‹ Pascal, l'homme, l'œuvre, l'influence; notes d'un coursChapitre 35 sur 52 · L INFLUENCE DE PASCAL · texte numérisé non relu

L INFLUENCE DE PASCAL

Que, conformément aux principes posés au début, notre étude de l'œuvre de Pascal ne serait pas complète, sinousn'cssayionspas d'analyser soninlhience. — Difficulté de la] question. — Du plan à suivre dans notre recherche.

I. Dans l'ordre scientifique. — Qu'il nous est difficile d'insister sur ce point, vu notre incompétence, et l'absence d'un très bon livre sur Pascal savant et d'une bonne histoire générale des sciences ^

1. Tous ceux qui s'intéressent à l'histoire générale des idées savent par expérience de quelle utilité nous serait pourtant* cette grande histoire philosophique des sciences qui n'existe pas encore, qui apparaîtra sans doute la dernière, mais qui, certainement, sera la première de toutes, et viendra, à son tour, occuper, enorgueillir et guider nos descendants ». C'est encore Taine qui s'exprimait ainsi en 1805, à propos du livre de M. Joseph Bertrand sur les Fondateurs de l'astronomie moderne. Et il ajoutait : Aujourd'hui, cette histoire «n'est qu'ébauchée ; elle en est au point où en était l'histoire des religions et des littératures il y a cinquante ans. Elle est restée dans les mains il'hommes spéciaux ; on l'a faite isolément ; on n'y a marqué que la filiation qui rattache une

Que, cependant, si l'on meta part les inventions et les découvertes de Pascal, il semble que son influence se soit particulièrement exercée sur deux ou trois points :

1" En niathématiques pures, il a jeté les premiers fondements (avec Fermât) de la théorie de la probabilité ; — conséquences lointaines de cette théorie au point de vue de l'histoire des idées (Cf.

découverte à une autre découverte; on n'a point rapproché le développement scientifique des autres, cherché comment il se lie aux transformations philosophiques, littéraires et sociales, et comment toutes ensemble dépendent de certaines évolutions générales de l'esprit humain. Et pourtant un savant n'est pas plus un être abstrait qu'un théologien, un philosophe, un artiste et un poète : il est plongé dans son temps...; c'est pourcpioi, à notre avis, cette considération du milieu moral doit renouveler l'histoire des sciences comme elle renouvelle aujourd'hui l'histoire des religions et des littératures. » Si j'ai cité cette page peu connue de Taine, c'est parce que les desiderala qu'elle formule et le programme qu'elle esquisse sont aujourd'hui encore d'une entière et pressante actualité. Mais je serais injuste — et ingrat — si j'ouhliais ici que ce programme, quehiu'un, dont Taine faisait d'ailleurs le plus grand cas, a essayé depuis de le remplir, au moins en partie. Je veux parler d'un livre éminement suggestif (le mot devrait avoir été créé pour lui), auquel j'ai déjà fait plus d'un emprunt, et auquel il n'a peut-être manqué, pour être apprécié à son prix et (d)tenir plusieurs éditions, que d'avoir pour auteur un homme moins modeste, un peu plus entendu à la « réclame », — et aussi d'être conçu sous une forme moins lâche et plus systématique, et d'être écrit d'un style plus personnel et plus vif : les Considérations sur la marche des événements el des idées dans les temps modernes, par Cournot (Paris, Hachette, 1872, 2 vol.). Pour emprunter à Taine les tei'mes dont il se servait pour annoncer un autre ouvrage du même auteur, « nous recommandons aux lecteurs qui veulent penser cet ouvrage solide, élevé et intéressant, toujours instructif et souvent neuf, fruit d'une érudition spéciale, d'une vaste lecture et d'une longue méditation. » — H faut lire aussi sur Cournot un remarquable article de M. Liard dans la Revue des l)eux Mondes du {"' juillet 1877.

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la Logique de Port-Royal, et Cournot, op. cit., p. 278-279) ;

2° En physique, il a, par ses exemples et par ses conseils, développé le goût et l'emploi delà méthode expérimentale ;

3° Il a enseigné, d'une manière générale, que la sciençiï pufe-fte-devait jamais se désintéresser des applications pratiques; — en la maintenant sur le terrain des faits et du réel, il l'a mise en garde contre les conclusions hâtives et contre les aventures métaphysiques; — que ces leçons ne seront pas toujours suivies au siècle suivant, mais qu'elles le seront bien davantage par la science du nôtre (Cf. Claude Bernard et Pasteur), — et qu'il y a déjà dans Pascal, en matière de science j^C[uelquesunes des meilleures qualités de l'esprit positiviste. — Que cet esprit est si bien « l'esprit scientifique », que, quoique Pascal, avec tout son siècle, ne se soit pas occupé de sciences naturelles, les dispositions qu'il préconisait ont passé chez les plus éminenls naturalistes, à commencer par le premier et non le moins grand d'entre eux, Buiïon.

