‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 36 sur 106 · Apocalypse, en. 13, v. 5 à · texte numérisé non relu

Apocalypse, en. 13, v. 5 à

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ment et selon le simple sens commun, que voilà une justice distributive un peu étrange : c'est Henri VIII qui a été coupable, c'est Charles I er qui est puni.

D'ailleurs , si le meilleur moyen que Dieu ait trouvé, selon l'orateur , de ramener la Grande-Bretagne à la Foi catholique, a été de faire ou de laisser faire par Cromwell la révolution d'Angleterre, on ne peut s'empêcher de remarquer que Dieu, dans cette supposition, paraît avoir pris le plus long chemin et n'être pas près d'arriver au but, malgré les espérances de l'orateur :

« Quand Dieu laisse sortir du puits de l'abîme la fumée qui obscurcit le soleil, selon l'expression de l'Apocalypse 1 , c'est-à-dire l'erreur et l'hérésie; quand, pour punir les scandales, ou pour réveiller les peuples et les pasteurs, il permet à l'esprit de séduction de tromper les âmes hautaines, et de répandre partout un chagrin superbe, une indocile curiosité et un esprit de révolte, il détermine dans sa sagesse profonde les limites qu'il veut donner aux malheureux progrès de l'erreur et aux souffrances de son Église. Je n'entreprends pas, chrétiens, de vous dire la destinée des hérésies de c$s derniers siècles, ni de marquer le terme fatal dans lequel Dieu a résolu de borner leur cours; mais, si mon jugement ne me trompe pas, si, rappelant la

l« Apocalypse, eh. 9, y. 1.

mémoire des siècles passés, j'en fais un juste rapport à l'état présent, j'ose croire, et je vois les sages concourir à ce sentiment, que les jours d'aveuglement sont écoulés, et qu'il est temps désormais que la lumière revienne. »

En d'autres termes, l'Angleterre va abandonner le Protestantisme, rentrer dans le giron de l'Église, la Réforme touche à sa fin, et n'aura pas plus de suites que toutes tes hérésies des siècles passés. Voilà une prédiction un peu hasardée. Depuis le 16 novembre 1669, jour auquel Bossuet la prononçait, on n'en a pas encore vu l'accomplissement ; « les sages », jusqu'à présent du moins, « se sont trompés » ; la « lumière » n'est pas encore revenue.

Ce sont donc tous ces grands événements, l'établissement de la religion anglicane, la révolution d'Angleterre, la mort tragique de Charles I er , la fuite et l'exil de la Reine sa femme, les vicissitudes inouïes de la destinée de cette princesse, qui font l'ample sujet de ce discours. Si l'orateur considère et explique tout cela avec les idées d'un évoque catholique, en revanche il manie sans peine ce grand sujet, et l'agrandit encore.

Il y a , si Ton veut , une part de faste , que le genre comporte, quand, par exemple, il nous peint « l'Océan étonné venant soumettre toutes ses vagues à la dominatrice des mers ». Mais, de même que Rubens, dans la série officielle de ses grandes pages

consacrées au mariage de Henri IV avec Marie de Médicis 1 , tout en employant et en déployant les allégories et les machines mythologiques, n'en est pas moins le maître original qu'on admire dans une multitude d'autres œuvres, de même Bossuet, malgré le déploiement de tous les procédés de l'art oratoire et même de la rhétorique, que nous ont transmis Àristote et Cicéron, n'en est pas moins, par le grand style, lui aussi, un souverain maître. L'originalité de sa manière consiste en ce continuel mélange de l'apparat le plus éclatant et de la simplicité la plus unie. En voici, dans ce discours, un dernier exemple :

« Depuis ce malheureux moment, tout alla visiblement en décadence, et les affaires furent sans retour. La Reine, qui se trouva grosse, et qui ne put par tout son crédit faire abandonner ces deux sièges (de Hull et de Glocester) qu'on vit enfin si mal réussir, tomba en langueur : et tout l'État languit avec elle. Elle fut contrainte de se séparer d'avec le Roi, qui était presque assiégé dans Oxford, et ils se dirait un adieu bien triste, quoiqu'ils ne sussent pas que c'était le dernier. Elle se retira à Exeter, ville forte, où elle fut elle-même bientôt assiégée. Elle y accoucha d'une princesse, et se vit, douze jours après, contrainte de prendre la fuite pour se réfugier en France.

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