Journal' de l'abbé Le Dieu
r Ibid.
Le Roi semblait sincèrement disposé à remplir les engagements qu'il avait pris avec le gouverneur et avec le précepteur de son fils ; il se plaisait même à en parler, à eux et à d'autres, comme pour s'engager davantage encore et s'affermir. Adressant un jour la parole à' Bourdaloue : « Mon pèri% lui dit-il, vous devez être content de moi, madame de Montespan est à Clagny. — Oui, Sire, répondit Bourdaloue ; mais Dieu serait plus satisfait si Clagny était à soixante-dix lieues de Versailles 1 . »
Cependant le Roi paraissait si décidé, que les directeurs de sa conscience lui permirent de faire ses Pâques. Et il partit pour l'armée de Flandre sans avoir revu madame de Montespan, sans même lui avoir écrit. Du moins on le crut.
Bossuet continua de la voir pendant l'absence du Roi. Elle s'était calmée, paraissait l'écouter avec plaisir, et répondait à ses entretiens par des actes, de bienfaisance.
Le Roi, en partant, non seulement avait promis à Bossuet de rester ferme, mais avait prié le prélat de lui écrire. Celui-ci n'y manqua point ; il le fit avec toute la force que lui commandait son devoir, adjurant le Roi de rompre sans retour « avec ce péché qui dérègle la vie, qui la déshonore, qui attire des châtiments rigoureux de Dieu, et en ce
i. Clagny en est à un quart d'heure.
monde et en l'autre *. . . Otez, Sire, ôtez ce péché de votre cœur... et allez jusqu'à la racine. Si, en effet, la racine n'est arrachée, elle donnera de nouveaux fruits de mort. Dans votre marche triomhante, parmi des peuples que vous contraignez à reconnaître votre puissance, vous croiriez-vous assuré d'une place rebelle, si votre ennemi y demeurait en crédit ?..."»
a On ne parle que de la beauté de vos troupes ; de ce qu'elles sont capables d'entreprendre sous votre conduite ; et moi, Sire, je songe secrètement, en moi-même, à une guerre bien plus importante, à une victoire bien plus difficile, que Dieu vous propose. Que vous servirait d'être redouté et victorieux au dehors, si vous êtes, au dedans, vaincu et captif* ? »
Dans une autre lettre, il dit encore : « Sire, le jour de la Pentecôte approche, où Votre Majesté a résolu de communier. Quoique je ne doute pas qu'Elle ne songe séiieusement à ce qu'EUe a promis à Dieu, comme Elle m'a commandé de l'en faire souvenir, voici le temps que je me sens le plus obligé de le faire. Songez, Sire, que vous ne pouvez être véritablement converti
1. Lettre de Bossuet à Louis XIV, 1675, édition de Tertailles, tome XXXVII, p. 98.