11. Dans l'ordre littéraire. — A. Comme écrivain, quoique les Pensées aient été très lues et très goûtées au xvu" siècle, c'est par les Provinciales que Pascal a d'abord le plus a^i^ — Fond et

forme, on peut dire que le classicisme français au complet date de là : composition, clarté, lucidité, aisance, tour oratoire, il n'est pas un des traits qui caractérisent nos œuvres classiques qui ne se rencontre dans Pascal, et son œuvre est demeurée le « modèle idéal » qui a dominé toute la littérature du siècle de Louis XIV : témoignages divers à cet égard (Cf. Sainte-Beuve et Maynard).

— Que la rhétorique de Pascal a été adoptée par tous nos classiques, et que, s'ils ont aimé et recherché dans l'art, on sait avec quel succès, le parfait naturel et l'objectivité la plus complète, ils en trouvaient dans Pascal à la fois la théorie et l'exemple.

— Un mot de M. Lanson sur les Provinciales : « Ce qu'il y a de plus admirable dans l'œuvre, c'en est la simplicité, V objectivité : toute la personne de l'auteur s'efface de l'œuvre en la construisant; elle est toute ramassée dans l'expression, absente volontairement de la matière» {Litt. franc., p. 451); — et qu'on pourrait en dire autant de toutes les grandes œuvres qui ont suivi : « Les pièces de Racine et de Molière exceptées, le je est presque aussi banni de la scène française qne des éc?nts de Port-Royal, et les passions humaines aussi modestes que flnimilité chrétienne, n'y parlent jamais que par on » (Rousseau, Nonv. Héloïse, ii. M). — L'écrivain qui devait rétablir le je dans la littérature a très bien

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senti la filiation que nous essayons de marquer ici; et cette im personnalité de l'œuvre de F^ascal est d'autant plus curieuse qu'il y avait en lui, nous l'avons vu, l'étoffe et le tempérament d'un vrai poète lyrique. L'évolution qui se préparait depuis Malherbe dans notre histoire littéraire, et la conversion du lyrisme en éloquence^ Pascal l'a opérée pour son propre compte, peut-être par luimilité chrétienne (<( Le moi est haïssable i »), et il l'a, par son exemple, imposée à toute la littérature ultérieure, — jusqu'à Rousseau, qui a fait l'inverse et transmué l'éloquence en lyrisme, par besoin à individualisme moral.

B. Au xviu" siècle, Pascal, comme tous nos clas-

1. C'était là une idée très familière à Pascal, au témoignage de ses amis de Port-Royal fCf. la note de l'éd. Havet sur cette pensée^ t. I, p. 90-91). D'après Bayle, « c'est de Pascal que les jansénistes ont appris à se désigner par on ». Et ainsi, c'est bien à l'influence de Pascal qu'il convient de rapporter cette habitude de « couvrir », d' « ôter » et d'effacer le moi qui caractérise toute notre littérature classique. Messieurs de Port-Royal ont d'ailleurs été en cela des disciples trop fidèles et conséquents jusqu'à la puérilité de Pascal. Dans la Grammaire générale et raisonnée de Port-Royal (1660, p. 59), il est dit en propres termes que le pronom de la première personne a été inventé par suite du désir qu'on avait de ne pas se nommer soi-même, ce qui eût eu mauvaise grâce. (Cf. Brunot dans ïllisl. de la langue, t. V, p. 725). C'est sans doute pousser un peu loin « l'humilité chrétienne». Et les jansénistes ont mérité que Rossuet parlât d'eux en ces termes {Sur le style et la lecture des écrivains et des Pères de l'Eglise pour former un orateur) : « Les Livres et les Préfaces de MM. de Port- Royal sont bons à lire, parce qu'il y a de la gravité et de la grandeur. Mais comme leur style a peu de variété, il suffît d'en avoir vu quelques pièces. »

siques, a été l'une des sources auxquelles les générations survenantes sont venues puiser, et il est bien difficile de démêler et de reconnaître, parmi cet entrecroisement d'influences, son action particulière sur l'évolution littéraire ; — mais que Vauvenargues, par exemple, l'a beaucoup étudié (Cf. dans les OEiwres de Vauvenargues, le fragment intitulé : ïjnitation de Pascal)^ peut-être même Rousseau, et enfin sûrement Rivarol, dont on a pu dire qu' « il associe Pascal à toutes les heures sérieuses de son existence» (A. Le Breton, Rivarol, Paris, Hachette, 1895, 8°, p. 109-410). — Il semble qu'alors on lise à peu près également les Provinciales et les Pensées.

