comme l'aboutissement de presque toute la littérature janséniste antérieure, et que cela, en un certain sens, est vrai même de la forme (Cf. le Traité et surtout les deux Lettres d'Arnauld), — les jansénistes, comme déjà les protestants au siècle précédent, ayant pris de bonne heure l'habitude de parler théologie en français et de « s'adresser à la nation » (Cf. Ranke, op. cit., — et Sainte-Beuve, t. 111, p. 109).

C. Les sources des Provinciales. — Lectures jansénistes et lectures profanes de Pascal; — il a lu aussi, au moins par fragments, un certain nombre d'ouvrages de jésuites, « deux fois Escobar tout entier» [Recueil rrUtreclU, p. 280), et la Théologie inorale des Jésuites, extraite fidèlement de leiu^s livres [V^ éd., 1643; 2" éd. revue et augmentée, 164-4), libelle dont Arnauld était le véritable auteur. — Part de collaboration qui revient dans son o'uvre à ses amis jansénistes, notamment à Nicole (Cf. à cet égard une très curieuse note inédite dans Gazier, Hist. de la langue, etc., t. IV, p. 504), et sur-

tout le remarquable article de M. Lanson sur les Proviîiciales et le Livre de la Théologie morale des Jésuites dans la Revtie d'histoire littéraire de la France du 15 avril 1900) ; — a-t-il mérité d être appelé dédaigneusement par Nicole « un ramasseur de coquilles»? — que Nicole s'est jugé luimôme en parlant ainsi; mais qu'il est bien certain que la science et l'érudition théologiques de Pascal étaient assez maigres et d'assez fraîche date.

D. Biographie psychologique de Pascal durant la polémique des Provinciales (janvier 1656-mars 1657). — Amélioration relative dans son état de santé. — Ardeur singulière qu'il déploie, — et qu'elle s'explique : par l'entraînement de la polémique même, — par les discussions et réponses qu'il provoque, — par lo miracle de la Sainte Epine (24 mars 1656), — par l'idée devenue en lui de plus en plus précise et impatiente, surtout à partir du miracle, de consacrer ce qui lui restait de forces aune Apologie de la religion^ — enfin par le succès obtenu, — et par la passion extraordinaire qui fait le fonds de sa nature : d'oi^i l'audace croissante des Petites Lettres, surtout à partir de la 6'% celle qui suit le miracle. — En portant, dès la 5% le combat sur le terrain de la morale, Pascal a-t-il obéi à une suggestion extérieure, celle de Méré, par exemple,

OU bien plutôt n'a-t-il pas suivi son propre génie, essentiellement moral, et l'esprit même du jansénisme? (Cf. Sainte-Beuve, t. IIl, p. 98-108.) — Pourquoi, après avoir commencé une /P'' et annoncé une W" Provinciale ., s'est-il arrêté brusquement? Intéressantes explications fournies par M. Gazier [op. cit., p. 603): scrupules de charité chrétienne et hâte qu'il semble avoir eue de travailler à son Apologie; — que tout cela ne Ta, d'ailleurs, pas empêché de mettre la main aux Factions des curés de Paris (Cf. G. Lanson, Ap?'ès les Provinciales, dans la Revue d'histoire littéraire de la France, de janvier 1901).

II. Analyse et histoire des « Provinciales». — Que le titre n'est probablement pas de Pascal, mais de l'imprimeur (Cf. Pensées, B. 52, — M. 664). — Donnée générale des Provinciales, — et idée maîtresse de l'œuvre : intime union de la question théologique et de la question morale, mais importance capitale attribuée à cette dernière : « Allez donc, je vous prie, voir ces bons Pères... ne sont pas en notre puissance » (5^ Prov., éd. Havet, t. I, p. 90).

La question dogmatique agitée dans les 4 premières Proviiiciales. — La morale des Jésuites combattue de la jï" à la /7^ — Betour aux discussions dogmatiques dans la // et la 18\

Analyse et histoire intérieure et extérieure de ces trois séries de Lettres; — surprise, plaintes et réponses des jésuites. — Immense succès du pamphlet (Cf. pour les détails qu'il est bien inutile de résumer ici : Nicole etRapin; — Sainte-Beuve et l'abbé Maynard, op. cil. ; — et l'édition anglaise des Provinciales de M. John de Soyres, The Provincial Letters of Pascal, Cambridge and London, 1880).

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