Ci-dessus, p
hypocrisies, apaisent l'irritation qu'elles nous causent. jj
S'il est moins désintéressé qu'Alceste , il est \
homme de plus doux commerce et de plus agréable compagnie. Il est sans déclamation, sans emphase et sans tirades. Il ne fait pas la leçon au genre humain ; il le raille et le persifle, lui ôtant y un à un, tous ses déguisements, comme on fait au marquis de Mascarille et au vicomte de Jodelet pour finir la comédie.
Toutefois, ce n'est pas à tort que se sont élevées des protestations, tantôt mélancoliques, tantôt indignées, du fond des âmes (en petit nombre) dont la sensibilité, la justice, le courage et le dévouement, sont purs de tout intérêt, ou chez lesquelles l'intérêt est si élevé, qu'il se confond avec celui de tous.
« Il y a, dit Vauvenargues, des semences de bonté et de justice dans le cœur de l'homme. Si l'intérêt propre y domine, j'ose dire que cela est non seulement selon la nature, mais aussi selon la justice, pourvu que personne ne souffre de cet amour-propre, ou que la société y perde moins qu'elle n'y gagne. . . Le bien, où je me plais, change- t-il de nature? cesse-t-il d'être le bien ? »
« On a beau dire, s'écrie un autre esprit non moins pur, non moins noble, quand il n'y aurait entre tous les hommes qu'un seul homme digne de ce nom, il prouverait seul contre tous les autres ensemble; et
tous les autres ensemble ne prouveraient pas contre lui. Il leur montrerait toujours, en effet, le point où la nature humaine peut arriver • C'est à eux de monter, ce n'est pas à lui de descendre *. »
Edgar Quinet dit à son tour : « Quand l'iniquité aurait couvert toute la terre, si la justice a pu se cacher à l'ombre d'un brin d'herbe, c'est assez pour qu'elle grandisse et parfume trois mondes. »
Oui, quoi qu'en dise La Rochefoucauld, du fond de tous nos égoïsmes, il y a tel moment où nous nous élevons au sacrifice de nous-même, pour le devoir seul et pour la justice. 11 n'en faut pas davantage pour réfuter le pessimisme des Maximes et sauver l'honneur de l'humanité.
S'il est vrai que la morale du moi est celle qui règne presque universellement, il est incontestable aussi que la morale du devoir guide quelques âmes; et non seulement la morale du devoir, mais la morale du dévouement. Il est, en effet, des âmes pJus belles, en bien petit nombre à la vérité, auxquelles le devoir strict ne suffit point, ou pour lesquelles cela paraît, si l'on peut s'exprimer ainsi, un devoir, d'aller quelquefois au delà même du devoir. Il ne faut pas confondre ces deux degrés suprêmes : telle âme est droite, comme une ligne géométrique ; mais, pareillement, abstraite et sèche : hors de l'honnête Erucst Bersot, Littérature et Morale.
teté tracée, elle n'a ni élan ni essor. Que lui manque-t-il pour être plus belle ? Il lui manque ce qui est par delà le devoir, il lui manque l'étincelle sacrée, l'ardeur qui fait qu'on se dévoue, la flamme des généreux sacrifices.
Dans l'accomplissement de la vertu parfaite r c'est la raison qui trace la carrière, c'est le cœur qui la remplit.
Avez-vous vu couler le fer ? On creuse un sillon dans le sable; le flot rouge qui s'élance de la base du hautfourneau s'y précipite et s'y moule : c'est la coulée. A quoi servirait le sillon, si la coulée n'y descendait ? La coulée, c'est le dévouement, c'est la charité, la fraternité ; c'est nous-même que nous répandons en nous consumant , pour être utiles à no& semblables, amis ou ennemis ; ce sont nos idées et nos sentiments, c'est notre bonne volonté, nos biens, nos forces, notre substance tout entière, notre être, notre âme et notre vie. Le sillon est tracé par notre intelligence, par notre droite intention ; il est creusé par notre volonté ; il est comblé par notre amour. Intelligence, volonté, amour, n'est-ce point tout l'homme, ou presque tout l'homme? — Ajoutons -y, si vous voulez, notre corps, qui n'est qu'un détail, et que nous donnerons par-dessus le marché , lorsque l'occasion le demandera.