C. Au XIX* siècle, la réputation de Pascal et, sans doute, son influence plus ou moins obscure, n'a fait que croître : mais, à l'inverse du xvn" siècle, \y^ les Pensées y ont plus départ que les Provinciales y étant, d'ailleurs, plus faciles à tirer au romantisme, même sous leur forme traditionnelle (voir dans les Discours et mélanges de Villemain son étude sur Pascal considéré conmie écrivain et comme moraliste, qui date de 1823 ; — Cf. G. Laroumet, les Origines françaises du romantisme dans Etudes de littérature et d'art, p. 226-229; — et E. Deschanel, le Romantisme des classiques, t. I); — qu'il n'est

guère douteux que si, au lieu d'être « découvert » en 1842, le vrai texte des Pensées Vawa'ii été en 1824, en même temps que celui des Mémoires de Saint- Simon, Pascal aurait joué un rôle plus décisif encore dans la constitution du romantisme-, et que, du reste, l'écho de ces préoccupations se retrouve dans les travaux dont il a été l'objet de 1842 à 1850 (Cf. Cousin, Sainte-Beuve, Faugère et Vinet). — Que, de nos jours, tout en admirant autant les Pensées, il semble que nous nous fassions de Pascal une idée plus objective, plus exacte et plus classique. Pour sortir des généralités, Pascal a été, avec Bossuet, l'un des grands maîtres de style de Chateaubriand; — Lamennais aussi, à ce point de vue, paraît bien lui avoir dû quelque chose; — et parmi nos contemporains, je ne serais pas étonné que Taine (voir plus haut), M. Bourget, M. de Vogué- et M. Brunetière surtout l'eussent beaucoup étudié.

1. Au même titre que Ronsard, Saint-Simon lui-même et Shakspeare.

2. « J'ai beaucoup lu Pascal », nous dit M. Bourget {op. cit., p. 16.) — Et M. de Vogué a écrit quelque part : « Ce qui peint le mieux, ce qui reste, c'est l'image brève, totale en un seul trait, ramassée dans un vers de Virgile, dans une phrase de Bossuet ou de Chateaubriand. » {Begavcls historiques et litléraireu, p. 90). Ces termes s'appliquent si bien à Pascal qu'on serait presque tenté de regretter l'absence de son nom dans un jugement qui, manifestement, traduit non seulement des préférences, mais des affinités littéraires. Mais, à divers autres signes, il me semble reconnaître que Pascal a dû être l'un des maîtres à écrire de M. de Vogué ; et c'est ici le cas de rappeler que l'auteur du Roman russe est presque un compatriote de l'auteur des Pensées. Cf. d'ailleurs fioman russe,

Il aurait ainsi passé un peu de Pascal dans tous les grands styles de notre langue et l'on peut affirmer qu'il est, avec Rousseau et Chateaubriand, notre plus grande influence littéraire.

m. Dans l'histoire générale des idées. — A. Des côtés fâcheux de l'influence de Pascal, et qu'il n'a pas échappé à la loi qui veut que toute œuvre humaine soit caduque par quelque endroit et que les plus grands esprits, un Descartes, un Bossuet, un Rousseau, un Taine, agissent parfois contre leurs idées les plus chères :

1° On a déjà montré (voir la AT Leçon) quels ont été les résultats regrettables de la polémique des P/'ovinria/es^ et que toute la polémique antichrétienne des temps modernes a dans cet ouvrage loie partie de ses origines (Cf. Cournot, op. cit., t. I, p. 303-36 i). — Des successeurs inattendus qu'a eus Pascal, et combien il eût été déçu, scandalisé et désolé s'il avait pu prévoir que les Voltaire, les

p. xxviK, — et p. Lv, une belle page d'où j'extrais ces lignes : « Pauvre langue (française)!... Pour la faire plus résistante et plus superbe, comme ils jetaient dans la cuve leurs rires, leurs colères, leurs amours, leurs désespoirs, toute leur âme, ces rudes ouvriers, Rabelais, Pascal, Saint-Simon, Mirabeau, Chateaubriand, Michelet!... » Cette fois, le nom de Pascal ne manque pas à l'énumération. — Cf. aussi du même écrivain le Rappel des ombres (p. 66-61), et surtout dans le volume intitulé Suus Vhorizon (Paris, Colin, 1004), l'étude A l'école de Pascal, écrite à propos du livre de M. Boutroux.

Gibbon, les Déranger, les Courier et les Stendhal allaient ressaisir ses propres armes.

