Quinte-Curce. III
pour inventer des plaisirs ; ou quand, emportés par leur humeur violente, ils ne gardent plus ni loi ni mesure, et qu'ils ôtent les égards et la crainte aux hommes en faisant que les maux qu'ils souffrent leur paraissent plus insupportables que ceux qu'ils provoquent ; alors, ou la licence excessive, ou la patience poussée à l'extrémité, menacent terriblement les maisons régnantes, a
Naturellement c'est à la Réforme d'abord, et ensuite au schisme de Henri VIII, que Bossuet attribue tous les maux : c'est la rupture de ce roi avec l'Église qui a déchaîné l'esprit d'indépendance et de rébellion. Là vient l'admirable portrait de Cromwell, dont je rappelle seulement quelques lignes:
« Un homme s'est rencontré, d'une profondeur d'esprit incroyable, hypocrite raffiné autant qu'habile politique ; capable de tout entreprendre et de tout cacher ; également actif et infatigable dans la paix et dans la guerre ; qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et par prévoyance ; mais, au reste, si vigilant et si prêt à tout, qu'il n'a jamais manqué les occasions qu'elle lui a présentées ; enfin, un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde. Que le sort de tels esprits est hasardeux ! et qu'il en paraît dans l'histoire à qui leur audace a été funeste I mais aussi que ne font-ils pas, quand il plaît à Dieu de s'en
servir ! ! 11 fut donné à celui-ci de tromper les peuples, et de prévaloir contre les rois*. »
Et, un peu plus loin, ces images si simples et si fortes : « Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle, pourvu qu'elle en entende seulement le nom. »
Voilà cette fleur d'expérience humaine , et ces larges touches , ce style surprenant de simplicité et de majesté.
Quant à l'idée du discours, elle est un peu singulière. Dieu se proposait, selon l'orateur, « d'instruire les rois à ne point quitter son Église. Il voulait découvrir par un grand exemple tout ce que peu. l'hérésie, combien elle est naturellement indocile t\ indépendante, combien elle est fatale à la royauté et à toute autorité légitime ». C'est pour cette raison que Dieu a suscité la révolution d'Angleterre, S'il a permis que Cromwell renversât du trône Charles I er et le fît mourir du dernier supplice, c'est pour montrer aux rois combien Henri VIII avait eu tort, cent seize ans auparavant, de se séparer de l'Église, de se faire Protestant, lui et son peuple, et d'établir la religion anglicane.
Il faut avouer, k considérer les choses humaine-
i . Avant Bossuet, Balzac dans le Socrate chrétien, ( 1652 ), avait parlé « des instruments dont se sert la Providence dirine pour châtier les peuples ».