La Bruyère, Discours à l'Académie
c'est-à-dire non pas démonstratif, comme on Ta traduit peu adroitement et d'une façon ambiguë, mais genre d'apparat. Par conséquent, la pompe et les figures y sont de mise . Mais Bossuet apporte dans ce genre d'éloquence, ordinairement le plus creux de tons, une faculté, une puissance de style, une richesse de couleur et une variété, qui suppléent au manque de vérité ou à l'insuffisance du fond.
Un de nos maîtres l'a dit avec raison, « Bossuet est l'écrivain en prose le plus naturel et le plus varié du dix-septième siècle. 11 ne pense jamais à lui, mais toujours à la chose dont il traite. Or c'est Ht le secret du naturel et de la variété... Bossuet ne se montre nulle part avec la même physionomie ; il prend, pour ainsi dire, celle de chaque sujet * ».
Loin de chercher la nouveauté des idées, il la redoute plutôt. Il nage toujours dans le milieu du courant. Son esprit est un esprit de sens commun, d'ordre et de discipline. H. Charles de Rémusat a osé dire le mot : « Bossuet est le sublime orateur des idées communes. a Mais il faut ajouter et répéter toul de suite après, que, ces idées communes, Bossuet les fait siennes, parce qu'il les ressent vivement . Le lieu commun le plus banal, repensé, ressenti par lui, frappé à son coin, marqué de sa griffe, n'appartient plus qu'à lui seul.
1. Désiré Nisard, Histoire de la Littérature française, t. III, chap. 13.
Par éducation comme par nature, sa pensée est ennemie des témérités, a II est, dit Sainte-Beuve, le plus magnifique organe des choses établies, » orthodoxes et officielles ; sourd à ce qui dérange-, rait la tradition, la doctrine immuable; aveugle aux découvertes de l'histoire et de la science, à l'étendue et à l'ancienneté très reculée du genre humain, à tout ce qui excède le cadre de l'Histoire sainte. En toutes choses, il est pour la croyance consacrée; il est l'homme de l'autorité, et, comme on l'a nommé, le prophète du passé, a Dès que Louis XIV et Bossuet se furent trouvés en préjsence et reconnus, ils sentirent, l'un qu'il avait trouvé son monarque, le roi selon son cœur ; l'autre, son évêque, son prélat à la fois pieux et politique; non pas seulement son orateur sacré, solennel et autorisé, mais son conseiller d'État ecclésiastique 1 ».
Le fond de ses écrits est donc, la plupart du temps, — il faut en convenir tout d'abord, — ce qu'il y a de moins sympathique à l'esprit moderne. Mais, de peur que quelques-uns d'entre vous ne soient tentés de croire que mes sentiments personnels me rendent injuste sur ce point, permettezmoi de m'appuyer sur des jugements autres que le mien , en vous rappelant un entretien curieux, dans lequel des interlocuteurs littéraires très émi-