2" Par l'intransigeance de sa morale et de sa théologie (quoiqu'il dût adoucir cette dernière dans les Pensées), il est bien certain :

a) Qu'il a écarté du cliristianisme un certain nombre d'âmes un peu faibles sans doute, mais qu'on aurait tort de s'aliéner, si les saint François de Sales, les Fénelon et les Chateaubriand peuvent avoir une sérieuse action sur elles (Pascal en a bien froissé au sein même du jansénisme! Cf. Nicole). — ^ Si les jésuites « portaient des coussins sous les coudes des pécheurs », lui, Pascal, a « trop accru le poids de l'Evangile » et « captivé les consciences sous des rigueurs très injustes» (Bossuet, Or. /'un. de Nicolas Cornet) ;

/)) Qu'il a fourni des arguments et des prétextes aux « libertins » en leur présentant une morale qu'ils jugeaient « impraticable », et une religion qu'il déclarait lui-môme « absurde » ; — en les provoquant, il les a « renfoncés » dans leur incrédulité ; — en les défiant, il a sollicité leurs attaques, et peut-être Voltaire n'aurait-il pas été tout ce qu'il a été, s'il n'avait pas trouvé en face de lui Pascal : qu'en tout cas, Pascal mérite une part des reproches qu'à ce sujet on a souvent et justement adressés

aux jansénistes 1 : témoignage de saint Vincent de Paul et de M'"'' de Giioisy (Cf. Sainte-Beuve, t. II, p. 101; V, p. 72).

1. M. F. Strowski pose ici une question bien intéressante, et qu'on serait heureux de lui voir reprendre et développer avec tous les développements qu'elle comporte. D'après lui, Pascal et Port-Roj'al auraient eu une très grande intluence, et une inlluence d'ailleurs assez fâcheuse, sur la philosophie morale issue de la renaissance stoïcienne de la première moitié du xvir' siècle. « Deux attitudes, écrit-il à ce propos, deux attitudes étaient alors possibles aux catholiques, je parle dans l'ordre réel et dans la vie, non dans le dogme : l'une consistait à accepter cette philosophie morale, comme une préparation extérieure à la sainteté, ainsi qu'avait fait Pierre Charron ; et le catholicisme aurait alors repris à son compte ce stoïcisme, comme il avait repris au iv" et au v siècle le néo-platonisme, au xiir l'aristotélisme. L'autre consistait à dédaigner et à proscrire tout cet effort laïque. De ces deux attitudes, Pascal aurait accepté la première, si l'on en juge par son entretien avec M. de Saci. Mais Port-Royal lui imposa la seconde. Et Port-Royal l'imposa à tout le monde. L'abbé d'Aubignac préparait depuis quinze ou vingt ans un roman allégorique : Macarise ou la Reine des îles fortunées. Macarise, c'est « la philosophie morale des stoïques », et Macarise dirige l'éducation d'un prince et forme son esprit; et la possession de Macarise est le but de sa vie. Or, pendant l'impression de son livre, en 1664, l'abbé d'Aubignac est forcé par ses amis d'y ajouter un dernier épisode qui est une véritable palinodie. La religion (Dioclée), chasse la philosophie morale des stoïques (Macarise) du cœur et même du souvenir de celui que Macarise a formé. « Je suis jalouse, impérieuse et vindicative, dit Dioclée ; soyez donc fort circonspect, fort soumis, et fort respectueux. Ne croyez pas que je veuille partager un cœur avec personne et soulï'rir que l'on m'aime avec une autre... Je veux que l'on m'ollre et que l'on me donne tout. » — « N'est-ce pas significatif? En vingt .ins, entre 1645 et 166.'), une telle aggravation s'est produite dans les exigences de l'exclusivisme religieux, que la philosophie morale laïque, que les vertus simplement humaines, sont jetées par-dessus bord, comme une mauvaise marchandise. C'est un fait capital; le catholicisme a raréfié luimême lalmosphère intellectuelle et morale où il devait vivre. Pendant deux cents ans, il n'a pas laissé — en France du moins — un souille dair nouveau parvenir jusqu'à lui. Où est la cause de son appauvrissement au xyiii" siècle et jusqu'au xix", sinon lu? — La responsabilité d'un tel état de choses remonte directement

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B. Des côtés vraiment heureux de l'influeuce de Pascal :

1° En plein xvii'' siècle, il a vu venir la grande crise qu'allait bientôt traverser le christianisme [Cf. une lettre de Leibniz àArnauld sur ce sujet(1671), citée par Gournot, op. cit., p. 359-360^], et il a indiqué le remède : restituer à la religion tout son mystère et à la morale toute son austérité; mettre la raison, l'art et le génie au service de cette cause; reconquérir à l'Eglise, par des moyens surtout laïques, l'opinion laïque qui commençait à s'en détacher. — Que Pascal a d'abord réussi : et si la littérature et la pensée de la seconde moitié du xvu" siècle ont été chrétiennes d'inspiration, il est l'un de ceux quiy ontleplus contribué; — influence de Pascal sur Bossuet et Bourdaloue, Racine, Boileau et La Bruyère : tous ont cru, avec lui (je ne dis

à Saint-Gyran, à Jansénius, à Port-Royal, et en particulier à rénigmatique Nicole. Mais Pascal n'est-ii pour rien dans cette péripétie?... » [Minerva du 15 mars 190,3, p. 318). — Bossuet, demanderai-je à mon tour, n'aurait-il pas en cette affaire une plus large part de responsabilité que Pascal ?

