‹ Pascal, La Rochefoucauld, BossuetChapitre 40 sur 106 · Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IX · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IX

neats plaident sur ce sujet le pour et le contre avec une extrême vivacité et une liberté entière : car la scène se passe à table, dans une sorte d'agape philosophique, à la manière du Banquet de Platon, mais à Paris.

a Un des convives, après avoir fait l'éloge de plusieurs écrivains du dix-septième siècle, se dispose à louer aussi Bossuet, lorsqu'il est interrompu brusquement : — « Bossuet!... » s'écria Raymond (je crois que ce nom désigne M. Renan) ; « Bossuet! » mais vous n'y pensez pas ! Un homme qui n'avait » rien lu, qui ne savait rien ! un homme qui n'a » pas eu une seule idée dans sa vie ! Est-il rien de » plus stérile que la Connaissance de Dieu et de soi- » même ? de plus absurde que le Discours sur VHis- » toire universelle ? de plus grotesque que la Poli- » tique tirée de VÊcriture sainte? On vante l'Histoire » des Variations ! mais Bossuet a-t-il rien compris à » cette grande et originale figure de Luther? a-t-il » entrevu la portée c!u Protestantisme? Et Richard » Simon, le fondateur de la critique biblique, un pré- » curseur, lui, un homme que les Allemands nous » envient, avec quelle hauteur ne Ta point traité cet » évêque qui ne savait pas un mot d'hébreu 4 et » n'entendait absolument rien à ces questions ! »

» A cette sortie, il y eut un mouvement à gauche

1. Cependant, s'il en faut croire l'abbé Le Dieu et M. A. Floquet, Bossuet s'était mis à apprendre l'hébreu, mais dans un âge déjà avancé; comme Caton, le grec.

de la table. Montaigu, l'un de nos convives les plus assidus (c'est, je pense, H. Edmond Scherer que ce nom désigne), crut devoir protester en faveur de Bossuet : « Ce n'était pas nn penseur, sans » doute, ni un savant; mais quel écrivain! Bossuet » est d'autant plus grand qu'il est naïf, s' élevant » sans effort dans les hautes régions, et y élevant » tout avec lui. Il a écrit quelques-unes des plus » mémorables pages qu'il y ait en français, on en i aucune autre langue... »

Telles sont les deux opinions en présence. Elles ne se contredisent point, comme on pourrait croire au premier coup d'œil. Pour Tune, qui regarde le fond, les idées, les doctrines, si nous faisons là part de l'hyperbole dans cette boutade enflammée, celle de la vérité reste considérable. Quant à la seconde, qui regarde la forme, et le sentiment transmis, je me propose de continuer à la développer devant vous en quelques leçons, et c'est là proprement le sujet de notre étude. Je ne toucherai au fond que le moins possible, uniquement dans ce qui sera nécessaire : car je ne veux point faire ici de polémique ; c'est la littérature que nous étudions. Mais nous ne pouvons cependant nous en tenir à l'écorce *.

1. Pour achever ce qui se rapporte à la Reine d'Angleterre, sujet de cette première grande Oraison funèbre, tandis

que son cœur restait au couvent de la Visitation de Chail-

lot, le corps de la fille de Henri IV fut porté, quatre jours

après, à Saint-Denis dans la sépulture des Rois de Franee. !

Louis XIV avait écrit lui-même aux religieux de l'abbaye î

pour donner tous les ordres et régler les honneurs dus à la

Reine sa tante. Son ancien sous-précepteur François Faure, ']

qui déjà avait eu l'honneur de prononcer l'oraison funèbre

de la Reine sa mère, fut chargé, cette fois encore, de porter

la parole. Son oraison n'a pas besoin d'être comparée à celle

de Bossuet pour paraître extrêmement faible. Il est donc

inutile de nous y arrêter*

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