CINQUIEME LEÇON
OBAISOlf FUNÈBRE DI LA DUCHESSE d'ORLÉIIU
A quel point le génie oratoire de Bossuet, dont le caractère principal est la force, possède aussi, lorsque le sujet le demande, la délicatesse et la grâce , c'est ce que ya nous faire voir l'Oraison de Madame.
Madame, c'est la princesse d'Angleterre que nous avons vue naître à Exeter pendant le siège de cette ville, et qui devint duchesse d'Orléans par son mariage avec Monsieur, frère unique de Louis XIV. Elle était la dernière fille de Charles I er , comme la Reine sa mère était la dernière fille de Henri IV. Dès longtemps, nous la connaissons, ayant eu plusieurs occasions de parler d'elle :
premièrement, à propos à'Andromaque ; secondement, de V École des Femmes; troisièmement, de Bérénice.
Exilée dès le berceau, les malheurs de son enfance l'avaient rendue douce et humaine. Madame de La Fayette, dans l'histoire qu'elle a commencée de cette princesse, dit à ce propos :
< Le changement funeste de cette Maison royale fut favorable en quelque chose à la princesse d'Angleterre. Comme elle fut la seule de tous les enfants de la Reine sa mère qui se trouva auprès d'elle pendant sa disgrâce, cette Reine s'appliqua tout entière au soin de son éducation ; et, le malheur de ses affaires la faisant plutôt vivre en personne privée qu'en souveraine S cette jeune princesse prit toutes les lumières, toute la civilité et toute l'humanité des conditions ordinaires, et conserva dans son cœur et dans sa personne toutes les grandeurs de sa naissance royale. »
D'autres témoignages confirment celui-là. L'évêque de Valence, Daniel de Cosnac, premier aumônier de Monsieur, fait, dans ses Mémoires, un portrait de Madame, où se trouvent les lignes suivantes :
< Madame avait l'esprit solide et délicat, l'âme grande et juste. Elle mêlait dans toute sa conversation une douceur qu'on ne trouvait point dans toutes les autres personnes royales. Ce n'est pas