1. Voici les passages les plus remarquables de cette lettre prescjue prophétique: « La plus profonde science religieuse est aujourd'hui nécessaire. P(iur(iaoi? parce qu'w?) siècle philosophique commence où, par le cours naturel et légitime des choses, un plus grand souci du vrai va se répandre, en dehors des écoles, dans l'esprit des hommes de tous les états. Si nous ne pouvons satisfaire à ce besoin de science, il faut renoncer à la propagation véritable de la religion, liienlôt beaucoup d'hommes ne seront plus chrétiens qu'en apparence ; de mauvais esprits énerr/iques travailleront à la ruine de la foi, et l'athéisme et le naturalisme seront les dernières des hérésies. » *

pas grâce à lui, encore qu'il n'y ait peut-être pas nui), à la perversité foncière de « l'homme naturel», el à la nécessité du christianisme et de la grâce, et leurs œuvres à tous ont développé, ou du moins suggéré cette idée (Cf. là-dessus les réflexions de Chateaubriand dans le Génie du Christimiimie , et R. Doumic, ridée chrétienne dans r œuvre philosophique et littéraire du \\\f siècle dans la France chrétienne, Didot, 1896); — un mot de M. Brunetière : « Si de l'ensemble de l'œuvre de l'auteur de Phèdre, on essaye de dégager une conception de la vie, il n'y en a guère qui ressemble davantage à celle des Pensées de Pascal » [Et. crit., t. IV, p. 159; et Cf. J. Lemaitre, Racine et Port-Royal^ dans Quatre Discours (Paris, 1902). — Recul temporaire de l'idée rationaliste;

2° Que la fortune des idées n'a qu'un temps, et que, dès l'époque classique, Molière et La Fontaine ont combattu Pascal en insinuant dans les esprits l'idée de la bonté de la nature. — Renaissance du cartésianisme vers la fin du xvu' siècle, et conséquences antichrétiennes qui commencent à s'en dégager : Malebranche et surtout Spinoza. — L'article Pascal an Dictionnaire historique et critique (1096) : incertitude ironique de la pensée de Bayle sur Pascal, qu'il appelle « un individu paradoxe de l'espèce humaine ». — Les Réflexions sur l argument

de M. Pascal et de M. Locke concernant la possibilité d'une autre vie à venir, par M. de Fontenelle (opuscule attribué à Fontenelle [v. ses OEiwres^éd. de 181S, t. II, p. 017 1], et recueilli par Gondorcet dans son éd. des Pensées. — C'est à Pascal, avant Bossuct, qu'on commence à s'en prendre.

Voltaire : les Retnarques sur les Pensées de M. Pascal (1728), à la suite des Lettres anglaises, dont elles formaient la 25* et dernière (1734); — il y revient en 1738, à propos d'une publication de Pensées nouvelles (Cf. dans ses Œuvres [Beuchot. t. XXXVll, p. 81-86] le fragment intitulé dans quelques éditions : Addition aux Remarques, etc. [publié pour la 1'^ fois avec huit Remarques nouvelles, en 1742], et toute la Correspondance); — enfin, en 1778, à la veille de mourir, il écrit les Dernières Remarques sur les Pensées de Pascal, et ce fut le dernier ouvrage qu'il publia-; — qu'il est bien signi-

1. Voltaire (éd. Beuchot, t. IV, p. 341) l'ait à propos de cette dissertation la déclaration suivante : « Je ne crois pas que Fontenelle soit l'auteur d'un ouvrage si mâle et si plein. » — Ne serait-elle pas de lui. Voltaire ?

2. Les Dernières Remarques ne forment pas un ouvrage à part. Gondorcet avait fait paraître en 1776, en un volume in-S", son édition des Pensées: il y avait joint son Eloge de Pascal, les Réflexions de Fontenelle dont il a été parlé plus haut, et au bas des pages, des notes de sa façon et d'autres choisies parmi les Remarques que Voltaire avait publiées jusqu'alors. Voltaire réimprima en 1777 cette édition, — r/l/î//-Prt.sc«Z, comme il l'appelait — sous ce titre: Eloge et Pensées de Pascal, nouvelle édition commentée, corrigée, et augmentée, par M. de ***, Paris (Suisse), 1778, 8° (le volume eut une autre édition la même année, en 2 vol. pet. in-18, sous ce titre:

