La Bruyère, De la Cour
tenon à madame de Saint -Géran a été fabriquée par La Beaumelle d'après les Souvenirs de madame de Caylus, qui, à la vérité, avait pu rapporter ce que sa tante lui avait dit. Voici, en abrégeant un peu le piquant récit de madame de Caylus, quel fut le dénouement : on crut les deux amants assez solidement convertis pour pouvoir après le Jubilé se revoir sans danger à la Cour devant témoins; « mais, à la première rencontre, ils se portèrent l'un vers l'autre, se tirèrent insensiblement à part dans l'embrasure d'une fenêtre, se parlèrent tout bas, pleurèrent, puis passèrent dans une autre chambre : et il en advint madame la duchesse d'Orléans, et ensuite le comte de Toulouse. » Ainsi parle la nièce de madame de Maintenon .
Bossuet se trouvait donc joué le mieux du monde, mais tout à son honneur, et trompé dans son espérance, après avoir fait son devoir. Au surplus, si en 1675 il ne put réussir qu'à « interrompre le cours du désordre », dans la suite il y mit fin complètement, aidé peut-être en cela par la satiété du pécheur et l'humeur insupportable de la pécheresse, quand « l'altière Vasthi » travailla elle-même à sa disgrâce en fatiguant le roi par ses violences, juste dans le temps qu'il se laissait prendre à l'habile modestie de la gouvernante de leurs enfants secrets, la nouvelle Esther. Saint-Simon, toutefois, comme nous venons de le voir, reporte uniquement
à Bossuet l'honneur d'avoir « porté tous les coups » à cette passion, et « agi avec une liberté digne des premiers siècles et des premiers évêques de l'Église» 1 .
Mais, avant que ce temps fût venu où la veuve du pauvre Scarron devait supplanter madame de Montespan, nous venons de voir comment celle-ci avait supplanté La Vallière, qui fut forcée, pendant plusieurs années, de subir le partage de Louis entre elle et sa rivale, et but le calice jusqu'à la lie. Enfin, abandonnée du Roi, qu'elle aimait réellement, elle se décida à entrer en religion. Louis la vit d'un œil sec le quitter pour toujours.
Bossuet fut chargé de la préparer à la retraite, ^t ensuite de prononcer le Sermon pour la prise de voile. Mais, obligé d'accompagner son royal élève au siège de Dôle, où Louis XIV commandait en personne, il fut remplacé pour le Sermon de vêture, le 2 juin 1674, par l'abbé de Fromentières, <évêque d'Aire, qui prêcha très bien, s'il en faut croire mademoiselle de Scudéry. Elle écrit à Bussy-Rabutin, à la date du 14 : « Je n'ai jamais ouï de ma vie un si beau sermon. »
« Songez-y, Madame, avait dit le prédicateur à la «pénitente, sur le Carmel comme sur le Calvaire on trouve des épines et des croix : vous aspirez par là à «ne véritable mort, qui durera autant que votre vie. »