‹ Pascal, l'homme, l'œuvre, l'influence; notes d'un coursChapitre 28 sur 52 · C.) Ces difficultés nont pas rebuté des éditeurs · texte numérisé non relu

C.) Ces difficultés nont pas rebuté des éditeurs

courageux — ou prtisomptueux : Frantin, Faugère, Astié, Rocher, Molinier, Didiot, Guthlin : or, ils sont tous en désaccord (Cf. dans Michaut, op. cit.., p. 238-246, un instructif tableau comparatif des principaux plans qu'on a proposés pour les Pensées).

D.jLa conclusion est qu'une restitution détaillée et méthodique est impossible, et cela est à peu près universellement admis de nos jours (Cf. les derniers éditeurs Michaut et Brunschvicg). — Qu'on peut, d'ailleurs, affirmer que le plan de Pascal n'était pas arrêté dans son esprit : « La dernière chose qu'on trouve en faisant un ouvrage est de savoir celle qu'il faut mettre la ])remièTe [Pensées, M., 985, — B. 19; et Cf. toutes les pensées sur l'ordre). — D'après Et. Périer, Pascal « a dit souvent qu'il lui fallait dix ans de santé pour achever » son œuvre : or, il n'y a peut-être pas travaillé la valeur d'une année de santé ; et, d'autre part, nous sommes loin d'avoir tous les matériaux recueillis par lui'. — Dans ces

1. M. Ernest Jovy, auquel nous devions déjà une intéressante hnK'liure intitulée Essai de solution cVun petit problème cV histoire littéraire : Pascal et Montalte, a imprimé récemment, d'après un manuscrit de la bibliothèque dcTroyes, de curieuses Réflexions sur la vrrité de la relif/ion chrétienne qu'il voudrait bien attribuer à Pascal : je ne crois pas que cette attribution soit possible, et il me parait difficile de mettre ces pages sur le même plan que ÏAljrér/é de la Vie de Jésus-Christ et même que le Discoiu^s sur les passions de Vamour. (Voir Ernest Jovy, Un opuscule atlril)uahle à Pascal : les « Réflexions sur la vérité de la religion chrétienne ». Vilry-le- François, Tavernier, 1903, 8°.)

^ conditions, comment oser parler de « restitution » ? et puisque les éditeurs de Port-Royal eux-mêmes y ont renoncé, sachons imiter leur respectueuse réserve. >

( IIjDu « dessein » de Pascal dans les « Pensées ». — Estce à dire qu'il faille absolument renoncer à se figurer le dessein de Pascal? Non : mais à condition •^ de parler de dessein^ et non de pian, de consentira ne pas trop préciser dans le détail, et de ne pas prétendre retrouver l'ordre rigoureux qu'aurait i suivi la dialectique de Pascal. — Qu'il faut et qu'il suffit de bien lire les Pensées, de bien se pénétrer de l'esprit qui les anime, et de combiner entre elles diverses données contemporaines, tout en profitant des interprétations proposées par un certain nombre de modernes. — Que, si l'on a fait ce premier et assez long travail, on s'aperçoit qu'il serait bien difficile de donner, en peu de mots, une idée plus juste, plus lumineuse et plus complète du c dessein » de Pascal qu'en reproduisant tout simplement ces lignes de M. Brunetière [Manuel, p. 162,163): « Tout en nous et autour de nous nous crie notre misère ; — et, dans la débilité de notre machine,

— comme dans les vices de l'organisation sociale,

— ou comme encore dans l'impuissance de la raison ; — nous ne trouvons que des motifs de désespérer. — D'où vient donc la protestation qui s'élève du

fond de ce désespoir même? — l'exception qu'à ce titre nous constituons dans la nature? — et l'invincible confiance que nous avons dans une destinée meilleure? — C'est ce que nous saurons si nous

acceptons le dogme d'une, chute originelle, —

l'obligation qui nous a été imposée de l'expier, — et le dogme de la rédemption, — lesquels se trouvent être précisément les dogmes essentiels du christianisme. — Répugnons-nous peut-être à les accepter ? — Considérons en ce cas qu'il suffit d'y croire pour être aussi bons que nous le puissions être parmi les hommes ; — que ces dogmes ont, d'ailleurs, été figurés par l'ancienne loi, — annoncés par les prophètes, — confirmés par les miracles, — et qu'enfin, à défaut de notre raison, nous y pouvons toujours incliner nos volontés. »

Que, parmi les autres interprétations des Pensées, les plus ingénieuses ou les plus profondes qu'on puisse citer sont celles de Yinet, de Sainte-Beuve, de MM. Ravaisson, Sully-Prudhomme, liauh, Brunschv.icg et Boutroux' (Cf., en particulier, dans la Revue des Cours du 26 mai 1898, la leçon de ce dernier sur V Apologie de la religion chrétienne, et le chapitre de son Pascal sur les Pensées).

1. On trouvera aussi dans l'étude déjà citée de M. Lanson sur Pascal {Grande Encrjclopédie), un essai de restitution, remarquable d'originalité et de vigueur, quoique peut-être un peu trop systématique, du dessein général lies Pensées.

Qu'il convient de noter tout de suite, avec M. Boutroux, qu'une ^4^jo/o^ze ainsi conçue n'est pas seulement une simple démonstration rationnelle de la vérité du christianisme, comme la plupaH des Apologies connues, mais encore et sjirtout une véritable Jentative de conversion. Cf. la fin de la pensée 6 (M., — B.,233) : « Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après \)onT prier cet Etre infini et sans parties, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi le \vôtre..A )) -^ Les Pensées sont une jJ/'^We, un assaut constant livré à la volonté de l'incrédule; elles sont une Apologie en action.

1. Cf. Bossuet, S<ecoiid avertissement mix protestants^ fin : «... 0 Seigneur, écoulez-moi ! O Seigneur, on m'a appelé à votre terrible jugement comme un calomniateur... 0 Seigneur, c'est devant vous que j'ai été accusé ; c'est aussi sous vos yeux que j'ai écrit ce discours, et vous savez combien je suis éloigné de vouloir rien ajouter aux excès déjà si étranges des prétendus réformés. Si j'ai dit la vérité, si j'ai convaincu de blasphème et de calomnie ceux qui m'ont appelé à votre jugement comme un calomniateur, un homme sans foi, sans honneur, sans conscience, justifiez-moi devant eux. Qu'ils rougissent, qu'ils soient confondus ; mais, ô Dieu, je vous en conjure, que ce soit de cette confusion salutaire qui opère le repentir et le salut. »

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