ficatif de voir la carrière piiilosophique de Voltaire encadrée entre ces deux séries de Remarques, et que le grand adversaire du christianisme ait considéré Pascal comme un ennemi personnel : opposition de la conception pascalienne et de la conception voltairienne de la vie; — que celle-ci ne se recommande ni par la profondeur, ni par la générosité, ni par l'élévation, mais qu'elle est dans son genre parfaitement cohérente : Voltaire n'a, d'ailleurs, pas plus compris Pascal que Corneille, elles Uemai-ques sont le pendant du fameux Commentaire. — La queue de l'école voltairienne et Pascal : VÉloge et l'édition «apocryphe» de Gondorcet : admiration intéressée, et peut-être excessive, de Voltaire pour le « génie » de Gondorcet (Cf. les Dernières reinarqites). — Que Voltaire et les voltairiens ont failli ruiner la réputation de Pascal', et que leur état d'esprit à l'égard de l'au- \ teur des Pensées est encore à peu près celui

Pensées de Pascal avec les notes de M. de Voltaire, Genève, 1778). 11 y joignit un Avertissement et une foule de notes nouvelles, qui portaient non seulement sur les Pensées, mais sur le texte de F"ontenelle, et sur VEloge et les notes mêmes de Gondorcet, et qui ont été pour la première fois en 1X34, à l'occasion du « centenaire de la condamnation des Lettres philosophirjues » recueillies à part dans son édition des œuvres de Voltaire(t. IV, p. 342-403) par Beuchot sous le titre : Dernières Remarques sur les Pensées de M. Pascal, et sur quelques autres objets.

1. L'abbé Guthlin a déjà cité dans l'introduction de son édition des Pensées cet étrange jugement de Goethe: « Le rigide et malade Pascal a nui à la moralité et à la religion beaucoup plus que Voltaire, Hume, La Mettrie, Helvétius, Rousseau. » Les Goethe ne

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d'André Cliénier (Cf. E. Faguet, André Chénier, p. 38-40).

Que même alors, quelques voix plus ou moins timides protestent contre ce jugement : Vauvenargues : influence de Pascal sur lui, et que cette influence est d'autant plus curieuse à noter que Vauvenargues est dans un courant d'idées optimistes tout opposées à celles de Pascal. — Rousseau : que

sont pas plus faits que les Voltaire pour comprendre Pascal. — On a contesté cette opinion : « Peut-être Gœthe, a-t-on dit, était-il capable de comprendre Pascal, et nous ajouterons même, au risque d'étonner M. Giraud, de l'admirer. » A cette simple affirmation sans preuve du « gœthéen» anonyme de la. Revue de métaphysique et de morale, opposons ce témoignage d'un très intime ami de Gœthe, Jean Falk : « Tous les personnages en qui éclate la manifestation de l'infini, tous ceux qu'une grande idée transporte audessus des limites de notre être, le héros, le législateur, le poète inspiré, entliousiasmaient Herder et laissaient Gœthe inditîérent. La sublimité le touchait si peu que des caractères comme Luther et Coriolan lui causaient un certain malaise ; il sentait une contradiction secrète entre leur nature et la sienne. » Sainle-Bcuvo a écrit de son côté [Lundis, 1. 11, 1'" éd., p. 323 ; éd. actuelles p. 343) : « Gœthe comprenait tout dans l'univers, tout, excepté deux choses peut-être : le chrétien etle héros. Il y a eu là chez lui un faible qui tenait un peu au cœur. Léonidas et Pascal, surtout le dernier, il n'est pas bien sûr qu'il ne les ait pas considérés comme deux énormités et deux monstruosités dans l'ordre de la nature. » (Cf. aussi Port-Roi/al, t. III, pp. 356,4.51). — Si je rapporte ici ce jugement de Sainte-Beuve, c'est parce qu'en pareille matière, il serait difficile de trouver un juge moins suspect; et c'est ensuite parce que, au moment où il écrivait ces lignes, il ignorait ce que pensait Jean Falk de son illustre ami : cette rencontre involontaire est, ce me semble, tout à l'honneur de la pénétration psychologique lie l'auteur des Lundis. — J' « étonnerai » maintenant peut-être mon savant contradicteur en lui disant que, dans son admiration sans réserve pour le poète de Faust, il retarde d'au moins trente à quarante ans sur son temps : il a mal lu Gœthe, il n'a pas lu M. Edouard Rod ; il en est resté à ce que lui ont dit sur le compte du grand «Olympien - les Scherer, les Renan et les Taine.

