Mémoires de Saint-Simon, édition Chéruel, t. XIII, p
Un intervalle de douze mois séparait ordinairement la vêture et la profession : c'est ce que Ton nommait Tannée de probation ou d'épreuve.
Ce fut donc seulement un an après, le 4 juin 1675, mardi de la Pentecôte, que Bossuet, dont la voix ne s'était plus fait entendre en public depuis six années, prêcha le Sermon pour la Profession. La Reine, bonne et pieuse femme, mena elle-même à la cérémonie son ancienne rivale repentante, qui lui avait demandé pardon à genoux. Le Roi, par son absence même, était présent à la pensée de tous. On pouvait voir dans l'auditoire la duchesse de Longueville, qui, depuis vingt ans, expiait les égarements de sa jeunesse.
Pendant la première partie de la cérémonie, madame'de La Vallière resta dans une tribune haute, avec la Reine; après le sermon, elle descendit pour aller à l'autel consommer son sacrifice. Il devait durer les trente-cinq ans qu'elle vécut encore, de 1675 à 1710, dans les rigueurs les plus austères 1 .
Sans attendre la fin de son noviciat, et le jour même de son entrée dans le cloître, elle avait fait couper ses cheveux. Quand le grand jour de la Profession, c'est-à-dire de rengagement irrévocable, fut arrivé, madame de La Vallière, devenue sœur Louise de la Miséricorde, reçut solennellement le voile noir des mains de la Reine. « Cette belle et courageuse
1. Elle mourut le 10 juin 1710, âgée de soixante -cinq ans et dix mois.
personne, écrit madame de Se vigne, fit cette action comme toutes les autres de sa vie , d'une manièrt noble et charmante : elle était d'une beauté qui surprit tout le monde. Mais ce qui étonnera , c'est que le sermon de M. de Condom ne fut point aussi divin qu'on l'espérait. » Sainte-Beuve semble tenté d'abord d'acquiescer à ce jugement, puis il se reprend, avec raison, et voici son excellent commentaire : « Quand on lit aujourd'hui le sermon de Bossuet, on comprend et on partage un peu, je l'avoue, l'impression de madame de Sévigné, on se dit qu'on s'attendait à autre chose. Tant pis pour ceux qui s'y attendaient et pour nous-même ! Bossuet, ayant d'être un orateur, était un homme religieux, un véritable évêque, et, dans la circonstance présente, il sentit à quel point il convenait d'être grave, de ne prêter en rien au sourire, ni à l'allusion, ni à la malice secrète des cœurs, qui se serait complu à certains souvenirs et à certains tableaux. Il transporta tout d'abord son auditoire dans la région la plus élevée et la plus pure. Il avait pris pour texte la parole de Celui qui est assis sur le trône , dans Y Apocalypse : « Je renouvelle toutes » choses, » — et il l'avait appliquée au cas présent *• » Opposant le repentir et l'expiation de cette âme convertie (ou peut-être de ce cœur brisé) à sa passion connue de tous, à l'éclat de sa faute, il le fait