Pascal est peut-être celui de nos classiques auquel il doit le plus : — il l'a lu aux Charmettes (Cf. le Verger des Charmettes)\ — la première phrase à\\Discours jiir tinégalité est une pensée de Pascal, et la thèse du Discours est cette même pensée prise trop au pied de la lettre et présentée sans ses correctifs; — que si le Vicaire savoyard n'aurait, sans doute, pas eu l'approbation de Pascal, celui-ci pourtant s'y serait mieux reconnu que dans la Bible enfin expliquée par les aumôniers du roi de Pologne, et que les fondements de la philosophie religieuse de Rousseau sont sensiblement les mêmes que ceux de la philosophie de Pascal : ce n'est qu'ensuite que commencent les divergences. — Influence de Pascal sur Jacobi (Cf. Lévy-Bruhl, la Philosophie de Jacobi^ Alcan, 1894).

( 3j,/l)e Finfluence de Pascal sur le mouvement catholique du commencement du xix" siècle. Ballanche et le livre, du Sentiment (1801, passiin, et Cf. les notes). — Chateaubriand et le Génie du Christianisme : réhabilitation de Pascal et réaction en sa faveur; — rapports entreJ/ap<)logétique de Chateaubriand et celle de Pascal : celle de Chateaubriand est une apologétique de poète, non de savant, comme celle de Pascal; mais, comme celle de Pascal, c'est une apologétique » sentimentale » et une apologétique « laïque », et « les raisons gêné-

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raies de croire sont exactement les mêmes pour Chateaubriand que pour Pascal » (Brunetière, avt. cit. sur Chateaubriand^ p. 972) ; — que Chateaubriand ne s'est pas d'ailleurs, contenté, selon le mot de Pascal, « de readre la religion aimable », mais, qu'à la suite de Pascal, il a montré que le sentiment religieux est irréductible à l'analyse, au môme litre que le sentiment de l'art et le sentiment de l'amour (Cf. le Discours sur les passions de faDiour) : en popularisant cette idée, qui fait le fond de la religiosité romantique et renanienne, il a ruiné dans ses fondements mêmes le voltairianisme et le plat idéal philosophique du xvni" siècle, — et ainsi, par jjiitermédiaire de Chateaubriand, quelques-unes des . i plus profondes idées de Pascal sont devenues la / substance même de la pensée française au xix" siècle. — Iniluence plus ou moins directe exercée par Pascal sur Donald, Lamennais, Lacordaire et Joseph de Maistre lui-même, et rapports que présentent ses idées avec celles de ces divers écrivains. — Pascal et Maine de Biran : que les Pensées ont été pour quelque chose dans la curieuse évolution philosophique et morale de Maine de Biran (Cf. les réflexions sur les Pensées qu'on trouve dans les fragments du Journal intime publiés par Ernest Naville [Maine de Biran ^ sa vie et ses pensées., 3" éd. Didier, 1877J, et dans les Pensées et pages inédites

de Maine de Bira», publiées par M. Mayjonade [Périgueiix, 1897], les Notes sur les Pensées de Pascal et sur les Remarques de Condorcet et de Voltaire) .

QousiB^iJ^s éclectiques, disciples involontaires mais authentiques des philosophes du xviii- siècle : le déisme, la « religion naturelle », rationalisme inconséquent : ils ont cru « découvrir » Pascal, l'ont admiré comme écrivain, mais onl^essayéd'ébranler son autorité comme penseur, en faisant de lui un (c sceptique » ; — singuliers jugements de Cousin sur Pascal. — Peu d'iniluence directe exercée par Pascal durant la période qui s'étend de 1850 à 1870 : la « religion de la science » a fait tort à la religion sans épithète, et Spinoza ou Hegel à Pascal : Cf. Renan et même Taine. — Irritation admirative que paraît avoir inspirée Pascal à certains esprits : Scherer : son Journal d'un Egotisle (Cf. 0. Gréard, Edmond Scherer, p. 51-54), ses articles de la Nouvelle Revue de théologie (juillet, août etoctobre 1858), son étude sur /a Religion de Pascal [ISSl] ; — Havet : sa « réfutation » des Pensées (Cf. V Introduction et les notes de son édition); — Prévost-Paradol et son article des Moralistes français sur Pascal.

Pascal et le protestantisme ; les pénétrantes études de Vinet et Féd. Astié (Cf. Sainte-Beuve, t. m, appendice) : « Il est curieux d"y voir le proies-

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tantisme tirant à lui les Pensées et y faisant son butin avec un zèle ingénieux, mais obstiné et chagrin » (Havet). — Pascal et Newman (Cf. surtout VApo/ogia, passwi)K

Quoiqu'il soit difficile et délicat de rechercher l'influence de Pascal sur nos contemporains, on peut dire au moins que de nos jours Pascal n'aurait pas inspiré tant de profondes et sympathiques études - (voir surtout celles de MM. SuUy-Prudhomme, Boutroux et Bruneticre), si sa pensée ne nous était pas redevenue très présente et très actuelle'^ : il y a beaucoup de Pascal dans ce qu'on a appelé le « néochristianisme » contemporain '*.

1. Les Pensées de Pascal sont une des lectures que Newman, «au seuil de la conversion », conseillait à une inconnue qu'il dirigeait, et qu'on a pu ingénieusement comparer à M"« de Roanncz (Cf. Lucie Félix Faure, Newman, sa vie et ses œuvres, p. 80-81, Paris, Perrin. 1900). Le nom de Pascal revient souvent dans ce livre; et en elfet, il n'en est pas qui puisse plus naturellement se rapprocher de celui de Newman. — V Apologia a été traduite en français sous le titre d'Histoire de mes opinions religieuses (Paris, Douniol, 2= édit., 1!S6S).

2. « Pascal, en particulier, observait déjà Gandar en 1862. semble avoir eu depuis quarante ans, le privilège d'inspirer à la critique contemporaine ses plus belles pages. » {Lettres et souvenirs d'enseignement, t. II, p. 18.)

3. Voir à ce sujet l'espèce de méditation, d'un charme obscur et étrange que M. A. Suarès s, publié dans la Revue des Deux Mondes du 1" juillet 1900 sous le titre de Visite à Pascal.

4. Je trouve de cela une confirmation singulière dans quelques lignes extrêmement suggestives que j'emprunte à un très intéressant « entretien » M. Paul Desjardins sur Ce qui reste de Port-Royal dans le Rullet in de l'union pour Taction morale du 1" août 1903 (p. 877-S78) : « Pascal avec sa théorie extravagante des « figures » de l'Ancien Testament, avec sa conviction retranchée, comme dans une citadelle inexpugnable, dans le pauvre petit miracle illusoire

On voit quelles traces profondes Pascal a laissées dans l'histoire des idées et des lettres : non seulement il a modifié profondément son « milieu » ; mais il a, longtemps encore après lui, modilié des esprits et des âmes. S'il n'avait pas vécu, l'histoire intellectuelle et morale aurait assurément suivi un autre cours '. Sa réputation et son influence ont subi les vicissitudes de l'idée chrétienne elle-même-; et

de la Sainte-Epine, avec sa chambre non balayée, sa ceinture à clous de fer et ses visions de feu, Pascal, qui aurait eu horreur de notre volonté arrêtée de voir clair sur tous les sujets (on peut croire que Pascal aimait et savait voir aussi clair que M. Paul Desjardins lui-même), qui eût bafoué et exorcisé notre rationalisme de son rire de mépris, Pascal notre ennemi, est pour nous d'une autre nourriture que notre ami Voltaire, avec sa sécrétion ininterrompue d'idées raisonnables, libérales, banales, et qu'il faut bien que nous approuvions. Il se peut que l'un se trompe et que l'autre ait raison; mais la belle, l'humaine, la profonde et la profitable façon de se tromper que celle de Pascal ! Je ne crois pas, en etlet qu'il ait tenu la vérité, mais comme il sait et enseigne bien ce que c'est que l'aimer! »

1. « La philosophie de Pascal, a écrit Gournot {Consldévaliona, etc., t. I, p. 40.5) n'est pas de celles qui aident au progrès de l'esprit humain par l'éclaircissement et la précision des idées; son but est au contraire de signaler après tant d'autres, plus énergiqucment que nul autre, les éternelles contradictions et les angoises incurables... Aussi faut-il reconnaître que son œuvre philosophique, qu'on n'a jamais cessé d'admirer, et qu'on admire d'autant plus qu'elle reparaît mieux à son état primitif, abrupt et fragmentaire n'a jamais exercé une influence réelle sur le mouvement progressif des esprits. » J'ai dit plus haut assez de bien de Gournot pour ni'ètre un peu acquis le droit de m'inscrire en faux contre ce jugement; et je souhaite que les raisons que je crois avoir de le contredire ressortent suflisamment des pages qni précèdent. — Voir aussi sur cette question de l'intluencc de Pascal et de sa place dans l'histoire des idées l'article déjà cité de M. Henri Berr (p. 115-178).

2. M. A. Sabatier a pu écrire sans paradoxe : « Une histoire des destinées <les J'ensées de Pascal serait l'histoire à peu près

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un chrétien comme Pascal n'aurait, certes, pas ambitionné un plus grand honneur.

complète de la philosophie religieuse en France dans les trois derniers siècles. » (Article sur le Pascal de M. Boutroux, Journal de Genève du 22 juillet 1900).

Voir sur les destinées historiques des Pensées de Pascal une très intéressante et substantielle note dans J. Roger Gharbonnei, Essai sur l apologétique litléraire. Paris, Picard, 1903, p. IX-XVII.

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